Quel est le plan?

Le gouvernement Legault dévoilera son plan de déconfinement après six semaines d’état d’urgence sanitaire. Québec a martelé l’importance de la forme la plus exigeante de distanciation sociale (le « restez chez vous ») depuis le début de la pandémie. Il s’apprête maintenant à dire au monde de l’éducation et du travail qu’il est temps de reprendre leurs activités, dans une forme qui reste à déterminer. Le plan de déconfinement exigera un tour de force en matière de communication et d’organisation pour être compris et accepté.

Les derniers jours furent plutôt éprouvants pour le premier ministre François Legault. Les ballons d’essai se sont multipliés, entre autres sur les différents scénarios de reprise de l’école. La validité scientifique d’un plan de retour à l’école des enfants d’âge primaire, afin de bâtir l’immunité collective des Québécois, est loin de faire l’unanimité, et les justifications ont évolué en conséquence.

Les sceptiques diront que l’heure n’est pas à la critique et que les journalistes se comportent comme des charognards en posant des questions incisives. C’est pourtant leur rôle et ils s’en acquittent plutôt bien. Il y a moyen d’accompagner la Santé publique dans ses efforts de prévention, comme le font les médias en relayant les discours et les annonces, tout en s’interrogeant sur les zones d’ombre de la stratégie, dans le but qu’elle puisse être améliorée.

En l’absence d’une capacité élargie de mener des tests de dépistage de la COVID-19, il est difficile d’évaluer si la courbe des infections a atteint son pic. La prévalence de l’infection au coronavirus est sous-évaluée, ce qui complique d’autant l’élaboration d’une stratégie de déconfinement. Cependant, nous sommes à même de constater que le confinement a permis de protéger le système de santé contre le scénario d’une implosion à l’italienne. Les Québécois se sont comportés d’une façon exemplaire, en grande majorité, en respectant les consignes de distanciation physique, mais cela n’a pas empêché la transformation des CHSLD en mouroirs indignes d’une société civilisée. Sachant que près de neuf décès sur dix se concentrent dans les CHSLD, les résidences privées pour aînés ou les ressources intermédiaires, il n’est pas souhaitable de prolonger la stratégie de confinement généralisée du Québec au-delà du nécessaire pour préserver les capacités du réseau de la santé et pour protéger les aînés.

Traiter la population comme un patient informe n’est pas un geste sans conséquence. L’isolement prolongé exacerbe la détresse mentale, la vulnérabilité des victimes de violence conjugale et celle des enfants mal nourris et violentés. Les politiques en Santé publique ne peuvent se résumer à un effort de lutte contre les maladies infectieuses. Elles doivent prendre en considération les processus de socialisation qui constituent le trait distinctif de l’espèce humaine. Le déconfinement est en cours dans plusieurs pays ou régions qui ont absorbé la première vague de la COVID-19. C’est un passage obligé non seulement pour la reprise des activités économiques, mais aussi — et surtout — pour notre équilibre et notre épanouissement collectif.

Dans les premiers moments de la pandémie, le gouvernement a dû insister sur la gravité de la situation, en toute transparence, pour inciter les citoyens à respecter les consignes d’isolement et de distanciation physique. Ce geste a contribué au gonflement du sentiment général d’anxiété, qui constituera l’un des principaux obstacles au retour au travail.

Toutefois, il n’est pas question de faire passer la reprise économique avant la santé et la sécurité du public. Les entreprises devront être surveillées, et sanctionnées si elles ne sont pas à la hauteur. Cela étant dit, le monde du travail fait face à d’importants défis. Les chefs d’entreprise n’ont pas toutes les réponses à la réintégration des employés, qui, soyons-en conscients, se fera de manière graduelle et progressive.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a donc intérêt à fournir des directives claires et à outiller les entreprises afin qu’elles soient en mesure de reprendre leurs activités de manière sécuritaire. Grandes ou petites, celles-ci devront se doter de plans de prévention et d’encadrement du retour au travail. À ce sujet, le Conseil du patronat du Québec a fourni quelques pistes intéressantes dans sa « Feuille de route pour une relance économique sécuritaire et durable ». L’organisme suggère que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail produise des programmes génériques pour faciliter la tâche des entreprises. Celles-ci auront besoin d’un cadre cohérent, d’accompagnement et d’une chaîne d’approvisionnement stable dans l’accès au matériel sanitaire. Il s’agit d’éléments essentiels pour envisager un retour harmonieux.

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