Que le vrai O’Toole se lève!

Le nouveau chef du Parti conservateur du Canada (PCC) aura intérêt à se faire connaître, au Québec en particulier, puisque ce n’est pas cette course en circuit fermé en raison de la pandémie qui lui a permis d’augmenter grandement sa notoriété. Il devra aussi préciser quel Erin O’Toole se présentera devant l’électorat.

Au terme de la course à la direction du PCC, en 2017, Erin O’Toole est arrivé en troisième place derrière le libertarien Maxime Bernier et Andrew Scheer, qui avait reçu l’appui de la droite religieuse dont il est issu, pour l’emporter, ainsi que de ces conservateurs sociaux, bien présents au sein du PCC, qui cherchent à limiter l’accès à l’avortement et les droits des LGBTQ+. Erin O’Toole apparaissait alors comme un conservateur modéré tendance red tory.

Dans la course qui vient de s’achever, Erin O’Toole s’est adapté au fait que le favori, Peter MacKay, était un parangon de red tory. Modifiant son message, il s’est présenté comme le « vrai bleu », un brin populiste, attaché aux valeurs conservatrices. Bien qu’il se soit finalement déclaré pro-choix, il a cultivé une certaine ambiguïté — il permettra des votes libres sur la question de l’avortement, même pour ses ministres — afin d’attirer les conservateurs sociaux dans son camp. Cette stratégie lui a été salutaire puisqu’il a recueilli une majorité des deuxième et troisième choix des membres du parti qui appuyaient les candidats Leslyn Lewis ou Derek Sloan. Les modifications qu’il a apportées à son message montrent qu’il peut se montrer souple et opportuniste, pour le meilleur ou pour le pire.

On peut se demander s’il a contracté une dette envers les conservateurs sociaux qui constituent une frange importante du PCC. Il semble que non. Il a indiqué qu’il allait participer au défilé de la Fierté, un événement qu’Andrew Scheer avait boudé, et qu’il appuie les mariages de personnes de même sexe. Dans son discours dans la nuit de dimanche à lundi, Erin O’Toole a souligné que tous avaient leur place au PCC, quelles que soient leur race, leur orientation sexuelle, leur croyance religieuse (ou son absence), qu’ils soient autochtones ou nouveaux arrivants.

Dans ce même discours, Erin O’Toole, dans un français plus qu’acceptable qu’il pourra améliorer s’il s’y applique, a parlé du « deal des deux peuples fondateurs ». Il a souligné que les Québécois nationalistes avaient une place importante au PCC, une part de l’électorat qu’il entend disputer au Bloc québécois. Dans sa plateforme, le candidat avait présenté des propositions pour « la nation québécoise », ce que Peter MacKay n’avait pas daigné faire. Le nouveau chef a d’ailleurs recueilli davantage de votes que son adversaire au Québec dès le premier tour.

Avant que le nouveau chef ne s’adresse à distance aux militants, Andrew Scheer a livré un discours amer où il s’en est pris aux « médias de l’establishment », les accusant de parti pris, ainsi qu’aux « professeurs gauchistes ». Il a incité les Canadiens à abandonner les médias « mainstream » pour s’abreuver à d’autres sources d’information « indépendantes ». Il a reproché aux électeurs de ne rien comprendre aux lois du marché. Le Canada n’a pas son Rupert Murdoch ou sa chaîne Fox News, semble-t-il déplorer.

Surtout, Andrew Scheer a mis le doigt sans trop le savoir sur une difficulté qu’éprouve l’orthodoxie conservatrice en ces temps de pandémie. Il a souligné à grands traits les dangers que représente le « big government » interventionniste pour les libertés individuelles et les simples travailleurs. Or, c’est justement l’intervention massive des gouvernements qui a permis d’atténuer les effets de la crise pandémique. Ce plaidoyer en faveur d’un gouvernement minimaliste apparaît bien anachronique par les temps qui courent.

Qui plus est, l’exemple des conservateurs américains qui, sous le gouvernement Trump, ont vu leurs visées se réaliser avec le saccage infligé à certaines fonctions gouvernementales, que ce soit en matière d’environnement, de santé publique et maintenant de service postal, n’est guère inspirant. Et c’est sans parler des inégalités sociales et des écarts de revenus que ce conservatisme a amplifiés.

Devant le gouvernement Trudeau dont les instincts dépensiers ont pris le dessus, ce que confirme le départ de Bill Morneau, et devant une dette publique qui dépassera les 1000 milliards le printemps prochain, Erin O’Toole voudra sans doute appliquer la recette du conservatisme fiscal. Or, il serait sans doute suicidaire pour le chef conservateur de promettre quatre ans d’austérité et de profondes compressions qui mettraient à mal les missions de l’État. Pour faire face à l’énorme défi économique de l’après-pandémie, l’orthodoxie conservatrice n’est pas d’un grand secours.


 
10 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 25 août 2020 07 h 51

    Parti ouvert à tous ?

    C'est un parti à forte tendance religieuse et qui risque fort de souffrir de dogmatisme sous l'influence de sa frange évangéliste. Mais il y a plus : ce parti refuse de reconnaître les droits des peuples autochtones et promet une expansion des pipelines de tout acabit. Avec un gouvernement du PCC et le premier ministre O'Toole, le Canada se préparerait des lendemains turbulents car on sait ce qui peut arriver quand un gouvernement ultra colonialiste bafoue les droits des peuples autochtones. Pas question de réconciliation mais plutôt du fameux « avencez en arrière »!

    • Cyril Dionne - Abonné 25 août 2020 09 h 47

      M. Rousseau, est-ce que vous pourriez nous expliquer en quoi consistent les droits des peuples autochtones? Est-ce qu’ils sont basés sur la théorie des territoires non cédés? Ce qui fait force de loi en ce qui concerne les Autochtones au Canada, eh bien, c’est la constitution canadienne et sa loi infantilisante sur les Indiens. Tant et aussi longtemps que celle-ci sera omniprésente, nous continuerons tous de tourner en rond dans un « no man’s land » constitutionnel. Enfin, toutes les belles paroles des politiciens ne sont que des mots qui riment avec réserve, apartheid et prison à ciel ouvert. Et là-dessus, il semble que les chefs autochtones ne sont pas pressés d’en découdre avec ce statu quo puisque les chèques gouvernementaux rentrent et vont dans leurs poches, ô casinos, cigarettes illégales, trafic d’armes et cannabis obligent.

      Ceci dit, c’est au niveau des pipelines que le Québec va décrocher de M. Otoole. Dans son plan, le gouvernement peut non seulement accélérer le processus environnemental, mais il peut imposer les projets de pipelines « coast to coast » sans l’assentiment de l’Assemblée nationale et de la population québécoise pour plaire aux producteurs de pétrole sale de l’Ouest. C’est comme pour Justin Trudeau; il prévoit essayer de repayer les argents empruntés par centaines de milliards par la vente de produits fossiles.

      Et nous n’avons pas besoin du ROC pour la reconnaissance de la nation québécoise; c’est un droit inaliénable accorder à tous les peuples de la Terre de vouloir vivre chez nous avec des frontières délimitées sans dépendre de personne. C’est à nous de choisir le nombre d’immigrant que nous voulons ou désirons et de garder tous nos impôts, taxes et cotisations qui vont présentement en direction d’un pays étranger qu’est le Canada. C’est à nous de choisir nos propres lois et de faire partie du concert des nations autonomes. On demande plus qu’un fédéraliste décentralisateur, nous voulons notre propre pays.

  • Claude Bariteau - Abonné 25 août 2020 08 h 11


    Pour moi, il s'est levé avant le fil d'arrivée. Il a composé avec les membres du PCC pour en prendre la direction, se révélant plus arriviste que porteur d'une vision claire. En fait, avec cet homme, tout peut être flou en autant qu'il a le pouvoir. Il se comportera de la même façon, car c'est ce qui lui a valu de coiffer le candidat présumé favori.

    S'agissant du Québec, il est revenu à la position de l'ex-PM Harper et aux vues de M. Mulroney. Les deux n'ont livré que de la brume pour stopper la mobilisation menant à l'indépendance en composant avec des conservateurs québécois désireux de jouer du violon pour y ramener des brebis prétendument égarées.

    Il n'y a rien à attendre de concret de ce nouveau chef. Pas plus d'ailleurs du chef du PLC et de ceux du NPD et du PV parce qu'ils ne peuvent pas livrer ce que le peuple québécois recherche, car seul ce peuple peut le faire, surtout pas les dirigeants du PLQ, de la CAQ, de QS et même de celui qui prendra la direction du PQ s'il ne propose pas une sortie en bonne et due forme du Canada du Québec orchestrée par les futurs citoyens et les futures citoyennes.

    Au Québec, c'est connu. Mais ça ne se dit pas par un éditorialiste du Devoir.

    • Françoise Labelle - Abonnée 25 août 2020 08 h 44

      «en composant avec des conservateurs québécois désireux de jouer du violon pour y ramener des brebis prétendument égarées»
      Percutant! Le folklore et la religion.
      À notre époque, le gigeux O'Toole va nous rejouer au violon la même ritournelle éculée sur ses cordes usées.

    • Pierre G. Blanchard - Abonné 25 août 2020 12 h 29

      Bravo à vous et votre collègue Cyril Dionne. C'est absolument époustouflant de vous suivre tous les jours, dès la première heure sur tous les éditoriaux et chroniques du journal. Une constance, une diversité et une énergie pérennes. Vous semblez avoir réponses à tout, même hors sujet. Votre somme de connaissances et d'opinions dépassent l'entendement. Je crois que Le Devoir devrait vous consacrer un forum pour vos seules opinions même si parfois opposées. La sagesse peut naitre du chaos et plusieurs média US ont de tels forums fort appréciés.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 août 2020 16 h 47

      Bravo à vous M.Blachard pour reconnaitre le dévouement de ces deux-là.Et ils ne sont pas seul à commenter et à démontrer leurs talents

      comme plusieurs autres.Souvent je ne fais que "SIGNALER" mon accord .J'aimerais pouvoir cocher J'aime mais c'est prohibé.J'ignore

      pourquoi ...La connaissance de notre histoire alumera les lumières.ET nous montrera le chemin.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 25 août 2020 09 h 41

    Échaudés par les cafouillages du gouvernement «Starbucks»…



    …Les électeurs rééliront un gouvernement «Tim Horton», avec la variante «Jos Louis» pour courtiser la Belle province

    • Raymond Labelle - Abonné 25 août 2020 12 h 04

      Quelle figure de style! On comprend ce que vous voulez dire. J'ai bien ri - mais ça a aussi un fond de vérité.

  • Richard Lupien - Abonné 25 août 2020 12 h 37

    Ni les libéraux, ni les conservateurs, ni le nouveau parti démocratique....ne pourrons nous plaire. Jamais. Nous connaissons leurs belles chansons.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 25 août 2020 12 h 42

    Quel membre est plus pressant d’amputer?

    Les temps sont durs pour la bonne gestion de la nation. Quelle nation? C’est pathétique de réaliser qu’on aura le choix, aux prochaines élections, entre une gang de platistes, des perruches ou des coucous. Trudeau, qu’on a placé là que pour se débarrasser de Harper, est aussi efficace que ce dernier pour la destruction de la nation et du tissu social. On a rien en commun avec le ROC et la gangrène s’est propagée jusqu’à Montréal, qui est devenu un ghetto « canadian » de moins en moins fréquentable. Docteur, l’amputation devient de plus en plus inévitable et urgente.