Restez chez vous, mon p’tit monsieur!

Le passage de l’ex-présidente de Médecins sans frontières, la Dre Joanne Liu, à l’émission Tout le monde en parle de dimanche dernier a porté ses fruits : les familles pourront accompagner un parent en fin de vie hospitalisé à cause de la COVID-19 et un proche aidant « significatif » pourra de son côté visiter un parent hébergé dans une résidence même si la direction de l’établissement s’y oppose, comme c’est souvent le cas. Voilà deux bonnes nouvelles dans la grisaille infinie qui enveloppe le monde des aînés depuis des semaines.

Dans un dossier parallèle, la Santé publique a aussi compris qu’il fallait relâcher la pression exercée sur les aînés autonomes cloîtrés depuis le début de la crise dans l’appartement d’une résidence pour plus de 50 ans.

C’est aussi la moindre des choses puisque ces gens ne sont pas plus dangereux et ont autant de droits que ceux qui habitent une maison unifamiliale ou un logement ordinaire situé dans un triplex.

On ne parle pas ici des aînés qui requièrent un minimum de 90 minutes à 3 heure 30 de soins par jour dès leur admission dans une Ressource intermédiaire ou un CHSLD, mais de personnes autonomes. C’est vrai que si l’une d’entre elles a le malheur de tomber malade à cause de la COVID-19, elle deviendra plus à risque de complications et même de mourir à cause de son âge et surtout de son état de santé préalable.


 
 

Ce qui a rendu le confinement total indispensable dès le début de la crise, c’est l’âge des résidents, bien sûr, mais surtout la cohabitation de dizaines de personnes, dont certaines ont plus de 85 ans, dans un même immeuble offrant des services communs. Hall d’entrée, corridors, ascenseurs et garages communs, cafétéria, coiffeur, dépanneur, sans oublier les employés. Cela fait beaucoup quand on n’est pas encore sensibilisé aux exigences de la vie en situation de pandémie mortelle.

Il fallait donc casser les habitudes antérieures et forcer chacun à adopter un nouveau rythme de vie quotidien adapté à la conjoncture. Sans interdiction stricte de sorties et de visites dès le début de la crise, il est facile d’imaginer la vitesse de transmission du nouveau virus. Un risque auquel le système de santé n’aurait pas été capable de faire face en plus de la catastrophe des CHSLD.

Mais il y a huit semaines que cela dure et il est temps de passer à autre chose. De faire confiance à la sensibilité et à l’intelligence des plus de 60 ans, qui sont aussi développées que celles des autres Québécois, sinon plus. Qui, parmi les 20 à 60 ans, n’a pas enfreint une ou plusieurs fois les règles de distanciation, de restriction des fréquentations et des déplacements depuis le début du confinement ? On pense à ces résidents des MRC de région qui craignent comme la peste la visite des Montréalais mais qui sont les premiers à franchir la frontière voisine pour magasiner au Walmart et au Costco. Que tout le monde, quel que soit son âge, respecte les consignes de distanciation et tout ira bien.

Pour justifier l’assouplissement des règles, le docteur Arruda parle de la santé mentale des plus vieux qui serait menacée par un isolement prolongé. Juste. Mais il y a aussi, plus simplement, le retrait autoritaire de l’exercice du libre arbitre indispensable à tout être humain. Cette faculté de faire ses propres choix, y compris celui de son occupation du temps.


 
 

Parmi les nombreux commentaires qui ont accompagné les discussions au sujet du confinement, certains ont proposé qu’on garde les vieux enfermés jusqu’à l’arrivée d’un vaccin pour permettre aux plus jeunes de reprendre une vie normale sans risquer une explosion du nombre de décès. Quelle idée de génie que de priver les autres de leur liberté pour exercer la sienne sans contraintes ! Qui dit que le nombre d’hospitalisations et de décès ne grimperait pas aussi vite en l’absence de mesures de distanciation qui seraient remplacées par un confinement illimité des vieux ? Que celui qui professe de telles idées se le tienne pour dit : il sera déshérité !

Parmi les conditions posées au déconfinement partiel des résidences, l’absence de cas positif dans l’immeuble figure au premier rang, suivie de près par le port du masque et le lavage obligatoire des mains. Inutile de savoir lire entre les lignes pour comprendre que la Santé publique ne laissera pas Miss COVID s’installer à demeure dans ces immeubles. Les résidents ont donc intérêt à ce que tout se passe bien, sous peine de revivre un autre épisode de confinement dans leur tout-compris-avec-vue-sur-le-fleuve qu’on leur a vendu comme une occasion en or de « profiter pleinement de sa retraite ».

19 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 6 mai 2020 04 h 26

    Police

    Faire intervenir la police pour des gens qui sortent dehors dépassait les bornes. À se demander quelles sortes de monde sont dans la police.

    • Hélène Lecours - Abonnée 6 mai 2020 07 h 34

      À se demander plutôt quelles sortes de monde dirigent ces endroits, quelles sortes de monde réfléchissent et donnent des ordres. La police obéit, c'est dans ses gênes.

    • Richard Lupien - Abonné 6 mai 2020 10 h 13

      Moi, je savais.....
      .....que la pagaille prendrait un jour...attendons voir ce que cela sera dans quelques mois, dans une année.... ce ne sera pas drôle ...on devrait réfléchir plus et voir comment on peut aider avant de réprimander
      Richard Lupien
      Ormstown

  • Frédéric Lavoie - Inscrit 6 mai 2020 07 h 19

    Crise et marges

    La situation présente nous force à vivre et côtoyer au quotidien la frustration et les décisions nécessaires mais difficiles à prendre. Bien que je salue régulièrement le travail des membres du gouvernement, je trouve que la pandémie actuelle nous démontre clairement les limites des méga-structures, des CISSS, des monstres administratifs (paradoxalement, on a besoin de décisions centrales aussi). Comment accepter que des CHSLD, sans cas, soient si réticents à prendre leurs propres décisions et acceuillir des bénévoles ? Et maintenant, on commence à ressentir les effets: suicide et détresse chez nos aînés-es, oui, la solitude tue. Aussi, certains autres angles mort qu'on évite parce que notre société rend tabou certains sujets (sexisme, âgisme, suicide, grossophobie...): une question: pourquoi attend-on pour fortement suggérer que les personnes obèses (ayant un surplus de poids même) restent à la maison pour des motifs humanitaires. Pourtant on le voit, et ce n'est pas pour les ostraciser, il semble que la réalité nous apprend que ces personnes sont plus à risque présentement. Accepte-t-on socialement, dans les prochaines semaines, de mettre aussi des professeurs-es ayant des problèmes de santé (dont le surplus de poids) à risque ? Qui ose parler de cela ?

  • Françoise Labelle - Abonnée 6 mai 2020 07 h 25

    Le modèle suédois est un échec

    Malgré l'appui incongru des droites, le modèle suédois (papi-mami confinés et la vie continue pour les autres) est un échec qu'on peut chiffrer.
    Comparée aux pays scandinaves de densité de population (population x km2) comparable, quoique un peu inférieure, la Finlande et la Norvège ont connu 7 fois moins de décès que la Suède. Le Danemark, 4 fois plus densément peuplé que la Suède, a connu 3 fois moins de décès. La santé est très décentralisée en Suède. La gestion des résidences pour aînés relevait au départ des villes et comtés. Devant la progression de la pandémie, en particulier dans les résidences pour aînés, on a appliqué tardivement un confinement plus strict des aînés.

    Soulignons qu'il est encore trop tôt pour évaluer, à travers le monde, les séquelles à la santé de personnes de moins de 60 ans qui ont séjourné aux soins intensifs. L'économie est un argument faible. On prévoyait pour la Suède une croissance pré-covid de +1,1 pour 2020. L'économie étant mondiale, le chiffre révisé est de -4%, sensiblement le même prévu pour la zone euro. Même en s'en tenant au coût-bénéfice, le gain est faible ou nul.

    • Pierre Rousseau - Abonné 6 mai 2020 08 h 09

      Justement, il est trop tôt pour évaluer les conséquences de la décision de la Suède de se fier plutôt à l'immunité naturelle des gens. Il est certain qu'il y aurait plus de cas que dans les pays à confinement et il semble que les statistiques le confirment, mais on ne sait pas jusqu'à quel point une telle immunité peut exister et ce n'est qu'après la présence d'un vaccin qu'on pourra faire le bilan des actions des différents pays face à la pandémie. D'ailleurs je me garderais une petite gêne si on veut comparer les statistiques car le Québec est loin de faire belle figure si on veut jouer ce petit jeu.

    • François Bélanger - Abonné 6 mai 2020 09 h 05

      Bravo le Québec ... Pire que la Suède ...

      Si le modèle suédois est un échec, que dire de celui du Québec.

      Avec les chiffres de mortalité par million d'habitants d'hier, le Québec vient de dépasser la Suède.

      Pour le Québec, 287 morts par million (2 398 morts divisés par 8,35 millions).

      Pour la Suède, 283 morts par million (2 854 morts divisés par 10,1 millions) sur le site https://www.worldometers.info/coronavirus/#countries.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 6 mai 2020 07 h 46

    Maudite bureaucratie incompétente

    Tout ce temps mis à réaliser que les gens âgés sont des êtres humains comme les autres.
    Tout ce temps mis pour réaliser que les aînés-es en bonne santé physique et mentale ont besoin, comme tout le monde, d'aller prendre l'air dehors, marcher, jaser à distance.
    Comment ça se fait que le ministère de la santé ne sait pas que l'exercice physique est bon pour le physique, le mental, le système immunitaire???

    • Bernard LEIFFET - Abonné 6 mai 2020 09 h 00

      Oui, Monsieur Marcoux, en ajoutant ceci : la compétence de plusieurs ministères québécois laisse à désirer!
      La bureaucratie est une machine inventée par l'homme dont on sait que ce dernier a de nombreux travers! En haut de l'échelle, il y a celui ou celle qui occupe un grand espace qui « dirige » et fait de la « gestion » si c'est possible. En effet, des bureaucrates de façade fourmillent dans nos ministères. L'organigramme de la Santé illustre pourquoi nous sommes si fauchés au Québec, ils sont nombreux et grassement payés! Le comble, ils n'ont pas de compte de rendre, ils ne sont pas imputables! Récemment, la Ministre de la Santé alla même jusqu'à demander aux lanceurs d'alerte de se manifester pour dénoncer probablement des choses horribles. Mais attention, sous les Libéraux comme chez la CAQ, vous risquez de passer au tordeur comme on l'a vu pour un agronome!
      Le PM François Legault a dépassé l'entendement, sinon le respect, concernant les aînés! Après les avoir pratiquement traînés dans la boue, bousculer pour respecter des consignes, bref, l'outrage à leur égard s'est propagé comme la pandémie. À reprendre les paroles du spécialiste de la Santé, n'ajoute rien sinon que les doublons comment à faire durs! Les volte-face du Politique et même de la Santé n'ont rien de rassurant dans le contexte!
      Bien sûr, ils ne plus là les moutons d'autrefois et ce n'est pas ainsi que l'on contrôle des gens! L'attitude si méprisante à certains moments contre les médecins, spécialistes et autres employés de la santé s'est en effet retournée contre lui et c'est par milliers qu'ils grognent dans l'ombre! Foncer pour reculer est contre-productif et le mea-culpa lancé pour désamorcer l'atmospère n'a pas produit l'effet escompté! À mon avis, notre PM devrait s'en tenir à son rôle en laissant au Docteur Horado Arruda le domaine de la Santé!

  • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 6 mai 2020 07 h 54

    Ah , l'ambiguïté de " Yes We Can " , hein ⁉️

    Éditorial fort apprécié , ✍️
    Jean - Robert SansFaçon ,
    de par son regard multidimensionnel,
    ce qui améliore la compréhension ‼️

    " Nous ressemblons , alors , davantage ,
    au virus , cet être " non - mort "
    qui se contente de survivre et se reproduire ,
    sans réellement v i v r e . "
    ( Byung - Chul Han - Philosophe )