Pour le masque obligatoire

Montréal a beau être l’épicentre de la pandémie de COVID-19 au pays avec une augmentation quotidienne inquiétante du nombre de décès, rien ne semble ébranler la conviction d’une frange non négligeable de la population pour qui le virus n’est qu’une « grosse grippe » qui n’affecte sérieusement que les vieux.

Est-ce là ce qui explique qu’aussi peu d’usagers des transports en commun à Montréal, à Laval et dans toutes les villes du Québec s’astreignent à porter un couvre-visage ? Possiblement. Mais c’est aussi parce que les autorités de la santé publique, le Dr Arruda en tête, ont longtemps tenté de nous faire comprendre que le port du masque était inutile, voire dangereux, et que, de toute façon, il n’y en avait même pas assez pour le personnel hospitalier.

En cette période de déconfinement même « graduel », le coronavirus continue de faire des ravages partout, même là où la propagation a ralenti. Nous en avons pour des mois, voire des années à vivre avec ce virus et, à moins de rester cloîtrés jusqu’à la découverte d’un vaccin, il faut apprendre à gérer le risque, collectivement et individuellement.

Nous n’en avons donc pas fini avec les exigences de distanciation physique, de lavages des mains fréquents, de décontamination des objets manipulés ou d’interdiction des rassemblements. La Santé publique doit aussi multiplier les tests en zones chaudes et dans l’ensemble de la population, et rechercher les contacts des cas positifs. Ce qui ne sera pas facile puisque plusieurs individus refuseront de collaborer de peur d’être mis en quarantaine, privés de leur liberté et montrés du doigt comme des pestiférés.

C’est pourquoi il faut insister sur l’importance pour chacun d’adopter d’emblée toutes les mesures de prévention susceptibles de réduire la contamination communautaire, et pour la Santé publique de les imposer au besoin. Le port d’un couvre-visage en milieux fermés s’inscrit dans cette liste de mesures qu’il ne faut plus hésiter à imposer.

Depuis quelques jours, la Santé publique le recommande en expliquant qu’il s’agit de « situations où la distanciation de deux mètres n’est pas assurée ». Malheureusement, cette explication prête à trop d’interprétations pour être suivie avec rigueur dans un pays où l’habitude n’y est pas. Orgueil mal placé, inconfort certain, obstacle à la communication, quel que soit le motif, les faits sont là : deux usagers du métro et de l’autobus sur trois n’en portent pas, un ratio qui est encore moins élevé ailleurs au Québec.

À Montréal, la STM distribuera 600 000 couvre-visages gratuitement au cours des prochains jours. Mais en point de presse, la semaine dernière, son président, Philippe Schnobb, a expliqué qu’on n’obligerait personne à porter un masque parce que les agents de sécurité avaient autre chose à faire que de punir les contrevenants.

L’argument ne tient pas dans un contexte où les sociétés de transport ne peuvent pas assurer en tout temps une distanciation sécuritaire entre tous les passagers, qui seront bientôt des centaines de milliers de plus à emprunter le métro et l’autobus, matin et soir.

Le couvre-visage ne met pas celui ou celle qui le porte à l’abri de tout risque de contamination, mais il protège les autres. Soyons clairs : si seulement la moitié des usagers portent un masque, la réduction du risque est à peu près nulle. En revanche, la protection devient très significative quand tout le monde le porte. Rappelons que cette pratique ne remplace pas les autres mesures de prévention et doit être précédée et suivie par cet autre exercice d’hygiène élémentaire qui consiste à se laver les mains.

Qu’importe l’inconfort, le port d’un couvre-visage doit devenir obligatoire dans les transports collectifs, y compris les taxis, tous les milieux fermés tels que les épiceries et les quincailleries, et ce, partout au Québec. Ottawa l’impose déjà dans les aéroports et les avions, Québec doit faire de même dans les champs qui relèvent de sa compétence.

C’est à la Santé publique de la province qu’il revient d’en faire une obligation, mais c’est à chaque individu d’adopter cette habitude et de s’équiper en conséquence, à ses frais. Des dizaines d’artisanes offrent des masques en tissu réutilisables pour quelques dollars sur Internet, et toutes les chaînes de pharmacie en vendent à moins de 1,50 $ l’unité.

Quiconque a déjà visité un pays d’Asie, comme la Corée ou le Japon, a pu constater que le port du masque est répandu même en temps normal. Perçu jusqu’à présent comme une mode difficile à comprendre par les Occidentaux, il doit devenir la règle chez nous dans l’actuel contexte de pandémie, et ce, chaque fois que la distanciation minimale entre adultes n’est pas assurée, ne serait-ce que pendant quelques instants.

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