Les lacunes de la centralisation

À la suite de la réforme Barrette de 2014, le système de santé du Québec est l’un des plus centralisés au monde. Les centres intégrés de santé et de services sociaux (CISSS) et les centres intégrés universitaires de santé et de services sociaux (CIUSSS) sont d’énormes structures organisationnelles dirigées par des présidents-directeurs généraux qui relèvent directement du sous-ministre et de la ministre.

Plusieurs de ces CIUSSS ou CISSS comptent plus de 10 000 employés. Reposant sur un modèle essentiellement hospitalo-centriste, ces organisations, outre les établissements hospitaliers et les centres de soins connexes, chapeautent, pour la région qu’ils desservent, la Direction de la santé publique, la Direction de la protection de la jeunesse et les soins aux personnes âgées, dont l’hébergement de longue durée, une responsabilité qui se trouve tout en bas de leur organigramme touffu.

Leurs conseils d’administration n’ont pas de réel pouvoir et leurs p.-d.g. — Gaétan Barrette s’en faisant une fierté quand il était ministre de la Santé et des Services sociaux — sont à la botte du sous-ministre et du ministre. Quasi militaire, cette structure de commandement « top-down » présente des avantages : la coordination, l’uniformité, la standardisation, le contrôle.

Quand il fut question de se préparer à l’épidémie de la COVID-19, les CISSS et les CIUSSS ont pu libérer 8000 lits pour accueillir d’éventuels malades en reportant des chirurgies et en renvoyant des grabataires au CHSLD d’où ils venaient. On peut dire que l’opération a été rondement menée.

Mais la centralisation n’a pas que des avantages. Dans cet univers où la mission première, ce sont les soins hospitaliers, les missions secondaires peuvent se retrouver dans l’angle mort des gestionnaires. Ce fut le cas de la protection de la jeunesse, dont les malheureux ratés ont justifié la tenue de la commission présidée par Régine Laurent. Et c’est le cas de l’hébergement de longue durée des personnes âgées.

Il faut aussi rappeler que la réforme Barrette fut caractérisée par une réduction de 30 % des budgets de la santé publique, la fermeture de plusieurs laboratoires qui faisaient des tests médicaux et l’élimination d’une strate complète de cadres intermédiaires qui coordonnaient l’affectation du personnel.

Au gouvernement, on note qu’en raison de l’épidémie, les p.-d.g. des CISSS et des CUISSS, ainsi que les cadres qui restent pour les appuyer, sont épuisés. Par ailleurs, comme Le Devoir l’a rapporté, le secrétaire du Conseil du trésor, Éric Ducharme, a envoyé, lundi, un message pressant aux fonctionnaires pour qu’ils viennent prêter main-forte au réseau de la santé. Pour ce redéploiement, il recherche notamment des conseillers en ressources humaines et des techniciens en administration, des postes que la réforme Barrette a fait disparaître.

La centralisation excessive du réseau, outre qu’elle engendre une culture de béni-oui-oui qui mine l’initiative et l’innovation, entraîne un déficit d’information : on ne sait trop ce qui se passe sur le terrain. Combien de fois la ministre de la Santé, Danielle McCann, qui, pourtant, connaît bien le réseau, a soutenu lors du point de presse quotidien qu’un problème ou un autre était réglé avant qu’un journaliste ne l’informe que sur le « terrain », ce n’était pas le cas.

L’inefficacité du programme centralisé Je contribue  !, pour combler le manque de personnel dans les CHSLD, est un autre exemple de dysfonctionnement. Mardi, le premier ministre, François Legault, affirmait qu’il parviendrait dès le lendemain à recruter les 2000 personnes qui manquent dans les CHSLD pour avouer 24 heures plus tard qu’il n’y arriverait pas, tout en demandant au gouvernement Trudeau de lui envoyer 1000 militaires. La fierté québécoise dont il se targue en prend pour son rhume.

En outre, il faut que le gouvernement Legault soit bien mal pris pour recourir à la sous-ministre Dominique Savoie. Dans l’opposition, la Coalition avenir Québec l’avait vertement critiquée à la suite de douteuses révélations faites par Annie Trudel quand Mme Savoie était sous-ministre aux Transports. C’est le choix du secrétaire du Conseil exécutif, Yves Ouellet, de qui la sous-ministre relèvera. Cette femme de poigne s’occupera notamment des approvisionnements défaillants. L’ancien chef de cabinet de Gaétan Barrette, Daniel Desharnais, est aussi appelé à la rescousse : il aura l’œil sur les CHSLD.

Comme message politique, on a vu mieux. Car le gouvernement Legault devra revoir le modèle libéral en santé, dont les limites sont cruellement exposées par l’épidémie.

 
  
Une  version précédente de ce texte, dans laquelle le secrétaire du Conseil du trésor était nommé Éric Duhaime, a été modifiée.
 
48 commentaires
  • Clermont Domingue - Abonné 23 avril 2020 01 h 06

    Les familles ou l'armée?

    Quand le Premier Ministre rappellera-t-il aux Québécois que la famille est responsable de ses vieux?

    • Brigitte Garneau - Abonnée 23 avril 2020 08 h 08

      Entièrement d'accord avec vous.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 avril 2020 09 h 34

      Qui a décrété cela? Confucius? Et ceux qui n'ont pas d'enfants, ou de la famille dans une autre région, ou un autre pays, ou des enfants qui ont eux-mêmes des enfants dont s'occuper, on les laisse crever?

    • Hélèyne D'Aigle - Inscrite 23 avril 2020 15 h 07

      Ah , dilemme et perplexe sagesse , hein ⁉️
      On a tout autant de compassion autour des victimes du Covid 19 ,
      que de ces 225, 000 nouveaux cas d'Alzhiemer chaque année ,

  • Nadia Alexan - Abonnée 23 avril 2020 01 h 08

    À quand un gouvernement imputable ?

    L'échec épouvantable de la réforme Barrette est en pleine flagrance. Malheureusement, l'auteur de cette centralisation qui a conduit à la misère et à la mort inutile de centaines de personnes âgées dans les CHSLD demeure sans remords. Comme le président Trump, il impute la faute à tout le monde sauf à lui-même. Il n'a même pas la décence de s'excuser. Il devrait avoir honte.
    Et la décision du gouvernement Legault d'engager deux fonctionnaires haut placées qui étaient responsables de ces dérives est incompréhensible.
    Voilà les dégâts de quinze ans de gouvernance Libéral avec sa politique du déficit zéro et ses coupures dans les services publics.

    • Claude Bariteau - Abonné 23 avril 2020 08 h 11

      Les gaffes du PLQ et les derniers gestes du PM Legault ne doivent pas faire oublier que le Québec ne dispose pas de pouvoirs régaliens, d'une banque centrale, de relations directes avec les États de ce monde. Il ne signe pas d’ententes internationales, ne contrôle pas les communications, ses frontières et ses aéroports et n'a pas d’armée.

      Ses dirigeants composent dans un univers subalterne devant des urgences. Le PM Legault fit face à une urgence internationale : la COVID-19 et chercha à mobiliser le Québec.

      Quand la crise fut décrétée, il exigea la fermeture des frontières et des aéroports et l’imposition de règles de quarantaine. Ça relevait du Canada, qui tarda à procéder. Les effets négatifs au Québec étaient prévisibles, sauf l'irradiation du virus dans les CHSLD où des personnes affectées par la maladie sont en phase ultime de vie.

      Malgré des mesures pour bloquer l'entrée de visiteurs, le virus est entré par le personnel, réduit et en rotation, dans un univers de soins centralement géré depuis 2014, ce qui a produit une déresponsabilisation là où les tâches se réalisent au quotidien.

      La crise s’est emballée. On compte 85 % des morts de la COVID-19 au Québec, un nombre important de personnes âgées et de préposés infectés.

      L’urgence au Québec s’est déplacée. Le PM Legault a cherché, en panique, à corriger la situation en ciblant des ressources précises tout en minimisant celles qui nécessitaient une courte mise à niveau.

      Il reçut une réponse en-deçà de ses attentes. Ça l’a incité à chercher ailleurs : chez les finissants, les employés de l’État, les professeurs en santé et, hier, l’armée.

      Dire que la fierté québécoise en a pris pour son rhume comme M. Dutrisac m'apparaît une analyse provinciale. Faire écho à la réembauche de personnes pour corriger un gâchis ces derniers vingt-cinq ans l'est aussi. Il y a plus à dire, notamment la subordianation du Québec, les coupes canadiennes et les hésitations du PM du Canada.

    • Hélène Lecours - Abonnée 23 avril 2020 08 h 30

      Madame Alexan, en effet, c'est de la même poutine politique et politicailleuse dont il s'agit. Les fonctionnaires sont épuisés? Laissez-moi rire un peu. Et qu'en est-il du personnel infirmier poussé au pied du mur depuis des décennies et qui n'ose pas faire la grève par esprit de responsabilité? Nous prétendons être organisés alors que nous ne le sommes pas. Il ne faut pas perdre la face, mais là nous sommes en train de perdre non seulement la face mais également la partie. Ce n'est pas que nous manquons de bonne volonté, seulement de véritable jugement politique. Mon oncle Legault se fait prendre les culottes à terre avec mon oncle Arruda.

    • Clermont Domingue - Abonné 23 avril 2020 09 h 30

      Est-il plus juste de sauver la vie du vieillard alité les fesses dans son caca ou celle de l'enfant affamé dans son village d'Afrique?

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 avril 2020 10 h 24

      À monsieur Bariteau: Il n'y a pas d'excuses pour les dérives dans la santé de la gouvernance Couillard et Charest. La santé est d'une juridiction provinciale. Ils auraient pu faire mieux.
      L'accès aux services de première ligne et aux services spécialisés reste une problématique importante au Québec, qui accuse du retard par rapport au reste du Canada et aux autres pays, révèle une enquête internationale à laquelle a collaboré le Commissaire à la santé et au bien-être (CSBE).
      Ainsi, 38 % des répondants québécois considèrent que la qualité des soins médicaux qu'ils ont reçus est excellente et 31 %, qu'elle est très bonne. Au Canada, ces pourcentages sont respectivement de 43 % et 33 %, compare le CSBE.

    • Richard Lupien - Abonné 23 avril 2020 11 h 23

      @ Clermont Domingue,
      Question bizarre et déplacée! Faux problème!

    • Claude Bariteau - Abonné 23 avril 2020 13 h 44

      Mme Alexan, les dérives découlent de choix. Ceux sous Bouchard furent budgétaires face aux coupures dans l'enveloppe canadienne de la santé, ceux sous Charest furent basés sur une mise à niveau du Québec avec le Canada tandis que ceux sous Couillard visaient une réorganisation de la gestion des services de santé avec des CISSS et des CIUSSS et transformation des centres de décision où le ministre et son entourage se retrouva aux commandes.

      Ces choix se sont faits dans un contexte politique à deux têtes, la santé, pratiquée au Québec, est financée à la baisse depuis plus de vingt ans par le Canada, ce qui affecta l'ordre des priorités des dirigeants politiques du Québec car elle visait les vues canadiennes de rendre les provinces, dont celle du Québec, centrées sur les responsabilités définies en 1867 et revues après la Deuxièeme Guerre mondiale avec la péréquation et les programmes canadiens concernant les services de santé.

      Mes commentaires au votre concernent surtout votre insistance sur l'embauche de deux personnes associées au gouvernement Couillard, ce qui me parut de moindre importance que les dérives majeures sous les gouvernements Couillard et Charest. À mon avis, il ne faut pas minimiser l'effet des coupures et la façon dont ces deux PM et leurs équipes respectives ont placé le peuple québécois dans un univers dans lequel fut en hausse sa subordination au Canada, aux multinationales et aux règles de l'OMC sur le commerce des biens et des services.

    • André Labelle - Abonné 23 avril 2020 14 h 56

      Mme Hélène Lecours. Je suis incapable de vous suivre quand vous écrivez : «Mon oncle Legault se fait prendre les culottes à terre avec mon oncle Arruda.» Au lendemain des dernières élections québécoises étiez-vous parmi celles qui affirmaient que le nouveau gouvernement héritait de l'excellente santé financière du gouvernement libéral ? Je n'en sais rien. Mais vous devriez logiquement affirmer que le présent gouvernement hérite des terribles conséquences des orientations et des décisions désastreuses prises pendant des années par les gouvernements antécédents baignant dans l'idéologie néolibérale qui exige un retrait maximum de l'État dans ses relations avec les citoyens, c'est-à-dire que là où le privé peut faire des profits l'État doit lui laisser la place, ou encore l'État doit prendre toutes les décisions nécessaires pour rendre les activités du privé les plus rentables possibles et ainsi pouvoir maximiser les profits.
      On voit aujourd'hui dans la crise de la Covid-19 chez les personnes âgées, les scandaleux résultats des choix faits particulièrement pas les gouvernements libéraux précédents.
      Mais vous ne dites toujours pas en quoi il y a eu un manque de jugement ni qu’auriez-vous souhaiter voir M. Legault faire ?
      « Gouverner ne consiste pas à aider les grenouilles à administrer leur mare!»
      [Michel Audiard]

    • André Labelle - Abonné 23 avril 2020 15 h 18

      M.Claude Bariteau
      Vos commentaires sont très intéressants. Je les trouve bien organisés et très bien documentés avec de nombreuses références historiques tout è fait appropriées. Votre érudition est évidente. Bravo !
      Mais je trouve quelque peu malheureux que votre réflexion n'ose pas sortir de la boîte.
      Personnellement, je pense que nous fonctionnons sur le plan économique, politique et social dans un univers défini par des valeurs propres au néolibéralisme. Le métabolisme complet de notre société planétaire a été détourné par le néolibéralisme à une seule fin : la croissance continuelle des profits à n'importe quel prix.
      Les efforts de tous nos gouvernements me montrent une chose. C'est qu'il est possible de prendre des décisions, mettre en place des programmes d'aides sans se préoccuper des profits mais bien du bien-être des citoyens. Mais si on n'ose pas sortir de la "boîte" dans un an ou deux tout redeviendra comme avant, rien d'important n'aura changé jusqu'à la prochaine crise. Cela serait très malheureux, une occasion manquée de changer valablement notre société.
      «La petitesse nous rassure, car elle exige peut, mais il n'en est pas ainsi de la grandeur, qui exige beaucoup.» [André Pronovost]

    • Claude Bariteau - Abonné 23 avril 2020 16 h 21


      M. Labelle, je ne navigue pas avec le bateau du néo-libéralisme, car je sais où il mène. On le voit.

      Vous, vous avancez qu'il est possible, dans la cale de ce bateau, de s'autoprogrammer pour mieux s'assurer du bien-être des citoyens et qu'il faille le faire, car, dans un an ou deux, revenus sur le pont de ce bateau, on ne pourra pas changer quoi que ce soit.

      Je ne vois pas les choses ainsi. C’est le bateau qu’il faut changer et seuls des États indépendants, qui l’ont laissé filer, peuvent y arriver.

      Dans ma tête d’analyste, ça passe par une mobilisation citoyenne pour forcer les États à revoir leurs liens entre eux et avec l’économie.

      Au Québec, ça ne peut pas se faire par du rafistolage dans la cale, ni des vœux pieux sur le pont parce que le Québec n’est pas un État indépendant et ne possède pas les pouvoirs régaliens des États indépendants.

      Pour moi, c'est clair. D’où l’urgence que les futurs citoyens et les futures citoyennes du Québec se dotent d’un tel État et participent à la construction d’un nouveau système-monde dans les prochaines années.

    • Nadia Alexan - Abonnée 23 avril 2020 16 h 40

      À monsieur Bariteau: Effectivement. Il faut sortir de la boite. La province du Québec a une marge de manoeuvre d'agir pour le bien commun de la collectivité, malgré le fait que nous ne sommes pas indépendants et nous faisons partie encore d'une fédération canadienne.
      René Lévesque n'a pas attendu l'indépendance quand il a nationalisé notre électricité et quand il a introduit beaucoup d'autres réformes qui ont rendu la vie citoyenne plus paisible.
      Malheureusement, la volonté politique n'est pas au rendez-vous depuis que l'idéologie néolibérale a aveuglé nos politiciens.

    • André Labelle - Abonné 23 avril 2020 17 h 50

      Je ne veux certainement pas continuer à naviguer sur le bateau du néolibéralisme. Je déplore avec énergie que notre société y soit submergée complètement et que l'ensemble des décisions, sur tous les plans soient prises en fonction des diktats de ce néolibéralisme.

      Je dis que la crise de la Covid-19 nous montre que les diktats du néolibéralisme peuvent être mis de côtés sans que la Terre arrête de tourner. Qu'il est possible que le néolibéralisme soit écarté pour peu qu'on ait la volonté de se donner des objectifs différents que ceux qu'il nous impose, qu'on prend pour acquis et à quoi nous obéissons aveuglément. Je pense que nos gouvernements, tant à Ottawa qu'à Québec ont pris, àa cause de cette crise des décisions ne cadrant pas avec la recherche de profit. Donc je suis bien d'accord avec M. Barriteau pour changer de bateau. Mais je suis également conscient que ce sont l'ensemble des gouvernements qui devront changer sinon on risque de devenir ce petit "village gaulois" des bandes dessinées.
      Je suis également convaincu qu'une société comme celle du Québec doit pouvoir faire toutes ses lois, contrôler toutes ses frontières et signer tous les traités qu'elle veut. Je ne vois pas de raisons de se priver de ces pouvoirs.
      «J’aurai toujours les yeux plein d’eau mais je les aurai toujours ouverts.»
      [Paul Piché]

    • Marc Therrien - Abonné 23 avril 2020 19 h 12

      M. Labelle,

      Vous en appelez à « sortir de la boîte » du néolibéralisme dans laquelle on se satisfait de la petitesse de nos désirs individuels matérialistes pour en construire une nouvelle qui pourrait loger la grandeur de nos ambitions pour le bien-être collectif des citoyens et ainsi faire en sorte qu’il advienne, comme Périclès le pensait, que « toutes les bonnes choses de ce monde affluent dans la cité en raison de la grandeur de la cité. » À l’aide de Michel Audiard, vous nous dites en quoi gouverner ne consiste pas. Pour ma part, je me demande, en empruntant la pensée de Luc Ferry, comment François Legault peut gouverner la démocratie québécoise s’il lui a fallu être populaire pour être élu et qu’il lui faudra être impopulaire pour réformer.

      Marc Therrien

    • Claude Bariteau - Abonné 23 avril 2020 22 h 44

      Il y a effectivement une marge de manoeuvre. Sur ce point, je suis d'accord avec vous Mme Alexan.

      Mais il ne faut pas oublier que la nationalisation de l'électricité s'est faite après une élection plébiscitaire avec l'appui de plus de 56,4% en faveur en 1962 du 80% des votes exprimés et que cette idée fut portée par M. Lévesque après une étude financière réalisée par M. Parizeau, les deux ayant l'appui du PM Lesage.

      Au moment où se tient cette élection, le Québec dispose des économies amassées par Duplessis pour amorcer la Révolution tranquille et s'apprête à relancer le dossier du rapatriement des impôts prêtés par le Québec pour l'effort de guerre du Canada, que le Canada, qui s'était engagé à les retourner, a utilisé sous le gouvernement Saint-Laurent pour relancer l'économie canadienne avec pour centre l'Ontario. Aussi, lorsque la nationalisation se fra, les Banques américaines ont assuré son financement.

      Aujourd'hui, une telle marge de manoeuvre n'existe pas. Il y en a une, qui s'est ratatinée depuis 1995 dans un contexte politique et économique dans lequel les activités du Québec sont orchestrées par des ententes Canada-États-Unis-Mexique qui s'effectuent selon les bases acceptées par l'OMC dans un univers international où le néo-capitalisme tirait les ficelles jusqu'à tout récemment et des pressions constantes sur l'économie du Québec par les COSTCO, WALMART et GAFA qui rythment le commerce et la production en association avec le monde de la finance.

      Naviguer avec ce bateau limite l'espace. Ainsi opère un système-monde tentaculaire en phase d'implosion. Au même moment, des approches économiques autres se déploient, l'environnement devient une priorité, des États s'alignent dans des directions nouvelles suivant en cela une conscientisation de la nécessité de faire reculer le pouvoir des multinationales pour qu'un nouvel espace citoyen prenne forme. Un espace beaucoup plus grand que l'actuel dont dispose le Québec.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 23 avril 2020 02 h 32

    « la réforme Barrette fut caractérisée par une réduction de 30 % des budgets de la santé publique…» (Robert Dutrisac)


    … Tandis que le règne de la Pègre libérale du Québec fut caractérisé par une augmentation semblable de la rémunération des médecins (qu'en région l'on ne peut quasiment jamais consulter!)

    En écrivant ces lignes, soudainement je songeais à Gaétan Montreuil lorsqu'il lisait un texte à un moment donné.

    Je dis par là que je songe à ceux que l'on a réprimé au Québec depuis plus d'une cinquantaine d'années pour les museler parce qu'ils dénonçaient le détournement de l'État au bénéfice de particuliers.

    • Richard Lupien - Abonné 23 avril 2020 08 h 14

      ''.......(au) Québec (on) veut l'indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les «big boss» patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée du cheap labor et de l'exploitation sans scrupules'' telles les préposées aux personnes âgées...les employés-personnes de soutien. Coupons un autre 500,000 $ aux médecins spécialistes pour le donner aux aides infirmières, aux préposées dans les CHLSC.
      On a besoin d'une autre commission Bastarache, d'une autre commission Charbonneau.....encore et encore.

  • Yves Corbeil - Inscrit 23 avril 2020 05 h 46

    Il y a trois façons de voir COVID-19 et trois délais pour répondre à la crise qu'il a créée, fait valoir Quinn Slobodian dans une réflexion

    Quinn Slobodian est historien au Wellesley College de Massachussets, aux États-Unis. Il étudie l'histoire allemande et internationale moderne en mettant l'accent sur la politique Nord-Sud, les mouvements sociaux et l'histoire intellectuelle du néolibéralisme. Son livre le plus récent est Globalists: L a fin de l'empire et la naissance du néolibéralisme publié en 2018.

    La première façon de voir le virus est sous forme de rayons X. L'épidémie a révélé la structure actuelle des sociétés et des économies. Là où les économies ont des systèmes de soutien social qui agissent comme des stabilisateurs automatiques pendant les récessions, et des soins de santé universels qui fournissent des services de base à tous les citoyens, nous avons vu une réponse rapide et, dans de nombreux cas, l'aplatissement ou le déclin des courbes des nouvelles infections et des décès . Là où les économies dépendent de populations de travailleurs migrants négligées avec peu d'accès aux services de santé de base, nous avons constaté des déplacements violents et des difficultés à contrôler la propagation de l'infection. Là où les économies existent avec peu de soutien social et des niveaux élevés d'endettement des consommateurs et des entreprises, nous constatons des paroxysmes de pauvreté durant la nuit et l'effondrement de secteurs entiers avec de faibles chances de reprise.

    Une deuxième façon de voir le virus est une répétition générale. Nous découvrons en temps réel comment nous répondons aux défis collectifs. Cette fois, c'est une pandémie. La prochaine fois, ce sera une catastrophe naturelle, un accident nucléaire ou chimique, une autre crise financière ou une combinaison de la galaxie de symptômes que nous appelons crise climatique. Alors que pour beaucoup, le premier virage a été vers l'État central, nous avons rapidement appris que davantage de systèmes locaux d'autorité et d'approvisionnement peuvent être tout aussi importants.

  • Yves Corbeil - Inscrit 23 avril 2020 05 h 50

    Quinn Slobodian suite

    Les quartiers ont mis en commun leurs ressources; les gouverneurs et les gouvernements des États ont pris une nouvelle importance; ce qui ressemblait à une dynamique centrifuge pourrait finir par être centripète.

    Une troisième façon de voir le virus est comme une dynamo ou un moteur. Si on la laisse courir, la dynamo du virus guidera les sociétés et les économies dans la même direction qu’avant. Les possibilités de manœuvre seront réduites, surtout pour les pays du Sud, à mesure que les flux d'investissements étrangers s'inverseront, mais le virus lui-même n'entraînera pas une réorientation radicale des priorités de l'État. La gauche mondiale ne devrait pas s'attendre à ce que le virus fasse le travail à sa place. En même temps, un moteur convertit l'énergie en mouvement. S'il est réorienté, sous la pression populaire sur les élites et les décideurs, il y a beaucoup plus de possibilités de transformation sociale rapide maintenant que dans les circonstances qui passent pour la normale.

    Pour profiter de la dynamo du virus, il faut penser en trois temps. Le premier, à court terme, disparaît au moment même où j'écris. La gestion des crises a amené les gouvernements à prendre des mesures impensables à d'autres moments. Ils le font avec peu de surveillance publique. Les transferts monétaires directs, le gouvernement couvrant les salaires des employés du secteur privé, l'annulation des prérogatives de propriété privée pour saisir les fournitures nécessaires et les plans de dépenses de plusieurs billions de dollars sont en train de passer par le gouvernement.

    • Clermont Domingue - Abonné 23 avril 2020 13 h 05

      Nos gouvernements font ce qu'il faut et la Banque du Canada est largement mise à contribution. Tous ces dollars mis entre les mains des citoyens seront très utiles pour la relance de l'économie.

      De toutes façons, aussi longtemps que les biens et services seront disponibles pourquoi ferait-on souffrir les gens?