La ligne dure

Le gouvernement Legault était devant un choix difficile entre imposer des restrictions graduelles, ce qui entraînerait davantage de cas d’infections à la COVID-19, ou encore adopter une approche plus sévère, qui exigerait de la population des sacrifices plus importants.

Le premier ministre François Legault a annoncé, lundi, que c’en était fini des fêtes familiales ou entre amis dans des maisons privées, ces réunions qui sont la principale source de contagion à l’heure actuelle. Tout rassemblement dans des résidences privées sera proscrit à compter du 1er octobre pour une période minimale de 28 jours.

Bars et restaurants devront fermer, tout comme les salles de réception. Coup dur pour les artistes : les théâtres et les salles de spectacles devront aussi cesser leurs activités déjà bien restreintes. L’essentiel de la vie sociale est suspendu.

C’est un choix qui risque de déplaire à un plus grand nombre de gens, de susciter plus d’insatisfaction et de grogne, voire de la résistance. D’ailleurs, que les antimasques se le tiennent pour dit, il sera interdit de participer à une manifestation sans porter de couvre-visage.

Tout cela implique que l’État s’assure que ces consignes obligatoires sont respectées. On doit s’attendre à ce que les policiers puissent sévir contre les récalcitrants.

L’objectif du gouvernement, c’est encore de maintenir les écoles ouvertes, tout comme les commerces et les activités économiques en général. Le confinement presque complet de la société, comme il a été décrété au printemps, est une mesure extrême qui ne peut être maintenue à long terme. C’est le consensus qui se dégage à l’échelle mondiale.

Tous les gouvernements des pays développés, même les plus affectés par les mortalités dues à la COVID-19, ont adopté des stratégies de déconfinement afin que les activités normales reprennent, souvent grâce au télétravail, que les écoles rouvrent, que les universités donnent leurs cours. On accepte que se manifeste un certain niveau de propagation du virus qu’on estime être en mesure de contrôler, tout en cherchant à isoler les personnes les plus vulnérables. Les gouvernements sont parfois forcés de faire marche arrière et d’interdire certaines activités jugées non essentielles, mais susceptibles de favoriser la transmission de la maladie. Ils jouent au chat et à la souris avec le virus.

Le cas du Québec est loin d’être unique : plusieurs pays, comme la France et le Royaume-Uni, imposent de nouvelles restrictions à la suite de l’apparition de cette deuxième vague. De même, l’Ontario envisage d’appliquer de nouvelles contraintes.

Dans un article publié la semaine dernière, la revue scientifique The Lancet dresse un inventaire des stratégies de déconfinement adoptées par huit gouvernements d’Asie — Corée du Sud, Japon, Singapour et Hong Kong — et d’Europe — Allemagne, Espagne, Norvège, Royaume-Uni —, auxquels s’ajoute la Nouvelle-Zélande. Ces stratégies s’appuient sur cinq exigences : une connaissance poussée de l’état de la contagion, une organisation efficace en matière de santé publique, des capacités suffisantes dans le système de santé, un contrôle des frontières et l’engagement de la population.

En matière de santé publique, on souligne l’importance de « détecter, tester, tracer, isoler » les personnes atteintes. Même s’il a accru sa capacité d’effectuer des tests, le Québec n’est pas en mesure de procéder de façon optimale au traçage des cas.

Si on perçoit un tel sentiment d’urgence de la part du gouvernement, voire de la fébrilité, c’est que notre système de santé est particulièrement fragile : sa capacité d’affronter cette deuxième vague est bien limitée. Si le Québec disposait d’un réseau de la santé performant, bien pourvu en personnel et en ressources matérielles, comme celui de l’Allemagne, par exemple, on aurait peut-être pu résister à une propagation accrue tout en se contentant, pour l’heure, d’appliquer des restrictions plus légères. Or, il faut penser aux soins qu’il faut prodiguer non seulement aux personnes souffrant de la COVID-19, mais à tous les malades. On ne peut plus privilégier la santé des personnes infectées par le coronavirus en reportant des chirurgies ou des traitements devenus urgents. Toutes les vies méritent d’être sauvées.

Le gouvernement Legault a choisi la ligne dure. En raison de la fragilité du réseau de la santé, c’est sans doute la seule décision qui s’imposait. Au cours des 28 prochains jours, nous saurons si ce reconfinement, somme toute bien circonscrit, aura raison de la progression alarmante des cas. C’est évidemment le comportement de la population, malheureusement forcée de renoncer à sa vie sociale, qui fera la différence.

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