Tous et tout pour le bien-être des enfants

Le titre du dernier rapport du Conseil supérieur de l’éducation est on ne peut plus clair : Le bien-être de l’enfant à l’école : faisons nos devoirs. L’organe-conseil en matière d’éducation, créé en 1964, consacre pour la toute première fois de son existence un avis complet à la question du bien-être et de la santé mentale des enfants en contexte scolaire. Son constat est doublement brutal : « Trop d’enfants ne vont pas bien » et le Québec ne met pas tout en œuvre pour favoriser le bien-être de ses enfants, en accord avec les fondements de la Convention relative aux droits de l’enfant de l’ONU.

Le contexte de publication de cet avis est troublant, même si son élaboration est lancée depuis belle lurette. Nous voilà au cœur d’une tourmente pandémique qui a forcé le retrait des enfants de l’école et dévoilé au grand jour les difficultés du ministère de l’Éducation à assumer un leadership essentiel en temps de crise. Cette crise a en outre accentué la vulnérabilité des enfants en difficultés d’apprentissage, et placé les projecteurs dès les premiers instants où l’école a fermé ses portes sur tous les petits qui, en perdant l’accès aux classes, perdaient aussi un précieux déjeuner, le soutien d’un psychoéducateur, la soupape essentielle d’une activité parascolaire.

Nous voilà aussi sans cesse rappelés au destin tragique des enfants largués par leurs proches et le système par le truchement des travaux essentiels de la commission Laurent — Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, menée par Régine Laurent. Les circonstances favorisent donc une lecture on ne peut plus troublante d’un rapport qui cible le fait que les enfants du Québec ne sont pas au meilleur de leur forme et que, malgré beaucoup de bonne volonté et de sommes investies, la collaboration entre acteurs essentiels ne joue pas en faveur des principaux intéressés. Les enfants ne reçoivent pas toute l’aide et le soutien dont ils auraient besoin.

Le portrait n’est pas reluisant. D’autres enquêtes avant ce rapport ont pointé le quotidien difficile des enfants contemporains — on entend rouler d’ici les sabots de la nostalgie sur les clichés de type « dans notre temps, c’était bien pire », mais la réalité est que les neurosciences ont démontré que les subtilités du développement des enfants d’aujourd’hui diffèrent d’une époque à une autre. Le condensé de statistiques ici réunies a de quoi frapper l’imaginaire : le quart des enfants de 6 à 11 ans ne dorment pas assez ; 38 % ne déjeunent pas ; 65 % ne font pas les 60 minutes par jour d’activité physique recommandées ; et 21 % sont figés devant un écran plus de 4 heures par jour. Certains passent neuf heures à l’école, service de garde et classes compris. D’autres près de deux heures en autobus scolaire. Tout cela sur un fond diagnostic très éprouvant à reconnaître : les enfants sont anxieux, beaucoup présentent des symptômes dépressifs. Oui, le front de la santé mentale comprend des batailles qui se mènent désormais dès la petite enfance.


 
 

Si le Conseil supérieur de l’éducation s’attarde en long et en large sur cette question, c’est que l’école peut jouer un rôle de premier plan pour prévenir et intervenir autour des difficultés croisées par les élèves. L’enquête exhaustive menée par l’équipe du CSE laisse toutefois entendre que de nombreux facteurs nuisent à cette opération cruciale. Les programmes de formation des maîtres s’attardent très peu au chapitre développemental et émotionnel des enfants, et ce, malgré des statistiques connues de tous dépeignant des besoins d’importance dans ce champ. Les ministères ont des plans de match bien ficelés — Famille, Santé, Éducation — mais il semble que les acteurs concernés, sur le terrain scolaire, les deux pieds bien campés dans les problèmes, ne soient pas au courant des différentes mesures mises à leur disposition.

Le CSE recommande même — pavé dans la mare — de modifier le mode de financement des élèves handicapés et en difficulté d’apprentissage, eux qui composent au moins 17 % des enfants à l’école, pour permettre moins de paperasse et de tâches administratives de la part des professionnels aussi précieux que rares, pour prioriser le temps accordé aux enfants.

S’étonnera-t-on ? Le gigantisme des structures, la bureaucratie crasse et l’absence de concertation des différents ministères ont été maintes fois déplorés, sans que, hélas, les choses changent. L’occasion est belle, post-pandémie, pour un Québec fou de ses enfants, de repartir sur de nouvelles bases.

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