Battre sa coulpe

Le plan d’action pour une deuxième vague de la COVID-19, que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a présenté mardi, repose sur une lucide admission des dysfonctionnements qui ont conduit à l’hécatombe pandémique au Québec chez les personnes âgées, essentiellement dans les CHSLD publics et privés.

Il est rare pour un gouvernement de reconnaître aussi ouvertement ses fautes à moins d’y être forcé par le Vérificateur général ou le Protecteur du citoyen, deux chiens de garde qui, rappelons-le, ne relèvent pas du pouvoir exécutif mais bien de l’Assemblée nationale.

Il faut dire qu’il est plus facile pour l’appareil d’État de faire preuve de cette franchise et de cette abnégation quand tant la ministre responsable que le sous-ministre ont été remplacés. Christian Dubé et la sous-ministre, Dominique Savoie, sont en poste depuis moins de deux mois. Étrangement, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, contre vents et marées, est toujours bien en selle.

Mercredi, Christian Dubé a annoncé qu’il mandatait la commissaire à la santé et au bien-être, Joanne Castonguay, pour qu’elle examine la performance du réseau durant la pandémie, surtout en ce qui a trait aux personnes âgées hébergées dans les CHSLD. Elle évaluera la capacité du réseau, les soins qu’il a dispensés et sa gouvernance. Ses recommandations sont attendues au plus tard le 1er septembre 2021.

Cette instance, abolie par Gaétan Barrette qui la trouvait enquiquineuse, a été rétablie à son corps défendant à la fin du dernier mandat libéral. La commissaire ne dispose pas de la même indépendance que le protecteur du citoyen et le vérificateur général puisqu’elle relève du ministre. Mais Christian Dubé a donné l’assurance qu’elle procédera à son enquête en toute indépendance. Elle ne dispose pas des pouvoirs conférés aux commissions d’enquête, notamment celui d’assigner des témoins. Le ministre a toutefois indiqué que le gouvernement lui accordera ce pouvoir si elle le lui demande.

Christian Dubé a raison de souligner que la commissaire, beaucoup plus « agile » qu’une commission d’enquête, peut se mettre à l’œuvre dès maintenant et qu’elle possède déjà une expertise pointue en matière d’organisation des soins de santé. De toute façon, il s’agit avant tout d’une enquête administrative sur les problèmes organisationnels et de gestion du réseau. Le ministre devrait cependant s’engager à déposer le rapport de la commissaire à l’Assemblée nationale dès sa réception.

Rappelons que, de son côté, la protectrice du citoyen, Marie Rinfret, a amorcé une enquête sur la réaction du ministère et des CHSLD à la pandémie. Elle déposera à l’Assemblée nationale un rapport d’étape cet automne et son rapport final un an plus tard. De plus, le Bureau du coroner poursuit son enquête sur les déboires de la résidence privée Herron qui fait déjà l’objet d’une enquête policière pour négligence criminelle.

On ne peut évidemment pas attendre les résultats des enquêtes pour se préparer à la deuxième vague de la COVID-19 attendue l’hiver prochain. Les défaillances du système que la pandémie a exacerbées sont connues et la liste est longue : du personnel en nombre insuffisant avant même que ne frappe le coronavirus, la mobilité des professionnels soignants d’un établissement à un autre, l’absentéisme, un manque flagrant de matériel de protection, un contrôle des infections déficient, une organisation inefficace du dépistage et une faible capacité de tester, des problèmes de gestion et de communication.

Dès septembre, quelque 8000 préposés aux bénéficiaires, nouvellement formés, doivent entrer en fonction dans les CHSLD. Ainsi, finis les mouvements de personnel d’un établissement à un autre, sauf pour les infirmières, une lacune à laquelle il faudra remédier. Le ministre accorde 106 millions à la Santé publique pour l’embauche de 1000 professionnels afin de gérer les éclosions. Les résultats du dépistage se font trop longtemps attendre, a-t-il cependant admis.

On ne sait pas de quoi est fait l’avenir, mais il y a lieu d’envisager l’arrivée d’une deuxième vague avec un prudent optimisme. Ainsi, les mesures de distanciation, combinées au port du masque, donnent des résultats notables, au Québec comme ailleurs dans le monde. Un dépistage rapide et efficace mènera à un meilleur contrôle des éclosions. On a aussi appris à la dure la suprême importance de protéger les personnes âgées dans les CHSLD surtout, mais ailleurs également.

Lors de cette deuxième vague, l’imprévoyance et l’improvisation ne sauraient primer. Le gouvernement Legault et le réseau de la santé ne pourront plus se réfugier derrière la nouveauté du coronavirus et son imprévisibilité.


 
11 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 20 août 2020 05 h 15

    Pourquoi la CAQ ne fait pas relever La commissaire à la santé de l'Assemblée Nationale? Peut-être qu'il serait pertinent que les partis d'oppsition exigent cela du gouvernement?

    • Nadia Alexan - Abonnée 20 août 2020 10 h 57

      Monsieur Dutrisac a oublié de mentionner que le fait que le gouvernement Legault se tourne au privé pour trouver les solutions qui s'imposent représente un conflit d'intérêts.
      Ce matin, dans ce même journal, monsieur Jarislowsky, attribue la source de la propagation à un manque de discipline de la part de la population. Pas un mot sur les lacunes causées dans les hôpitaux et les CHLSD par les coupures du gouvernement précédent Libéral.
      Il dit: «Afin de se préparer à une deuxième vague à Montréal, quatre fondations philanthropiques collaborent depuis plusieurs mois à développer des interventions basées sur les différentes communautés, et ce, par territoire (Fondation Mirella et Lino Saputo, Fondation Molson, Fondation familiale Trottier et Fondations philanthropiques Canada)».
      Alors, au lieu de mettre les fonds nécessaires dans les hôpitaux et les CHSLD pour combler les lacunes du personnel et d'équipement après des années de coupures par les Libéraux, le gouvernement Legault va déléguer la gérance de notre système de soins de santé aux fondations philanthropiques, ce qui représente un conflit d'intérêts.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 20 août 2020 12 h 12

      Bonne question! Quant à moi, je préfère cette formule à celle d'une lourde commission d'enquête, qui n'en finirait plus de finir.

    • Patrick Boulanger - Abonné 20 août 2020 16 h 27

      @ Mme Alexan

      Mme Alexan, le lien entre mon commentaire et le vôtre est difficile à trouver? Pourquoi ne pas avoir fait comme la grande majorité des gens sur ce site et le poster à la suite des autres?

    • Jacques de Guise - Abonné 21 août 2020 11 h 54

      À Mme Alexan,

      Avec une telle conception de l’écriture (renfermée sur elle-même) l’amélioration du « vivre ensemble » n’est pas pour demain. Selon l’acception de M. Boulanger, l’écriture ne sert pas à construire, l’écriture sert à se soulager, à s’exprimer, à monologuer, à imposer. Voilà ce qu’est le monde à partir de son écran d’ordinateur, de téléphone et de télé!!! Quelle tristesse!!

  • Pierre Grandchamp - Abonné 20 août 2020 07 h 13

    Questionner l'ex-ministre de la Santé et celle des Aînés. Et pourquoi la Colombie britannique a eu moins de 200 décès?

    L'ex-ministre de la Santé venait du réseau. La ministre des Aînés jouait dans ce dossier sous les les libéraux. Et elles ne savaient pas qu'il manquait 10 000 préposés?

    Colombie britannique: 5,1 millions de population. Tout récemment: moins de 200 décès.

    • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2020 11 h 24

      La Colombie-Britannique, 5,1 millions de population et 198 décès pour une moyenne de 39 morts par million de population. Le Québec, 8,45 millions de population et 5 729 décès pour une moyenne de 678 morts par million de population. Cherchez l’erreur et devinez pourquoi le gouvernement de Legault ne veut pas de commission d’enquête publique dirigée par l’Assemblée nationale.

  • Cyril Dionne - Abonné 20 août 2020 07 h 39

    La commission d’enquête n’aura pas lieu

    Le gouvernement de la CAQ n’a reconnu aucune faute et le premier ministre Legault s’est affairé plutôt à fustiger les travailler de la santé pour leur faire porter le blâme. Quelle honte. C’est le même gouvernement qui nous avait dit au début de mars qu’il avait la situation sous contrôle et que tout allait bien aller. Coudonc, est-ce que le Devoir se fait le porte-parole du gouvernement Legault maintenant? Misère.

    Curieux tout de même que les autres provinces n’ont pas connu cette hécatombe et pourtant la ville de Toronto a presque le double de la population de Montréal. Ailleurs, dans les autres provinces du ROC, ils ont brillé dans leur gestion de la crise pandémique. Ils avaient compris qu’il fallait protéger les gens à risque en premier lieu et ensuite de s’occuper de l’engorgement des hôpitaux. Mais pas au Québec et maintenant on nous annonce que les résultats d’une enquête ne seront dévoilés que le 1er septembre 2021 sachant fort bien que les retards sont très communs dans ce type d’investigation. On pourrait apprendre la vérité seulement après les élections de 2022. « Broche à foin » et incompétence ne sont pas les mots justes pour décrire la gestion du gouvernement Legault dans cette crise sanitaire. Et il ne leur restait plus qu’à donner 100 millions du bas de laine québécois à un milliardaire, Cirque du Soleil oblige.

    Ceci dit, les mesures de distanciation, combinées au port du masque ont aidé à alléger la situation même s’il n’existe aucune preuve ou donnée probante que l’apport du masque y soit pour cause. Et tout cela va disparaître à la fin de l’automne et au début de l’hiver lorsque les gens seront enfermés à l’intérieur. Là, on vérifiera peut-être les dires de la contamination aérienne que la plupart des chercheurs et épidémiologistes nous parlent depuis belle lurette. Le virus a déjà muté et les porteurs sont maintenant âgés de 30 et 40 ans. Pour le vaccin efficace, il risque de demeurer une légende urbaine.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 20 août 2020 12 h 17

    La morale de l'histoire: ça prend des gestionnaires aux postes de ministre de la Santé et de celui l'Éducation

    Le chroniqueur Michel David écrivait, récemment : « Les CISSS et les CIUSSS, devenus un symbole de lourdeur bureaucratique, ont été désignés comme la principale cause de l’incapacité du réseau à mieux y réagir. »

    Dans ces cercles fermés, il n’y a personne élu démocratiquement. Et seul le DG peut aller sur la place publique pour l’organisation. Il en résulte un manque flagrant de transparence.Nous avons eu 3 médecins au poste de ministre : Bolduc, Couillard,Barrette.Mme McCan était gestionnaire en Santé. Actuellement, il y a un médecin au poste de ministre délégué à la Santé, le Dr Carmant.

    Or, maintenant c’est le même mode de gestion au scolaire, chez les francophones.Et nous avons un prof comme ministre de l’Éducation.Sa priorité: jouer dans les structures ( disparition des commissaires d'écoles élus démocratiquement) comme le médecin Barrette a fait en santé.

  • Diane Guay - Abonnée 21 août 2020 03 h 02

    Politique des soins et santé publique au temps de la pandémie

    Tout allait bien, nous pouvions cuisiner des tartelettes portugaises en toute quiétude selon Dr Arruda. Il fallait confiner les entrées dans les régions mais pas à Montréal et ni dans les villes de la grande région Montréalaise. Ce sont les journalistes qui informaient la Ministre de la Santé du manque d'équipement préventif. M.Legault sympathisait avec la population tandis que la Ministre de la Santé et des Aînés se faisait discrète sur la situation des CHSLD.
    Un camouglage politique du manque de gestion des soins dans les CHSLD et un manque de contrôle des résidences privées ont résulté dans une situation de négligence du devoir d'assister les personnes âgées et malades en danger de contamination et de mort.
    Pas de Commission d'enquête afin de minimiser cette déshumanisation de citoyens-es abandonés-ées à leur impuissance contre la mort. Qui a choisi , qui a décidé de délaisser la gestion des CHSLD dès le début de janvier et février 2020?
    Jusque qu'à ce que l'hécatombe des décès de nos personnes âgées fasse du Québec l'exemple d'une maltraitance sociale.
    Se contenter d'une explication épidémiologique fausse donnée par le Dr Arruda sur l'existence de deux courbes statistiques, l'une pour les régions et la population active que nous avions réussi à aplatir et l'autre des CHSLD qui ne s'est aplatie qu'avec l'aide de l'armée tiendrait de l'irresponsabilité. Cette hypocrite gestion a été une manipulation présentée par le DR Arruda pour soutenir les choix politiques de notre Premier Ministre. Tout le monde au Québec connaissait la situation lamentable des soins pour les personnes âgées y compris le premier Mininistre et son gouvernement. C'est une violence collective qu'a subie cette population humaine, leurs soignantes et familles.
    Nous ne devons pas accepter que la Ministre des aînés se cachent dans son projet de Maisons des Aînés ni le fait de ne pas avoir de Commission d'enquête afin que la responsabilité des leaders politiques restent un principe éthique.