Un casse-tête nommé Montréal

Montréal astique son armure de guerrière, mais elle plie les genoux : sans personnel suffisant dans les hôpitaux pour soigner les malades, sans tests suffisants pour départager les bien portants des personnes atteintes, sans masques suffisants pour se véhiculer dans les transports en commun, comment vaincre ? Le report de la rentrée scolaire à la fin de l’été, annoncé jeudi par le premier ministre François Legault, le confirme : le Grand Montréal est une bulle. L’école aussi est sous verre.

Le réseau des écoles pousse un soupir de soulagement. Pour les parents du primaire, cette nouvelle conforte les adeptes du confinement prolongé, mais déçoit ceux qui espéraient une normalité nommée reprise des classes. Les données dévoilées chaque jour par les autorités et disséquées sous diverses formes par les médias avec éloquence devraient toutefois servir à comprendre que la région métropolitaine n’est pas prête à vivre la fin de l’isolement. Les commerces espèrent encore une reprise des activités le 25 mai, mais il n’y a rien de moins certain.

Ça ne signifie pas la fin des classes, mais il sera difficile de garder élèves, parents et enseignants en haleine aux beaux jours de mai. « Au secondaire comme au primaire, l’année scolaire n’est pas terminée ni pour les enseignants ni pour les élèves. » Ainsi parlait le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, mercredi à l’Assemblée nationale, en réponse à ceux qui s’inquiétaient des effets dommageables, sur les élèves, d’un certain relâchement scolaire. Depuis la mise à l’arrêt de l’école, le 13 mars dernier, les enfants et les adolescents du Québec n’ont pas tous accès aux mêmes curriculums, pour dire le moins : alors que certains ont droit à des séances Zoom avec leurs enseignants tous les matins, d’autres à de véritables classes en différé données à distance par des grands-parents zélés, d’autres encore à des travaux supervisés par des parents conjuguant tant bien que mal les travaux scolaires au travail tout court, certains au contraire n’ont rien à se mettre sous la dent, ou si peu.

Au secondaire ? L’offre est encore plus disparate, et les tergiversations du début de confinement — en vacances ? Pas en vacances ? — ont détruit chez beaucoup tout résidu de motivation. Des enjeux de santé mentale se profilent. Certains jeunes n’ont fait ni une ni deux et ont troqué l’habit de l’élève pour celui du travailleur. Le ministre Roberge s’est défendu jeudi d’avoir voulu les gronder mercredi en les invitant à laisser le travail pour l’école. Le ministre de l’Éducation n’a pas la tâche la plus simple, soit tenter de recréer un réseau scolaire à distance, mais on a eu du mal depuis les débuts de la crise à sentir une direction ferme et claire de la part de son ministère.

Les enjeux y sont pourtant grandioses. Évidemment, la catastrophe imminente est celle qui se joue sous nos yeux, et elle rime avec Santé. On a bien raison d’y accorder le plus clair des efforts, des sommes, de la logistique. Mais un autre cratère se profile en Éducation, là où les plus vulnérables sont sans nul doute les moins bien servis par tout ce qui peut ressembler à un relâchement ou à une pause.

À Montréal, des sondages éclair effectués dans des écoles ont démontré que c’était dans les milieux les plus défavorisés que les parents résistaient le plus au retour à l’école, au grand dam des directions d’école qui espéraient retrouver au moins les joueurs les plus vulnérables pour ne pas que tous les acquis s’effritent. Ces angoisses sont reportées à septembre.

Au secondaire, où les taux de décrochage sont déjà une des préoccupations les plus vives dans les grands chantiers de l’éducation, un des scénarios évoqués par le ministre de l’Éducation mercredi laissait planer l’enseignement à distance tout l’automne. Devant le tollé suscité par cette hypothèse, M. Roberge a précisé jeudi que ça n’était qu’une des possibilités envisagées, et pas celle qu’il favorise. Mais cette communication ne fait qu’ajouter à l’impression généralisée que les élèves du secondaire sont largués dans toute cette histoire, oui, largués. Lorsque les statistiques de décrochage seront publiées, on pourra parler de la courbe des abandons scolaires.

C’est tout bonnement la mathématique de la distanciation physique qui explique cette mise à l’écart du secondaire, rien de plus. Les élèves du primaire et du secondaire ne pourront jamais tous entrer dans les locaux en tout respect des nouvelles règles. Il faut donc considérer des idées porteuses comme une alternance entre la présence en classe et l’enseignement à distance, des cours en rotation, du temps partiel, pour éviter que cette pause forcée par la pandémie ne se transforme en abandon pour un trop grand nombre.

8 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 15 mai 2020 08 h 46

    Y-a-t-il un maire dans cette ville

    Le plus gros combat de sa jeune carrière pour l'abitibienne et elle est aussi invisible qu'un virus depuis le début de la crise qui sévit sur sa ville. Serait-elle craintive au point de demeurer invisible quand sa ville est en flamme. Les montréalais l'ont pourtant vu bien plus combative sur des dossiers somme toute banales comparer à celui-ci. Une chose quelle a retenu dans sa préparation pour la job, quoi qu'il arrive Valérie, il faut gardé le sourire n'oublie jamais. Ça allah.

  • Réal Gingras - Inscrit 15 mai 2020 09 h 03

    de l'alarmisme encore...

    Madame Chouinard,
    pourquoi faut-il costamment maintenir dans les différents éditoriaux des différents médias cette idée de crainte et de panique?
    N'êtes vous pas responsable, vous les journalistes, d'alimenter toutes ces craintes? Comment se fait-il qu'on ne parle pas du modèle mis en place par la Suède en ces temps de pandémie? Il donne de bon résultats et surtout personne ne s'éverve là-bas .
    Dans votre éditorial ce matin vous dites:
    - Évidemment, la catastrophe imminente
    - la région métropolitaine n’est pas prête à vivre la fin de l’isolement.
    - Ces angoisses sont reportées à septembre.

    Avez-vous, vous aussi la peur au ventre?

    Rien là pour rassurer . Je trouve ça désolant . Il n'y a personne dans les médias qui s'oppose à cette vague de morosité
    que l'État en mis en place.

    Je peux vous assurer, madame Chouinard, que j’habite Montréal et que je ne me sens absolument pas menacé par quelque virus que ce soit. Pourquoi est-ce que le modèle suédois n’a-t-il pas été pris en compte?
    Je souhaite que vous parliez d'optimisme dans vos prochains textes. Inspirez-vous je vous en prie de la Suède.

  • Yves Graton - Abonné 15 mai 2020 09 h 17

    excellent édtorial . omme disent les Français : good old common sense

  • Daniel Gendron - Abonné 15 mai 2020 09 h 20

    Mon opinion

    Le Gouvernement a fermé écoles. Ce n'est pas suffisant. L'intégration de ressources en gardiennage et en santé mentale à une agence montréalaise des ressources communautaires était attendue vivement. Ces ressources ont été visitées par le P.M. mais elles restent désorguarnisées.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 15 mai 2020 22 h 23

      Texte incompréhensible. Une traduction en français est-elle disponible?

  • Daniel Gendron - Abonné 15 mai 2020 09 h 20

    Mon opinion

    Le Gouvernement a fermé écoles. Ce n'est pas suffisant. L'intégration de ressources en gardiennage et en santé mentale à une agence montréalaise des ressources communautaires était attendue vivement. Ces ressources ont été visitées par le P.M. mais elles restent désorguarnisées.