Un gain modeste

Les libéraux ont enfin interdit, comme ils l’avaient promis, les armes d’assaut au Canada. Plus de 1500 modèles et variantes d’armes ont été ajoutés à la liste des armes prohibées, parmi lesquelles figurent celles utilisées lors des tueries de Polytechnique (1989), du collège Dawson (2006) et de la mosquée de Québec (2017). Il n’est pas trop tôt.

L’attente de 30 ans avant de bannir le Ruger Mini-14, la carabine semi-automatique utilisée pour commettre le féminicide de Polytechnique, est un exemple flagrant de manque de courage des leaders conservateurs et libéraux qui se sont succédé au gré de trois décennies, pendant lesquelles le Canada a assisté à l’émergence d’un lobby pro-armes de plus en plus volubile. Au nom d’un pseudo-droit à un mode de vie différent, en évoquant les privilèges des chasseurs et les us et coutumes en milieu rural, ce lobby n’a cessé d’importer au Canada la logique tordue du lobby pro-armes américain, porté par la National Rifle Association.

Depuis l’arrêt insensé de la Cour suprême qui a élargi d’une manière obscène le droit constitutionnel au port d’une arme, ce lobby a intensifié ses efforts pour faire la guerre aux élus américains soutenant le contrôle des armes, en finançant leurs opposants plus dociles, et pour infléchir la volonté politique de légiférer. Le Canada n’est en heureusement pas rendu là, mais dans un monde virtuel sans frontières, rien ne peut empêcher la propagation des discours toxiques et leurs conséquences.

« Les pensées et les prières ne suffisent pas », a expliqué M. Trudeau pour justifier son interdiction des armes d’assaut. C’est une référence directe à l’expression consacrée des politiciens pleutres qui n’ont rien d’autre à offrir aux États-Unis à la suite d’une fusillade. « Thoughts and prayers »… En attendant le prochain drame comme une cible immobile. La remarque du premier ministre vient nous rappeler que le débat social et politique sur le contrôle des armes ne peut se faire dans une bulle éthérée au nord du 49e parallèle.

Le chef conservateur, Andrew Scheer, a accusé le premier ministre de profiter de la tragédie survenue en Nouvelle-Écosse, où un tireur a fait 22 victimes, pour promouvoir « l’ordre du jour idéologique des libéraux ». Comme si la position conservatrice sur les armes ne suintait pas les considérations idéologiques. M. Scheer a rappelé que le tireur de la Nouvelle-Écosse avait acquis ses armes de façon illégale, ce à quoi le ministre de la Sécurité publique, Bill Blair, a répliqué à bon escient que toutes les armes sont au départ légales et qu’elles aboutissent sur le marché illégal.

Moins il y aura d’armes en circulation au Canada, mieux s’en porteront les citoyens soucieux de vivre dans un environnement paisible et sécuritaire. Le contrôle des armes fait l’objet d’un consensus assez large au Canada, et c’est pourquoi le premier ministre aurait pu aller beaucoup plus loin. Son projet de règlement est assorti d’une amnistie de deux ans pour les propriétaires actuels d’armes d’assaut. Ceux-ci pourraient les conserver selon une disposition difficile à justifier de droit acquis.

Ces exceptions constituent une déception aux yeux du lobby pour le contrôle des armes, PolySeSouvient. Le programme de rachat volontaire est sans contredit une concession majeure aux pro-armes et il pèsera lourd sur les chances de succès du règlement libéral. En situation minoritaire, aux prises avec un déficit stratosphérique de 252 milliards, le gouvernement Trudeau ne pouvait se permettre le risque d’un programme de rachat obligatoire. C’est le prix à payer pour avoir laissé traîner le problème aussi longtemps.


 
12 commentaires
  • Hermel Cyr - Abonné 4 mai 2020 06 h 25

    Une mollesse inappropriée

    Le retard même dans l’interdiction de ce type d’armes s’apparente à une complicité des gouvernements. Les vrais chasseurs vous le diront; il n’y a pas d’usage sportif à ce type « d’artillerie ». On ne va pas à la chasse avec une AK-47 ou une Kalachnikov ni même une semi-automatique, c’est antisportif.

    Les tenants de la « Law and order » nous diront que ce ne sont pas les armes qui sont un danger, mais ceux qui les utilisent. C’est un faux raisonnement. La vraie question est plutôt « quel type de personne est assez dérangé pour s’enticher d’une arme d’assaut devant être réservée à l’arsenal d’une armée ? » La quête même de ce type d’arme devrait d’emblée soulever les soupçons sur ceux qui en sont friands.

    C’est pourquoi cette politique d’amnistie et de rachat volontaire est d’une mollesse inappropriée. Le gouvernement devait décréter le caractère criminel de la possession de telles armes et donner au maximum un mois de grâce aux propriétaires pour qu’ils s’en départissent, sans quoi ils seraient tenus responsables d’intentions criminelles.

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 mai 2020 10 h 20

      Je peux convenir que cela est insuffisant mais au moins il faut saluer ce pas. Il ne faut pas se cacher que cette interdiction des armes d'assaut n'est pas gagnée. La presssion des propriétaires de ces armes sera très forte comme ça l'a été pour le registre. Ce qui me donne de l'espoir c'est que le gouvernement est minoritaire et son maintiens au pouvoir est dépendant de deux partis favoraible à l'interdiction. Espérons que ça donne suffisamment de tonus au premier ministre pour qu'il aie plus loin mais au moins pour une fois il n'y a pas de procastination dans ce dossier.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 4 mai 2020 08 h 09

    Actuellement il est plus important de combattre le coronavirus que quelques possesseurs d'armes plus ou moins dangereuses!

    En manque de pouvoir apporter un vaccin à ce maudit virus, il faut donner un quelconque espoir ailleurs! Bien sûr, faire de la diversion tant poliitique que journaliste comble le vide sans fin du PM Justin Trudeau et du Devoir en mal d'information criminelle récente de la Nouvelle-Écosse.
    Quand on parle de santé c'est avec un spécialiste. En ce qui concerne les armes à feu, la porte est ouverte à toutes sortes d'interprétations et comme c'est un éditorial écrit par un non spécialiste, on sème n'importe quoi à tout vent! La méconnaissance flagrante des journalistes qui tentent de s'appropprier la connaissance des autres s'appelle un plagiat, et répandre la haine mérite d'être normalement accusés! L'ignorance profonde vagabonde partout et au Québec particulièrement.
    Outre le type d'armes à feu, leur utilisation normale, de chasse et sportive, il y a aussi l'encadrement dans lequel tout se fait. C'est tout! À l'extérieur de ce cadre ce sont tout simplement des anormalités qui peuvent conduire à des situations graves, tout comme celles des agressions à l'arme blanche, avec un véhicule, etc. La justesse des faits et des propos doit primer sur le journalisme du flou!

    • Bernard Terreault - Abonné 4 mai 2020 09 h 19

      J'ai rarement lu un commentaire aussi irrationnel que celui de M. Leiffet. Ces armes automatiques et semi-automatiques n'ont aucune utilité autre que militaire (ou policière et seulement dans des circonstances extrêmes). Illégales pour la chasse sportive. Inutiles pour le ''sport'' du tir à la cible. Alors, pourquoi une petite bande de gars tient-elle tellement à ces joujoux dangereux? J'oserai une explication. Frustrés dans leur vie professionnelle ou sexuelle, impuissants, ils y voient une façon de regagner leur sentiment de puissance et leur virilité, comme ces autres qui choisissent de conduire leur minoune sans muffler à 100 km/h en pleine ville en faisant le plus de vacarme possible. C'est d'un psychiâtre, pas d'un Ruger M-14 que M. Leiffet a besoin.

    • Bernard LEIFFET - Abonné 4 mai 2020 12 h 06

      A Monsieur Bernard Terreault. À moins d'une erreur d'interprétation de mon commentaire, je suis absolument d'accord avec vous contre les l'usage des armes d'assault. Comme chasseur, tireur à la cible fixe et mobile, instructeur pour les cours de maniement d'armes à feu (de chasse!) et auteur de l'Encyclopédie de la Chasseau Québec en 1978, Éditions de l'Homme, 28 000 violumes vendus, je vous serai reconnaissant d'être au moins plus aimable.! Je vous laisse avec votre psy et votre Ruger que semblez mieux connaître que moi! (Dans mon dernier paragraphe, peut-être aurai-je dû mettre Concernant au lieu de Outre qui peut introduire à une mauvaise piste) .

    • Jacques Patenaude - Abonné 4 mai 2020 12 h 40

      À lire votre second commentaire je crois que je ne comprend pas votre propos! Êtes-vous favorable ou non à l'interdiction des armes d'assault? et expliquez-nous plus clairement votre position.


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  • Pierre Rousseau - Abonné 4 mai 2020 08 h 42

    Écran de fumée libéral

    Le texte ne dit pas tout. D'abord, il est tout-à-fait légitime pour un gouvenement d'interdire les armes à feu d'assaut qui ne servent en fait qu'au tir à la cible et aux jeux d'autodéfense, certainement pas à la chasse. Mais cette interdiction est loin d'être nouvelle car ces armes sont actuellement classées comme armes à autorisation restreinte et il faut passer à travers un processus très complexe pour obtenir le permis d'en posséder. Ensuite, l'encadrement pour s'en servir est très rigide et fondé sur la sécurité de celui qui la manipule et du public. Ce que fait le gouvernement libéral c'est de transférer ces armes de la catégorie à autorisation restreinte à celle d'armes prohibées. En comparaison, les armes de chasse (fusils et carabines) sont légales mais leur possession et utilisation sont encadrées par des règles très strictes.

    Donc, dans les faits, ce changement est surtout cosmétique, pour apaiser les groupes comme Poly se souvient et les gens des villes où l'usage des armes à feu est à peu près toujours dans le cadre d'activités criminelles. C'est justement là où le bât blesse. Les groupes criminels se fichent éperdument de savoir si une arme est à autorisation restreinte ou prohibée et ils se servent presqu'exclusivement de ce type d'armes. La contrebande de ces armes va quand même continuer malgré ce que prétend M. Blair.

    Finalement, les libéraux font un peu de progrès sur ce front mais il ne faut surtout pas oublier que le Canada a une loi sur les armes à feu qui fait partie du Code criminel et qui est très robuste en général. Le secteur qui pose le plus de risques c'est celui du crime organisé et l'utilisation criminelle des armes à feu et c'est là où les libéraux et conservateurs sont les plus faibles. Pour combattre le crime organisé, il faut des ressources très importantes que ces gouvernements ont toujours été très hésitants à faire. Il serait temps de réajuster le tir et de viser les vrais criminels.

  • Loyola Leroux - Abonné 4 mai 2020 10 h 36

    Des oublis volontaires ? Mais non surprenant !

    Vous parlez du lobby des chasseurs et des ‘’us et coutumes du monde rural’’, mais vous oubliez de mentionner que ce nouveau règlement, tout comme l’ancien Registre - et les Chartes québécoise et canadienne – ne s’appliquent pas chez les ‘’Premières Nation’’, en respect des ‘’ leurs droits issus de traités ou leurs droits ancestraux pour chasser.’’ Le lien entre des armes inventées depuis 50 ans et les droits ancestraux ne mériterait-il pas d’être expliqué par vous ? Cela veut dire que les armes d’assaut, qui ont tué le Caporal Lemay lors de la célèbre Crise d’Oka en 1990, sont toujours ‘’légales’’ dans les Réserves ! En passant, savez-vous ou en est rendue l’enquête pour trouver les meurtriers ?

    Le fameux registre - qui a couté des milliards sans résultat - réclamé à grand cris par les féministes, possédait un défaut néfaste. Celui, comme me l’a expliqué un vieux chasseur d’orignal, de devoir renouveler l’enregistrement des armes à chaque année. Un détail, si l’oubli entraine une amende au civil, tout simplement, mais dans le cas du Registre, cet oubli entrainait la création d’un dossier criminel ! Alors vous comprendrez que certains homme honnêtes, grands chasseurs n’étaient pas d’accord.

    Vous utilisez le terme féminicide. Il serait intéressant que vous nous expliquiez un jour, les liens entre cette notion et le fait que des féministes françaises Florence Montreynaud et Simone Weil qualifiaient le Québec de ‘’Paradis des féministes’’. Enfin, j’aime bien vous lire.

  • Steeve Gagnon - Abonné 4 mai 2020 10 h 40

    Incohérence

    Il nous est démontré que ces armes ne peuvent servir pour la chasse et que les autres usages ne justifient pas une telle puissance de feu. Bien. Peut-on nous expliquer par quel raisonnement tordu une classe de citoyens du Canada ne seront pas inquiétés par ce banissement?

    • Loyola Leroux - Abonné 4 mai 2020 11 h 40

      Inclluez vous les citoyens des Premeires Nations dans votre demande ?