S.O.S. renforts

Alors que le Québec goûte à son défi 28 jours en deuxième vague, il aurait été illusoire d’imaginer que l’école ne subirait pas, elle aussi, sa part d’alourdissement des mesures sanitaires. Le resserrement annoncé lundi par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, ne présente rien pour séduire les jeunes, il est vrai, mais les demandes semblent s’inscrire de manière tout à fait raisonnable dans l’urgence du contexte.

Ce jeudi, dans les zones rouges, le port du masque sera obligatoire un peu partout au secondaire, de l’entrée sur le terrain de l’école jusque dans la classe ; au primaire, on l’ajoute dans les cours d’école, où le respect des deux mètres relevait de la mission impossible dans un contexte de jeu et de laisser-aller associé à l’esprit de la « récréation ». Les élèves de fin de secondaire reçoivent aussi une douche froide, car ils ne fréquenteront l’école qu’un jour sur deux, mais ce mode hybride est assurément plus porteur d’espoir pour la réussite que le retour complet à la maison.

La mise en pause des sports d’équipe frappe aussi de plein fouet la zone de décompression essentielle à l’équilibre des jeunes — et à plus forte raison pendant une pandémie catalysant les anxiétés. Espérons que cette mise à l’arrêt sera très temporaire. Du côté de l’enseignement supérieur, on doit activer à nouveau les protocoles d’urgence ; un peu partout au Québec, les étudiants ont compris que la session d’hiver se jouera au mieux dans cet écosystème hybride, mais plus vraisemblablement face à un écran. Tout cela concourt, on l’aura compris, à atteindre deux cibles dictées par les impératifs de santé publique : la première est de ne pas augmenter le nombre de cas contaminés à l’école — 22 % des écoles ont connu leur épisode de classes confinées, mais seulement 2, 5 % du total des élèves ont été touchés par ces mesures d’isolement préventif, ce qui a fait dire lundi au premier ministre François Legault que « les bulles-classes, ça fonctionne ! ». C’est bien vrai. Les experts ne s’inquiètent pas outre mesure de ces données, car les éclosions sont maîtrisées et demeurent des cas isolés. Le gouvernement peut donc garder le cap sur le maintien des écoles ouvertes, ce qui est essentiel.

Le deuxième objectif est de juguler la deuxième vague pour éviter un réseau de santé incapable d’accueillir les malades. Si le fait d’épargner les écoles est une priorité du gouvernement Legault, protéger le réseau de la santé en est une autre évidente. Dans les deux cas, les objectifs seront toutefois mis à rude épreuve par le manque de personnel. On ne compte plus les appels aux bénévoles, aux retraités, aux potentiels employés tentés de sauver le monde, un malade ou un élève à la fois. Le ministre Roberge annonçait lundi la mise en place d’une nouvelle plateforme de recrutement visant à trouver des surveillants d’élèves, des concierges et des éducateurs de service de garde. Le respect des mesures sanitaires passe en effet par un habile dosage de surveillance et de désinfection des surfaces.

Or, la pénurie est en voie de devenir la mesure de notre capacité à résorber la crise, et c’est en partie pour cela que l’on assistera sans doute à une gradation de mesures de plus en plus sévères prochainement. Notre journaliste Marie-Eve Cousineau rapporte aujourd’hui qu’à l’hôpital, on a maintenant ouvert la vanne des bénévoles même aux volontaires de 70 ans et plus — dans un passé pas si lointain, on leur enjoignait plutôt de ne pas mettre le nez dehors. Un solide dossier d’enquête dévoilé par La Presse lundi révèle que le manque de personnel en santé mène tout droit à la transgression d’une règle sacrée en matière d’épidémiologie, soit la mobilité des employés. Faut-il rappeler qu’au plus fort de l’hécatombe survenue au printemps dans les CHSLD, ce sont les déplacements d’employés des zones chaudes vers les zones froides qui ont notamment contribué à la propagation de la maladie ?

La pénurie de travailleurs en santé et en éducation est un refrain connu et une problématique autour de laquelle le patronat, les syndicats et les établissements d’enseignement tournent depuis des années pour trouver des solutions porteuses. La pandémie est venue compliquer les choses, en ajoutant un duo de problèmes : le besoin de renforts pour accomplir de nouvelles tâches et la nécessité de remplacer ceux et celles qui vont tomber au combat, déjà surmenés et anéantis par l’ampleur du travail. Dans les écoles, où les taux de rétention et d’absentéisme sont préoccupants, les niveaux de fatigue sont, au début d’octobre, comme ils le sont habituellement à l’approche du temps des fêtes. Les appels aux renforts sont pressants et nécessaires, mais trouveront-ils encore écho dans cette deuxième vague ?

2 commentaires
  • Claire Beauchemin - Abonnée 6 octobre 2020 07 h 03

    Courage enseignants et autres intervenants dans les écoles, cégeps et université

    Les enfants et la jeunesse compte sur vous, et toute la société aussi. Donnez le meilleur de vous-même, comme l'ont fait ceux et celles qui vous ont précédé. Nous comptons tous sur vous, sur votre dévouement, votre capacité d'adaptation, sur votre sens des responsabilités.
    Claire Beauchemin, qui a oeuvré pendant plus de 40 ans en éducation, pendant 13 ans en garderie et en milieu scolaire puis pendant 27 ans en formation des adultes

  • Germain Dallaire - Abonné 6 octobre 2020 08 h 25

    L'anti-syndicalisme ordinaire de la CAQ

    Depuis le début de l'année, le gouvernement Legault est en négociation avec les employé(e)s du secteur public. S'il avait reconnu l'urgence de la situation et aurait priorisé de s'entendre avec ses représentants plutôt que de n'en faire qu'à sa tête tout en se gargarisant des anges gardiens, il aurait aujourd'hui avec lui des partenaires qui ont des racines profondes dans les réseaux. Ce serait à n'en pas douter d'un très grand secours dans la crise actuelle.
    L'anti-syndicalisme de la CAQ, en particulier contre le secteur public, est présent au Québec depuis une quarantaine d'années. Depuis en fait le décret du gouvernement Lévesque dans la foulée d'un néo-libéralisme naissant. C'est le prix de cet anti-syndicalisme que nous payons aujourd'hui.