Compliqué de faire simple

Quand le gouvernement Legault a décrété le confinement en mars avec la fermeture des commerces, des bureaux, des usines, des écoles et, même, des chantiers de construction, les choses apparaissaient claires. La règle était générale, la société se mettait en pause et les exceptions relatives aux services essentiels étaient peu nombreuses et se justifiaient de façon parfaitement rationnelle. Il tombait sous le sens, par exemple, que la population devait continuer à se nourrir et à se procurer des médicaments : les épiceries et les pharmacies devaient donc rester ouvertes. Les stations-service aussi.

Les difficultés de communication du gouvernement ont commencé avec le déconfinement graduel amorcé en mai avec la réouverture des écoles primaires et des garderies. Le gouvernement Legault a dû gérer l’anxiété éprouvée par de nombreux parents et dissiper les craintes des enseignants. Après avoir convaincu les Québécois des dangers mortels de la COVID-19, il lui était difficile d’expliquer qu’il fallait maintenant courir un certain risque parce qu’on ne peut rester séquestré le temps qu’un vaccin soit découvert.

Avec cette deuxième vague appréhendée, le gouvernement Legault exige des Québécois habitant dans les zones rouges qu’ils renoncent à leur vie sociale pendant un mois tandis que les commerces, les usines et les écoles restent ouverts. Les autorités de santé publique, à commencer par le directeur national, Horacio Arruda, avancent le fait que la contagion est maintenant communautaire, alors qu’au printemps, l’épidémie avait eu pour source le retour des voyageurs à la suite des semaines de relâche. La résurgence de la contagion ne serait pas due à la rentrée scolaire : c’est plutôt la contagion communautaire qui serait responsable des éclosions dans les écoles. L’affirmation pourrait être plus claire d’autant qu’elle n’explique en rien pourquoi cette deuxième vague est beaucoup moins sérieuse en Ontario.

Pendant qu’on demande aux Québécois de renoncer à inviter qui que ce soit chez eux et à rester cloîtrés — sauf pour aller travailler, magasiner ou encore participer à des activités sportives, ce qui peut sembler incohérent —, bien des jeunes du secondaire ne respectent pas les consignes de distanciation en dehors des murs de l’école. La plupart d’entre eux n’ont pas peur du virus : ils ont compris qu’ils risquaient peu de subir des complications s’ils sont atteints. Pendant ce temps, la Santé publique tergiverse quant à la nécessité d’obliger les élèves à porter un masque dans la « classe-bulle », comme c’est le cas dans les espaces communs des écoles. Décidément, les vertus du port du masque continuent d’être sujettes à interprétation.

On interdit tout rassemblement extérieur, mais qu’en est-il des parents qui se croisent avec leurs poussettes dans les parcs, qu’en est-il du voisin à qui on adresse la parole tout en gardant une distance de deux mètres ? Ce serait permis, mais, d’entrée de jeu, les directives, qu’il a fallu interpréter, n’étaient pas limpides.

De même, il était incompréhensible que les bibliothèques publiques, qui, déjà, avaient annulé leurs activités en dehors du prêt de livres, dussent fermer. On a heureusement fait marche arrière.

Autre interdiction difficile à justifier : celle de la fréquentation des théâtres, des salles de spectacles et des cinémas. Ces établissements ont travaillé pendant des mois avec la Santé publique pour se conformer à de strictes exigences afin de réduire le risque de contagion pour qu’il soit à peu près nul.

De plus, les musées sont forcés de fermer leurs portes même si les règles de distanciation peuvent y être mieux appliquées que dans les centres commerciaux. Comme l’ont souligné Culture Montréal et les conseils de la culture de Québec et de Chaudière-Appalaches dans une lettre envoyée au Dr Arruda, les lieux de diffusion, grâce aux diverses mesures qu’ils ont appliquées comme le port obligatoire du masque et des règles de distance physique sécuritaire, ont aboli les contacts prolongés ; ce n’est pas par hasard s’ils n’ont connu aucune éclosion depuis leur réouverture. La Santé publique semble ainsi soutenir que ses propres directives, même si elles sont suivies à la lettre, ne sont pas suffisantes pour garantir la sécurité de la population. Pendant ce temps, les arénas et les gymnases restent ouverts. Cherchez l’erreur.

Paradoxalement, ce sont peut-être des impératifs de communication qui ont conduit François Legault à ordonner la fermeture des lieux de diffusion : ça lui permet d’affirmer que tout rassemblement public (à l’exception des manifestations) est interdit. En principe, c’est clair. Or, faire simple, ça peut être compliqué. Surtout quand ça n’a pas de sens.

5 commentaires
  • Hélène Gervais - Abonnée 2 octobre 2020 06 h 55

    Effectivement ça n’a pas de sens...

    ce gouvernement, depuis le début, dirige sans gouvernail. Et la pandémie est un exemple frappant, surtout cet automne. Ils n'ont plus aucune crédibilité à mes yeux.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 octobre 2020 07 h 34

    La voix de la CAQ : faire de l'embrouille pour sauver la face!

    En politique, faire de la transparence risque d'être suivi à la trace et d'être condamné à subir un interrogatoire serré qui peut miner le parti! Évidemment, semer la confusion est normal chez François Legault qui a déjà porté allégence au Parti Québécois, puis viré de bord pour un parti au début affiché comme nationaliste lequel a encore tourné sa veste pour devenir fédéraliste! Avec un tel cheminement, l'état d'esprit des membres de la CAQ ne doitp as voler si haut qu'on a toujours essayé de nous le faire croire! Faites un sondage aujourd'hui sur les revirements de ce gouvernement est la surprise sera de taille, à moins que la Covid-19 exerce des actions inconnues sur les citoyens!
    On l'aura compris, pour expliquer un élément simple, la politique caquiste ne connaît pas la ligne droite entre deux points. Il faut tout faire pour tenir le peuple en haleine qui alors doit se résigner à rester dans la bulle de la CAQ, celle du vide absolu, car l'information est ailleurs!
    Les membres du triumvirat, qui font sur de la chaise musicale sur scène, ont le don de mettre en avant-plan des actions qui ne tiennent pas debout comme celui des gymnases, etc..La santé a pris le bord et le politique fait ce qu'il veut, comme dans un état policier! Ce que les Québecois ne sont pas près d'oublier!

    • Joane Hurens - Abonné 2 octobre 2020 10 h 15

      Embrouillé et brouillon ce gouvernement, alors que la situation exige le contraire. Quand le patron de la Santé publique semble dépassé par la situation, c’est peut-être le temps de le remplacer par quelqu’un qui se distingue par son professionnalisme et sa compétence.

  • Vincent Collard - Abonné 2 octobre 2020 09 h 04

    Ouvert ou fermé, une question d'idéologie

    On garde ouvert ce qu'on estime important selon les valeurs qu'on véhicule. Ainsi, les choix du gouvernement nous indiquent non pas ce qui est sécuritaire ou sanitaire (si c'était le cas, on n'observerait pas de telles incohérences), mais ce qui est «important» ou pas selon l'idéologie qui sous-tend la pensée politique de ce gouvernement.

    On apprend ainsi que le gouvernement valorise les activités qui défoulent, comme l'entraînement dans les centres sportifs (ce qui aidera le petit peuple à canaliser sa frustration ailleurs que dans des manifs qui feraient mal paraître le gouvernement), mais pas celles qui font réfléchir (culture), car tout ce qui peut nourrir l'esprit critique est vu comme menaçant.

    Et n'oublions pas l'exception extraordinaire accordée sans la moindre justification rationnelle aux lieux de culte, autorisés à tenir des rassemblements de 25 personnes — une aberration qu'aucune journaliste n'a encore relevé… ce que je m'explique très mal.

  • Grace Di Lullo - Inscrit 2 octobre 2020 11 h 21

    Même une grande solitaire aime la vie et veut vivre !

    Le 6 mars, repas dans un restaurant, j'anticipais l'arrivée de mesures sanitaires. L'addition a été salée!
    Depuis le 13 mars, je vis le confinement et je respecte les mesures. Les premières semaines, je suis restée cloitrée à faire livrer mon épicerie en ligne, J'avais l'habitude déjà de travailler en mode télétravail et de vivre en grande solitaire, mais maintenant je n'en peux plus!

    A la fin mai, premières "grandes sorties", malgré mes escapades dans ma cour et mes courtes marches dans mon quartier, je faisais donc mon épicerie aux 2 semaines!

    Fin juin, je sortais davantage, "Grosse sortie Épicerie à toutes les semaines " WOW. Heureusement le jardin de fleurs et de légumes étaient là !

    La semaine passée avant l'annonce du Défi 28, je pensais
    - à cette jeunesse,
    - à cette anxiété autour de moi qui est presque palpable,
    - à ces reports de chirurgies et d'annonces de diagnostics graves
    - à certains commentateurs et journalistes pronant des mesures liberticides, mais s'empressant à la vitesse de l'éclair d'exiger la Liberté de presse, pour une simple critique à leurs égards
    - a des secteurs d'activités économiques qui prendronts leurs envols, alors que d'autres devront changer ou disparaitre.
    - à ces mutations du travail, de l'aménagement du territoire et à nos rapports entre humains.

    Ces pensées m'ont amener à conclure : Que ne je veux plus vivre comme cela ! Que j'exige que l'on me dise quand le confinement - confinement progressif - confinement oui non - confinement zone - zone terminera.

    Je changerai de décennie cette année. Le temps file rapidement et JE VEUX VIVRE !

    JE VEUX DES AUTORITÉS QUI ME DIRONT CLAIREMENT:
    À partir du 28 octobre ou du 30 novembre VOILA les règles: Masque dès que vous voyez un humain et pour le reste ma p'tite Mme VIVEZ !

    Ces mesures sanitaires sont intenables à long terme. Il faudra accepter de VIVRE AVEC le Covid-19! Accepter de prendre de décisions difficiles, mais surtout aller dans le sens de la VIE.
    J'aime vivre !