Pas sortis de l’auberge

Tandis que Québec envisage de resserrer les exigences sanitaires pour les bars et à imposer des sanctions s’il le faut, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a annoncé que le port du masque sera obligatoire dans les tous les lieux publics fermés de la ville à compter du 27 juillet.

Plusieurs détails ne sont pas connus, dont le montant des amendes, s’il y en a, en cas d’infraction, et le rôle de la police dans l’opération. Toronto et Ottawa viennent aussi de déclarer obligatoire le port du masque dans les lieux publics fermés. Mais pour l’heure, elles n’ont pas distribué d’amendes en cas de désobéissance.

Le premier ministre, François Legault, a appris la décision de la mairesse en même temps que tout le monde en fin de journée lundi. Mais il ne lui en tient pas rigueur. Du moins, c’est la posture qu’il a adoptée en conférence de presse, mardi. De fait, la position de la Direction nationale de la santé publique et du gouvernement caquiste n’est pas si éloignée de celle de Valérie Plante. Mardi, le Dr Horacio Arruda a même laissé entendre qu’il était sur le point de recommander la même obligation. La mairesse a décidé d’agir, à l’intérieur de ses prérogatives, d’ailleurs, au lieu d’attendre la fin des tergiversations.

Il ne fait aucun doute que le port du masque par des personnes qui se côtoient au sein d’un lieu fermé réduit considérablement les risques de contagion. En revanche, en faire une obligation peut avoir des effets pervers. On craint de braquer certains citoyens qui contesteraient l’injonction au nom d’une certaine conception égoïste de la liberté et, parce que, souvent, ils sont jeunes et croient, non sans inconscience, que contracter la COVID-19 ne les affecterait guère. Sanctionner n’est pas simple non plus.

François Legault a répété que son gouvernement privilégiait une approche graduelle. Après avoir recommandé fortement le port du masque dans les transports en commun, on en est venu à l’imposer. Maintenant, on recommande fortement le port du couvre-visage à l’intérieur des commerces, des restaurants, des bars et autres lieux publics. Nous connaîtrons bientôt la suite.

La décision de Valérie Plante survient au moment où dans un article publié dans la revue Clinical Infectious Diseases d’Oxford, plus de 200 scientifiques des quatre coins du monde réclament que l’OMS et la communauté médicale internationale reconnaissent le potentiel de transmission aérienne de la COVID-19. On sait maintenant non seulement que des personnes asymptomatiques (ou présymptomatiques) peuvent transmettre la maladie, mais aussi que la simple respiration d’une personne atteinte, ou quelques mots échangés avec elle, projetterait dans l’air des microgouttelettes infectieuses de coronavirus qui s’y maintiendraient un certain temps. Cette possibilité milite fortement pour le port du masque.

La Direction de la santé publique s’inquiète d’ailleurs du relâchement dont certains font preuve dans les bars ou lors de fêtes privées. Des rassemblements de dix, vingt ou cinquante connaissances, que ce soit sur la Rive-Sud ou dans Lanaudière, ont donné lieu à des éclosions. Il faut craindre au plus haut point les rassemblements de fêtards, aussi insouciants qu’éméchés, qui font bombance, comme dans ce bar de Brossard le 30 juin dernier.

Il est en effet difficile de retrouver toutes les personnes qui peuvent avoir été présentes dans un bar à un moment donné. Aux États-Unis, nombre d’éclosions, qui ont nourri la grave contagion communautaire avec laquelle plusieurs États sont aux prises après avoir amorcé leur déconfinement, émanent des bars, affectant surtout des jeunes dans un premier temps. En Corée du Sud, c’est une discothèque qui fut à l’origine d’un retour de la contagion, heureusement maté.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a évoqué différentes options pour sévir contre les établissements délinquants, comme l’imposition d’amendes et le retrait du permis d’alcool. Le gouvernement Legault pourrait commencer par suivre la recommandation de la Nouvelle association des bars du Québec et forcer les bars à fermer à minuit plutôt qu’à trois heures du matin. Une fois ivres, les oiseaux de nuit sont souvent difficiles à raisonner.

Les éclosions que le Québec a connues ces derniers jours et qui ont visé surtout des jeunes nous rappellent que le coronavirus court toujours. Nous ne sommes pas sortis de l’auberge. Il faut à tout prix éviter le scénario catastrophe américain, ce qui conduirait à un nouveau confinement. Nous pouvons y arriver si les citoyens se montrent responsables, comme il n’y a pas si longtemps, portent un masque quand c’est nécessaire et respectent les règles de distanciation.


 
12 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 8 juillet 2020 01 h 11

    Bonjour la police

    Ça va être bon pour l'économie, les amendes. Et pour le bien-être de tous, on se promènera avec un masque à l'année longue comme la ceinture de sécurité quand tu embarque dans ton char, tu sors de chez vous et tu mets ton masque, ça va commencé avec les endroits clos pour ensuite être étendu à la grandeur de l'espace publique. C'est ça qu'on veut pour sécurisé les peureux et vaincre les innocents qui ne se soucient guère des autres dans leur individualité au quotidien.

    Un vaccin...il y en aura même pas pour le 19 avant que ne sorte le prochain. Donc aussi bien dire qu'on est condamné à vivre masqué pour le reste des temps. Il y avait des masques chez Sail cette fin de semaine, $17 et quelque plus taxes, lavable en plus. L'immunité c'est quoi au juste, on en parle plus. La science l'a masqué faute de donné et le masque il y a beaucoup de donnés pour éventuellement le suggérer au Clinical infectious diseases d'Oxford.

  • Yvon Montoya - Inscrit 8 juillet 2020 06 h 12

    Oui, c’est partout cette ignorance totale a une epoque, c’est paradoxal, d’ultra-communication électronique. La mairesse de Montreal fait un excellent travail. Merci.

    • Jacques Patenaude - Abonné 8 juillet 2020 09 h 44

      Bien d'accord. Valérie Plante a eu raison mais ce ne sera pas facile comme le dit M.Dutrisac.

      "On craint de braquer certains citoyens qui contesteraient l’injonction au nom d’une certaine conception égoïste de la liberté"

      Les politiciens ont raison de se méfier de cela. Mettre le système judiciaire dans le portrait compliquerait la situation. Un des facteurs à considérer est comment on perçoit les charte des droits.

      Il y a d'ailleurs une différence importante entre la Charte des droits québécoise qui tiens davantage compte du bien commun que celle du Canada. Cette différence viens de l'approche philosophique. La charte fédérale est inspirée de l'anglolibéralisme alors que la charte québécoise s'inspire davantage des lumières donc de la charte des droits humains de l'ONU.

      Il me semble que si les organisations de défense des droits se prononçaient favorablement au port du masque obligatoire au nom du bien commun ça enverrait un message utile.

  • Marc Therrien - Abonné 8 juillet 2020 07 h 32

    Faire du masque un objet désirable de consommation de masse


    Le port du masque facilite la reprise de l’économie en rendant plus simple la fréquentation des commerces et services par un plus grand nombre de consommateurs en même temps. On n’a qu’à investir un peu dans le marketing pour en faire un nouvel objet de consommation de masse désirable, un accessoire de mode avec différentes marques et styles qui permettra d’établir des distinctions sociales. Ainsi, dans une manifestation de gens masqués qui sait si les « casseurs » antisystème ne se mettront pas à déambuler à visage découvert. Enfin, dans une foule de gens masqués préoccupés par la Covid-19, je ne sais pas si la puissance ostentatoire du niqab ira en augmentant ou plutôt en s’atténuant.

    Marc Therrien

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 8 juillet 2020 08 h 11

    Présentement quand on regarde la courbe il n'y a aucune raison de prendre ces mesures autant pour la population déjà affectée et surtout les commerçants qui se battent pour NOTRE économie et leur survie.

    Pendant que mes pauvres enfants vont payer les 73 000 000 000$ de dette toute leur vie, rien de concret n'est fait pour sauver l'humanité de la catastrophe environnementale qui leur pend au bout du nez et on a pas d'argent pour améliorer notre système de santé, de justice, scolaire ect....

    On a même pas d'argent pour ajouter une station de métro afin de se donner espoir de débloquer mtl de son traffic qui pourrit notre air chaque jour et qui nous rend tous malade à des degrés différents.

    Un gros show de boucane de sauvage de vie pendant que la cigarette est dans chaque épicerie, on vend encore des Hummers, le suicide bas son plein dans l'indifférence, on refuse des scans préventifs, on a pas de médecin de famille...

    De la poudre au yeux payés par les futurs générations, soudainement à coup de milliard, de faillite et d'anxiété généralisée, on veut sauver des vies à tout prix.

    Pauvre commerçant, comme les enfants qui n'ont pas pu retourner à l'école, ils payent les frais de ce très mauvais spectacle.

  • Louise Collette - Abonnée 8 juillet 2020 08 h 30

    Mairesse

    Bien contente que quelqu'un mette enfin ses culottes, d'accord avec elle pour une fois. Une fois n'est pas coutume....;-)

    Depuis le premier jour que je me décarcasse pour faire ce qu'il faut pendant que d'autres s'en moquent totalement avec les conséquences que l'on sait.
    J'espère que les amendes vont être salées, ça suffit la fanfaronnade. Les irresponsables doivent être sanctionnés et pas qu'un peu, On ne parle pas d'un rhume de cerveau ici-là, misère.

    Rien à faire de leurs libertés individuelles, il s'agit d'un problème collectif, de santé et, souvent mortel. Leur liberté s'arrête là où la mienne commence.
    Ça aurait dû être fait au début mais bon, vaut mieux tard que jamais.