Un plan rassurant

À trois semaines de la rentrée scolaire, les parents peuvent pousser un soupir de soulagement. On dirait bien que le renouveau de l’école, après des mois de classe interrompue, aura toutes les allures d’un solide recommencement. Il ne répond peut-être pas à toutes les attentes exprimées, mais il propose à tout le moins un cadre clair — à bas la confusion ! — et replace les élèves au haut de la liste des priorités.

Il a fallu du temps, mais la revendication généralisée pour un canevas de rentrée clair a été entendue par l’équipe du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge. La tâche n’était pas mince : arbitrer dans la mesure du possible le flot de questions provoquées par une pandémie dans l’imaginaire collectif et contenir les divers degrés d’anxiété accablant tout parent qui se respecte. Au passage, effet non négligeable, le plan de Québec pourrait même faire en sorte que la rentrée soit à nouveau, malgré les couvre-visages pour les 10 ans et plus et les récrés nouveau genre, un moment qu’on anticipe avec un certain bonheur. Ne serait-ce que pour cette poésie retrouvée, chapeau bas.

Pour que ce plan heureux soit dévoilé au grand jour, il fallait que les conditions exigées par la Santé publique soient en place. Elles le sont : meilleur accès au dépistage et nombre de nouveaux cas à la baisse. Le port du masque obligatoire pour les enfants de 5e année et plus est une excellente nouvelle, et s’arrime non seulement avec les règles édictées au Québec dans les espaces publics fermés, mais aussi avec les recommandations de l’Agence de santé publique du Canada. Le fait d’avoir mis de côté le casse-tête logistique prévisible avec les « bulles » de six élèves constitue également un bon point : la bulle, ce sera la classe, où les contacts sont toujours entre les mêmes enfants, ce qui facilitera d’autant l’enquête épidémiologique advenant un cas. Autres bonnes notes : la fréquentation scolaire est obligatoire et les dates de la rentrée ne changent pas — la demande syndicale de les repousser est frivole et néglige une fois de plus l’appétit des parents et enfants pour un retour à la normale.

Ce n’est pas un hasard si les inquiétudes les plus vives restent autour de cette promesse de ne plus briser longtemps le lien d’enseignement entre l’élève et son prof, et ce, même si un confinement exige le retour temporaire à la maison. Cette garantie « équité-qualité » à laquelle Jean-François Roberge s’engage constitue assurément la mesure phare de son plan de retour en classe, car l’on sait d’avance qu’il y aura des bris de service dans une normalité où l’humanité cohabite comme elle le peut avec un coronavirus. Québec promet donc qu’en cas de retrait d’un élève, 24 heures suffiront pour que l’enseignement de la classe se poursuive à la maison, que le matériel technologique nécessaire y soit expédié si besoin. On s’engage à ce que 15 heures de prestation par semaine soient offertes, bien plus que le néant auquel certains ont eu droit.

Non seulement cette intention est noble, mais elle vise dans le mille pour assurer la réussite des élèves. Nous osons espérer que les moyens nécessaires à sa réalisation, sur le plan des ressources tant humaines que financières et technologiques, auront été studieusement évalués par l’équipe Éducation, car la barre est très haute. Nombreux sont les parents et enfants qui portent encore les blessures d’une année scolaire interrompue en plein vol, sans communication et suivi pédagogique dignes de ce nom. Cette promesse « équité-qualité » est celle dont le ministre de l’Éducation affirme être le plus fier, et il a bien raison d’y pressentir ainsi la zone vers laquelle tous les yeux seront tournés, le fil tendu du « ça passe ou ça casse ».

Face à ce plan qui réjouit plus qu’il ne dérange un réseau scolaire pourtant connu pour être tatillon, l’opposition a tout de même raison de froncer les sourcils sur un certain passage à vide, qui est celui du rattrapage scolaire. Le ministre de l’Éducation promet des précisions additionnelles sur cette zone à risque, qu’on ne sait encore comment nommer, car on n’a pas la moindre idée de la nature des dommages. Dans le cours normal des choses, la réussite scolaire est une chose bien fragile qui demande ressources, temps, cohérence, encadrement et constance. On peut aisément supputer l’ampleur des ravages qu’a pu faire un arrêt d’école en plein vol. La première étape sera donc celle du diagnostic. Sachant que ces mois de tempête-pandémie sont « perdus », il faudra ensuite songer à un mode efficace de récupération. Le ministre Roberge demande de faire confiance et promet qu’il ne retournera pas la tête la première dans le chaos. Tous les espoirs sont permis.

6 commentaires
  • Benoit Samson - Abonné 12 août 2020 08 h 55

    Retour du chaos prévisible à courte échéance

    Tous se réjouissent du retour à l’école de façon sécuritaire en septembre. Pour réussir la rentrée demandée par la grande majorité de la population et les élèves sans favoriser la recrudescence de la contagion il fallait respecter les règles de sécurité édictées au Québec et au Canada pour les rassemblements d’individus dans les espaces publics.
    De concert avec ses collègues de la santé publique, le ministre Roberge a donc décrété de façon appropriée que le port du masque prouvé efficace pour empêcher la contagion sera obligatoire pour les élèves et le personnel des écoles dans les espaces publics. Mais dans une pirouette incompréhensible, les précautions élémentaires que l’on reconnait devoir prendre ne s’appliqueront plus dans les classes où jusqu’à 30 élèves pourraient être confinés à longueur de journée sans masques. Croire que ces élèves éviteront la contamination croisée entre eux par les mêmes mécanismes contre lesquels on avait choisi de se protéger jusqu’à leur entrée dans ces locaux relève de la pensée magique. Le virus ne lira pas les directives du ministère et il se transmettra rapidement entre ces élèves.

    En négligeant d’exiger le port du masque dans les salles de classe, le gouvernement Legault privilégie la survie économique de la province à la survie biologique des enfants et des membres de leur entourage. Mais ce sera en vain. Malgré sa promesse de ne pas retourner la tête la première dans le chaos, monsieur Roberge se tire dans le pied et il devra bientôt repartir à zéro puisqu’il est certain qu’à courte échéance on devra refermer les écoles dans lesquelles la contagion repartira à cause de la promiscuité des élèves sans masques dans ces salles de classe à longueur de journée.

  • Réal Gingras - Inscrit 12 août 2020 10 h 09

    Une main de fer dans un gant de velours.

    Je reconnais les grandes difficultés que le milieu scolaire aura à affronter à la rentrée.
    Il faut rappeler que, nonobstant les ratés que le système a engendrés depuis le début cette crise, et nonobstant toutes les blessures causées, il faut une fermeté de la part du ministère en ce qui a trait à la fréquentation et à l’obligation scolaire.

    Aucun parent ne peut garder son enfant à la maison. Le ministère doit mettre en place des publicités pour rappeler aux parents les principes de la loi: http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/I-13.3

    Tout va bien. Les parents n’ont pas à être anxieux et stressés et surtout: transmettre à leur progéniture un sentiment d’inquiétude alimenté, très justement dit, par un imaginaire collectif.

    L’école est une valeur fondamentale et cette rentrée doit se faire dans la bonne humeur.

    Les milieux scolaires devront sûrement se mobiliser pour mettre en place des actions de prévention et de suivi de l'absentéisme et apporter des réponses rapides et efficaces lorsque des absences sont constatées.

    Un parent, sauf pour des raisons médicales, n’a pas le droit de remettre en question cette obligation de fréquentation scolaire.

    Faudra-t-il envisager, pour certains parents récalcitrants, la suspension des allocations familiales comme ultime recours? Il faut avant tout impliquer les familles, parfois très éloignées du monde de l'école, dans la scolarité de leur enfant, en améliorant le dialogue entre les parents d'élèves et le reste de la communauté éducative.

    Je me garderai de tout autre commentaire . Je vais attendre de voir comment cela va se dérouler.


    Bonne rentrée

    • Benoit Samson - Abonné 12 août 2020 13 h 04

      Les urgences nationales sont souvent l’occasion des régimes de droite et populistes de renforcir leur pouvoir en limitant les droits individuels avec en plus s’assentiment de la population. Au nom du soi-disant respect de la loi et l’ordre et le bien supérieur de la ‘’Nation‘’ on en profite pour effriter les droits et libertés des individus.
      Quelques soient les principes de la loi à laquelle vous faites référence, les faits et circonstances actuelles justifient les craintes et hésitations des parents. Seul un gouvernement populiste de droite renforcerait avec une main de fer cette loi pour obliger les parents à envoyer leurs enfants à l’école. L’Ontario laisse le choix aux parents entre les deux options.
      Il faut prioriser la santé économique sur celle des enfants pour ignorer les faits et dire que ‘’Tout va bien. Les parents n’ont pas à être anxieux et stressés et surtout: transmettre à leur progéniture un sentiment d’inquiétude alimenté, très justement dit, par un imaginaire collectif.’’
      Il n’est pas imaginaire de prendre en considération les données récentes sur les risques associés à la COVID-19 pour les enfants et les membres de leur entourage. Aux États-Unis, de mars à juillet 2020, 600 jeunes de 0 à 20 ans ont souffert du Syndrome inflammatoire relié à la COVID-19. Ce syndrome attaque plusieurs de leurs organes vitaux. La majorité ont dû être admis aux sons intensifs et certains en sont morts. Plusieurs écoles américaines qui ont rouvert leurs portes sans obliger le port du masque ont dû refermer après quelques jours devant l’explosion de cas dans leurs institutions. C’est ce qui attend les enfants québécois qui n’auront pas à porter un masque dans des classes contenant jusqu’à 30 élèves et mal aérées dans bien des cas. Les lunettes roses de ceux qui veulent se convaincre que tout va bien aller malgré les imprudences perdront rès vite leur filtre pour voir la triste réalité en face.

    • Claudine Laurendeau - Abonnée 12 août 2020 17 h 00

      Aucun parent ne peut garder son enfant à la maison. Le ministère doit mettre en place des publicités pour rappeler aux parents les principes de la loi: http://legisquebec.gouv.qc.ca/fr/ShowDoc/cs/I-13.3

      M.Gingras, l'éducation à domicile est tout ce qu'il y a de plus légale au Québec. Alors oui, un parent peut garder son enfant à la maison s'il choisit de faire l'éducation à domicile. Selon la LIP c'est l'éducation qui est obligatoire et non la scolarisation. La nuance est très importante.

  • Louise Melançon - Abonnée 12 août 2020 10 h 54

    Merci!

    Enfin, quelque chose de positif!... Au lieu de mettre l'accent sur ce qui manque, ou devrait être amélioré, montrer d'abord ce qui est bon dans ce projet du ministre. Il faut aussi tenir compte de la responsabilité du milieu scolaire, enseignants, directions d'écoles, tous les personnels qui effectueront ce projet, avec leurs compétences, et leur engagement-débrouillardise...
    Mais le défi du rattrapage des plus vulnérables reste une priorité.... en fonction aussi du manque d'enseignants... Il faut sans doute penser à une sorte de corvée sociale, un peu comme pour les CHSLD, au printemps...

  • Réal Gingras - Inscrit 13 août 2020 07 h 23

    Pour madame Laurendeau

    Je sais que la loi autorise l'enseignement à la maison mais je ne suis pas sûr que cet enseignement soit bien encadrée par les parents. Rares sont les parents qui peuvent prendre cette responsabilté sur leurs épaules.

    Dans mon commentaire, je parlais des parents qui voudront garder leurs enfants à la maison, non pas pour enseigner à la maison comme la loi le permet, mais plutôt parce qu'ils auront des craintes face à une éventuelle contagion que leurs enfants pourraient attraper.

    Vous savez madame Laurendeau, des parents angoissés qui décideraient de garder leurs enfants à la maison risquent plus de transmettre leurs angoissess à leurs enfants que de vraiment répondre, à domicile, aux exigences du programme.

    Bonne rentrée