Vivre avec le virus

Pour la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, la métropole est maintenant « au début de la deuxième vague ». Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, y est allé plus carrément : le Québec est entré dans cette deuxième vague. Il a même prévenu que le risque qu’une région passe au niveau d’alerte rouge, le seuil critique de reconfinement, est très élevé.

Derrière ces zones vertes, jaunes ou orange, se profilent des nuances : le profil épidémiologique diffère d’une région à l’autre, tout comme la nature des éclosions. On sait par exemple que, dans certaines régions, des éclosions dans des résidences pour personnes âgées ont poussé les chiffres à la hausse tandis qu’ailleurs, la propagation est plus diffuse.

Contrairement à la description des codes de couleur qu’avait rendue publique le ministère de la Santé et des Services sociaux, la Santé publique n’a pas ordonné la fermeture des bars dans les trois régions désignées orange. Les bars sont une source d’éclosion, mais ce n’est pas la principale. On craint que leur fermeture conduise à la prolifération des partys privés, la plus importante source de propagation. Une répression trop sévère peut avoir l’effet pervers de contribuer à une hausse des comportements délinquants.

Il faut toutefois voir d’un bon œil l’opération de surveillance policière des bars et restaurants qu’a autorisée la fin de semaine dernière la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault. Quelque 2200 établissements ont été visités, et les policiers ont donné 1500 avertissements. Ils ont dressé 90 constats d’infraction : certains diront que c’est peu, mais l’opération ne se voulait pas une course répressive aux contraventions, mais visait avant tout à sensibiliser la clientèle. Notons que cinq établissements délinquants sont sous la loupe des autorités.

L’objectif du gouvernement, c’est qu’on puisse vivre avec le virus, en contrôlant les éclosions, sans avoir à procéder à un confinement sévère comme au printemps, que les écoles et les commerces restent ouverts, que les hôpitaux, qui tentent tant bien que mal de reprendre leurs activités normales, ne croulent pas sous les nouveaux cas de COVID-19.

On mise encore sur le civisme des citoyens, sur leur solidarité et leur discipline en leur demandant de suivre rigoureusement les directives de la Santé publique et de respecter les restrictions qui touchent les réunions privées. Or il importe également que les citoyens acceptent de collaborer avec la Santé publique. La directrice Drouin révélait qu’à Montréal, seulement le tiers des 500 personnes possiblement infectées et contactées par la Santé publique l’ont rappelée. Il faut trouver un moyen pour que tout le monde obtempère: l’imposition d’amendes est à envisager.

Certains développements indiquent que la deuxième vague pourrait être moins sévère que la première. Il y a moins de personnes atteintes de la COVID-19 qui ont besoin d’hospitalisation, subissent de graves complications ou en meurent. D’une part, les individus infectés sont plus jeunes, donc moins sujets à éprouver des symptômes graves. D’autre part, la prévention des infections dans les établissements du réseau est plus efficace et, dans les hôpitaux, le personnel soignant a appris à mieux soigner les malades de la COVID-19. Nous ne sommes toutefois pas à l’abri d’une poussée exponentielle qui conduirait à un engorgement massif des hôpitaux. C’est à tout un chacun d’y voir. On n’en sort pas.

9 commentaires
  • Mikhael Said - Abonné 22 septembre 2020 09 h 11

    Un beau récit

    2020. On se réjouit des descentes de police dans les bars, on attend impatiemment que les habitants non coopératifs soient sanctionnés, on regretterait presque que la police ne rentre pas à l’impromptu chez les gens pour chercher dans les placards et les toilettes si une septième personne ne s'y cacherait pas. Je n'ai pas encore lu dans ces colonnes que la police était en manque de personnel ou avait du mal à recruter contrairement au domaine de la santé (où en sommes-nous d’ailleurs, a ton assez de personnel pour faire face à la deuxième vague inaugurée en grande pompe hier ?)
    Peu importe que ce qui s’est passé ces six derniers mois ait du mal à s’adapter parfaitement au récit lisse de cette réalité parallèle racontée partout dans les médias. Ce récit, aussi terrifiant soit-il, est rassurant dans la mesure où la situation est parfaitement comprise (la deuxième vague est là, on vous dit), que les solutions drastiques mises en place fonctionnent (surtout ne pas regarder trop près) et que si les habitants récalcitrants voulaient enfin faire un effort au lieu de répandre la mort partout sur leur passage, on pourrait tous y arriver en attendant patiemment le vaccin salvateur.

    • Marc Therrien - Abonné 22 septembre 2020 18 h 31

      « (…) on regretterait presque que la police ne rentre pas à l’impromptu chez les gens pour chercher dans les placards et les toilettes si une septième personne ne s'y cacherait pas. »

      Je n’arrive pas à déterminer si votre propos est clairement ironique. Dans son allocution publique d’aujourd’hui, le bon et brave Dr. Arruda a clairement exprimé qu’il aimerait bien pouvoir entrer dans les maisons privées sans mandat pour sévir. Il s’est ensuite rétracté réalisant que ce n’est pas lui qui gère la police au Québec. Après l’affaire de la coiffeuse de Thetford Mines, le Gouvernement Legault révèle encore aujourd’hui que la tentation totalitaire est de plus en plus difficile à contrôler. Peut-être considère-t-il que la majorité des gouvernés est prête à lui demander d'y céder.

      Marc Therrien

  • François Beaulé - Inscrit 22 septembre 2020 09 h 36

    Les autres maladies n'ont pas pris de vacances

    Radio-Canada nous renseigne sur les conséquences des retards de diagnostics et de traitements des cancers. Aggravation des cas et mortalité accrue.
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1735476/coronavirus-cancers-diagnostics-retard-traitement-morts-covid-19

    Et, le 4 septembre, on apprenait que plus de 90 000 chirurgies étaient reportées en date du 24 août. Ce nombre était de 75 000 à la fin de juin. Alors que le faible nombre d'hospitalisations causées par la Covid pendant l'été aurait dû permettre de réduire les listes d'attente, le nombre de chirurgies en attente a, au contraire, augmenté. Les infirmières avaient sans doute besoin de vacances. Trois semaines de vacances mais pas deux mois. Qu'est-ce qui explique cette incapacité ?
    https://www.lapresse.ca/covid-19/2020-09-04/plus-de-92-000-operations-retardees-il-faut-trouver-des-solutions.php

    Si les retards de diagnostics et de traitements ont augmenté alors que les hospitalisations causées par la pandémie étaient peu nombreuses, quelles seront les conséquences d'une éventuelle résurgence des complications liées à la Covid ?

  • Marie-Christine Boulanger - Abonnée 22 septembre 2020 09 h 42

    Vivre avec le virus. C’est à tout un chacun d’y voir. On n’en sort pas.

    Intéressant. Merci !
    Depuis mars dernier, je me demande comment faire comprendre une chose aussi simple. Et surtout pourquoi cette évidence semble si difficile à saisir. On n'en sortira pas si chacun n'y voit pas. Mais qui est-ce chacun? On !

    Une de mes craintes pour l’automne se situe dans la polarité des opinions sur l’échelle des croyances associées au virus. Les frustrations accumulées par « chacun » depuis des mois aboutiront- t'- elles à un accroissement de la violence tant verbale que physique. « On » souhaite que non. Alors ! Temporairement, on s’habitue chacun à vivre avec le virus en intégrant les consignes dans nos routines. Trop simple, relevant trop de la responsabilisation individuelle pour le bien collectif, trop économique..

  • Patrick Dolmaire - Abonné 22 septembre 2020 10 h 58

    Vivre avec un virus

    Dans les années 1980, j'ai vécu quelques années en Afrique où sévissait le paludisme (il sévit toujours). Une petite pilule tous les jours de façon prophylactique et j'y vivais tout à fait normalement, sans avoir attrapé ce virus. Cette molécule est celle que mentionne dans son protocole un certain professeur Raoult à Marseille à savoir l'hydroxychloroquine. Des études ont été menées et ont démontré que ce protocole ne fonctionnait pas dans les phases aiguës de la maladie. Ce que semble convenir ce professeur qui la recommande uniquement dès les premiers symptômes. Aucune recherche scientifique n'a démontré, à ma connaissance, que ça ne fonctionnait pas dans ce cas bien précis. Plus encore aucune étude n'a démontré que cette molécule n'a pas d'effet de façon prophylactique comme elle peut en avoir pour le virus du paludisme. On se rappelle que pour le paludisme, le vaccin n'existe toujours pas. Et si ça marchait ... il n'y aurait plus besoin de masques et la vie reprendrait presque normalement! Le vaccin deviendrait peut-être accessoire ... c'est peut-être ça le problème?

    • Sylvie Chiasson - Abonnée 22 septembre 2020 17 h 01

      Le paludisme n'est pas causé par un virus. C'est une maladie parasitaire, transmise par les moustiques. Donc, pas contagieux.

  • Eric Lessard - Abonné 22 septembre 2020 15 h 43

    Mauvais éditorial

    M. Dutrisac, je crois que la majorité de vos lecteurs n'apprécient pas trop votre prise de position pour encourager le gouvernement à faire peur à la population. Dites-nous donc le nombre de morts de la covid 19 par jour depuis deux mois. Dites-nous donc sur les centaines de nouveaux cas de covid 19, combien tombent effectivement malades.

    Je pense que les Québécois ne laisseront pas mourrir leur économie et encore moins se faire intimider par des règles absurdes et nuisibles.

    Jamais je n'accepterai cette "nouvelle normalité" qui nous dirige droit au transhumanisme!

    • Sylvie Chiasson - Abonnée 22 septembre 2020 17 h 15

      Le problème n'est pas tant les jeunes qui contractent le virus actuellement, mais la chaîne de transmission qu'ils engendrent. Anyway, ils vont entrer en contact avec des gens plus âgés qui, eux et elles, pourraient en décéder. Faut-il attendre d'en arriver là pour réagir? C'est sans compter que plus le virus se propage parmi les millions d'humains, plus le risque de mutations augmentent et impossible de savoir, actuellement, la direction que cela pourrait prendre. En outre, comme on en est au début de nos connaissances de ce virus, il n'y a rien qui interdit que l'on découvre dans quelques années des conséquences/séquelles (pour le moment inconnues) d'avoir été infectéEs des années auparavent (ex. le zona via la varicelle). On peut refuser la réalité tant qu'on voudra, mais c'est quand même elle qui gagnera au bout du compte. Ne vaut-il pas mieux prévenir que guérir comme dirait l'autre? À moins que vous en sachiez plus sur ce virus et son développement à venir que les infectiologues. Chanceux, va!