Les écoles sur la ligne de feu

Le premier ministre François Legault a évoqué, vendredi, un graduel retour à la normale dans certaines régions du Québec où l’épidémie du coronavirus semble maîtrisée. La grande région de Montréal ne fait évidemment pas partie de la liste, tout comme possiblement l’Estrie et la Mauricie. Mais ailleurs, notamment dans la région de la capitale nationale, la possibilité d’une réouverture prochaine des industries et des commerces est réelle.

Lors de sa conférence de presse quotidienne, le premier ministre a toutefois rejeté l’éventualité qu’il en soit de même pour les écoles. Il avait pourtant lui-même soulevé cette possibilité la semaine dernière. Mais le ballon d’essai s’est vite dégonflé compte tenu des vives inquiétudes soulevées par cette perspective, tant chez les parents que chez les enseignants.

François Legault a répété que la reprise des activités, lente et partielle, ne sera pas dictée par des impératifs économiques mais qu’elle dépendra uniquement de considérations liées à la santé publique, de la science, comme on dit. En ce sens, le premier ministre se montre éminemment responsable, ce qui contraste avec le boutefeu caractériel qui sévit chez nos voisins du Sud.

Or, les stratégies développées par les autorités de santé publique pour contrer l’épidémie passent par un déconfinement graduel dès le printemps : la population doit être exposée, de façon contrôlée, au coronavirus. Un certain nombre de personnes, les moins à risque, doivent contracter la COVID-19 de façon à développer une immunité collective. Et la meilleure façon de stimuler cette immunité naturelle, c’est de se servir comme vecteur des enfants, qui sont peu affectés par le coronavirus. Cela peut sembler contre-intuitif, mais c’est l’avis général des épidémiologistes. C’est pourquoi ils préconisent que les écoles primaires et les garderies soient rouvertes quand l’épidémie commence à se résorber.

Les jeunes enfants atteints risquent évidemment de contaminer leurs parents, en général des adultes relativement jeunes, et certains enseignants et éducatrices. La propagation est scrupuleusement contrôlée : les personnes atteintes sont identifiées et confinées à la maison pendant la maladie. Quant aux grands-parents, ils doivent physiquement s’éloigner de leurs petits-enfants.

Au Québec, le plateau de la contagion est atteint, a souligné le Dr Horacio Arruda vendredi. Mais il faut que le nombre de cas commence à diminuer de façon constante pendant deux semaines. Le déconfinement graduel peut alors débuter.

À moins d’imposer à la population de strictes mesures de confinement actuel pendant un an ou un an et demi, le temps qu’un vaccin soit développé, il vaudrait mieux, sur le seul plan de la santé publique, ouvrir les garderies et les écoles au printemps, de façon à développer un minimum d’immunité naturelle. En attendant à septembre, surtout sans soumettre les écoles aux contraintes requises, on risque d’alimenter une autre forte vague de contagion. C’est ce qu’on veut à tout prix éviter.

Sur le plan pratique, il va aussi de soi que pour rouvrir les commerces et les autres entreprises, ça prend de la main-d’œuvre. Si les garderies et les écoles primaires restent fermées, le retour graduel à la normale sera entravé.

Après cette première vague de contagion, rouvrir les garderies et les écoles primaires n’est pas une mince affaire. Le gouvernement Legault envisage de mettre en place une série de mesures pour contenir la propagation du coronavirus : classes plus petites, introduction de deux périodes d’enseignement distinctes pour répartir les élèves, procédures d’hygiène et de désinfection. Les parents craintifs pourront continuer à faire l’école à la maison avec l’aide de l’école.

En outre, il faut que la Direction de la santé publique, comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé (OMS), soit en mesure de détecter, de tester, d’isoler chaque cas et d’identifier tous ses contacts. Pour cela, la santé publique doit compter sur une quantité considérable de tests, ce qui fait défaut à l’heure actuelle.

Surtout, la réouverture des garderies et des écoles primaires représente un énorme défi de communication publique. Le gouvernement Legault a alerté la population sur les dangers de la COVID-19 ; maintenant, il faudrait que les Québécois acceptent une certaine propagation de la maladie, avec les risques que cela représente. De même, ce ne sera pas une mince tâche de rassurer les directions d’écoles et de garderies, les enseignants et les éducatrices. En terrain inconnu, François Legault, pour la suite des choses, doit réaliser un tour de force non seulement organisationnel, mais politique.

19 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 18 avril 2020 01 h 36

    Et les autres?

    «Quant aux grands-parents, ils doivent physiquement s’éloigner de leurs petits-enfants.»

    Et les enseignant.es et autres personnels des écoles qui ne sont pas aussi jeunes que les parents?

    • Jacques Patenaude - Abonné 18 avril 2020 09 h 37

      Pourquoi ne pas commencer par des activités de loisirs: sport, activités artistique diverses qui seraient optionelles? Permettant ainsi à chacun de pouvoir y participer et y faire participer leurs enfants selon leur réalité familliale. D'après ce qu'on peut comprendre l'objectif de santé publique est de procurer une immunité de groupe à nos communautés. On pourrait y mettre à profit les services de loisirs des municipalités et les écoles et les CPE pour cela.

  • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2020 09 h 13

    La charge de la brigade légère des apprentis sorciers et la 2e vague à l’automne

    C’est à en perdre son latin. Pour contrer la pandémie et le virus dont nous n’avons aucun vaccin, on doit exposer la population. Et leur meilleur moyen, c’est d’infecter tous les enfants qui vont fréquenter l’école. Au Québec, nous n’avons pas atteint un plateau de contagion puisque nous sommes en mode confinement. Meilleur exemple, seulement 1% a été exposé au virus aux USA avec les résultats catastrophiques qu’on connaît. Au Québec, c’est de l’ordre de 0,2% sans inclure les asymptomatiques qui ne sont pas aussi nombreux qu’on pensait. Pour qu’une pandémie soit en récession, il faut au moins 60% de sa population soit immunisé et à 90%, le virus arrête d’infecter la population.

    Ceci dit, les experts ne savent pas si les gens peuvent contracter le virus du SRAS-CoV-2 plus d’une fois. En plus, les scientifiques ne savent pas si un test anticorps anti-coronavirus positif signifie que vous êtes immunisé contre la contraction ou la propagation du virus. Pardieu, une grande partie de la population est à risque de complications graves pouvant entraîner la mort. Même des personnes jeunes et en bonne santé peuvent développer des complications qui conduisent à la mort, ce qui soulève des questions sur la nature du virus.

    L’indice de contagion (R0) du COVID-19 est de 2 à 5 personnes. C’est le même facteur et même pire que l’influenza de la grippe espagnole de 1918 (2,2). Mais c’est le taux de létalité (le pourcentage correspond aux nombres de décès divisés par le nombre total d’infections) qui devrait retenir notre attention. Il est de l’ordre de 3,3 alors que celui de la grippe espagnole avait été établi à 2,5. Aujourd’hui, à date de commentaire, il se situe à 6% par personne ayant contracté le virus.

    Donc, on veut que les enfants deviennent sujets d’expérimentation sans savoir si nous allons réussir. Disons poliment que le cas de la Suède (l’immunité de groupe) n’inspire pas confiance avec leur taux de 150 décès par million et qui est en croissance exponentielle.

    • Simon Sauvé - Abonné 18 avril 2020 10 h 55

      Chiffre et affirmation hors contexte, sans références, etc. Commentaire rempli de sophismes et inutiles. Le modérateur devrait s'occuper de retirer cet ineptie.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2020 14 h 40

      C'est votre commentaire qui pue de la pseudoscience M. Sauvé. Et tous les chiffres sont disponibles au public, vous n'avez qu’à regarder attentivement.

      Pour le taux de létalité au niveau mondial, c'est très facile de le calculer. Il y a présentement plus de 2 308 216 cas confirmés de COVID 19 dans le monde à l’heure de ce commentaire incluant ceux qui ont guéris. Il y a eu aussi plus de 158 884 décès.

      Donc, 158 884 divisé par 2 308 216 x 100 = 6,88%.

      Vous voulez un dessin avec cela?

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2020 15 h 49

      Addendum:

      Pour les supporteurs du déconfinement, ça sent la chambre de commerce à plein nez. On comprend mieux maintenant que les gens des CHLSD n’ont pas beaucoup de valeur à leurs yeux. Personne n’est mort du confinement et de la distanciation. Le contraire, oui.

    • Marc Therrien - Abonné 18 avril 2020 22 h 12

      Et selon vous M. Dionne, dans ce monde encore un peu imparfait où on voudrait que le risque tende vers zéro, à partir de quel taux de létalité il serait acceptable d'inclure la réouverture des écoles dans le projet de déconfinement progressif?

      Aussi, personne n'est mort du confinement et de la distanciation tout simplement parce qu'on ne s'intéresse plus à la mort ordinaire qui est en progression constante compte tenu du vieillissement de la population. Imaginez si on se mettait à compter chaque jour le nombre de décès pour en arriver à près de 70 000 décès au bout de l'année. Quelle ambiance morbide on créerait.

      Marc Therrien

    • Cyril Dionne - Abonné 19 avril 2020 11 h 11

      M. Therrien, la question que vous posez est celle que tous ont sur le bout des lèvres. Le problème, c'est que vraiment personne ne comprend tous les mécanismes de ce virus. Alors dans une situation comme tel, la prudence est de mise et c'est beaucoup mieux d'envisager le pire scénario au lieu du contraire.

      Ceci dit, exposé les enfants à un virus est une question très délicate. Le déconfinement progressif est un éléphant rose. Il n'y pas de déconfinement tant que nous aurons aucun vaccin ou des mécanismes de protection à long terme. Les seules protections présentement qui nous sont offertes sont la distanciation sociale, le confinement et la superficie territoriale, ce que Konrad Lorenz appelait la fuite en avant devant un danger. En fait, la densité de population, comme nous le voyons dans les villes comme Montréal et New York, est le facteur le plus important sur le nombre de fatalité dans un moment donné.

      Enfin, il est plus que probable qu’il y aura une deuxième vague cet automne. Et si la grippe espagnole est notre guide dans cette mésaventure, il faudrait être très prudent puisque cela impliquera probablement qu’il y a eu mutation du virus. Pour les érudits de l’histoire, tous savent que c’est durant la 2e vague qu’on a eu les dizaines de millions de morts. Et là, ce ne sera seulement les plus âgés ou les plus vulnérables qui en seront les victimes.

      Pour faire court, il n’y a pas de pourcentage magique, seulement la science peut nous sortir de cette obscurité. Ce sera probablement quelqu’un en quelque part que tous avaient oubliés qui sera le précurseur d’un mouvement vers un vaccin. « Thinking outside the box » n’a jamais aussi retenti aussi fort en ces temps incertains.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 19 avril 2020 11 h 52

      Une étude publiée dans le New England Journal of Médecine lundi le 13 avril sur 211 femmes rentrant à l'hôpital pour accoucher à New York, indique qu'au moment d'accoucher, 15% d'entre elles étaient contagieuses au COVID mais que seulement 10% d'entre elles avaient des symptômes.

      On apprend au jour le jour, donc depuis lundi 13 avril,on sait : 90%asymptomatique, 15 % de la population contagieuses dans l'intervalle de l'étude. On a pas encore de vision claire de la situation. On ne sait donc pas le nombre de cas réel guéri, donc impossible encore aujourd'hui de calculer le taux réel de décès. On se rapproche,peut-être, du 70% de la population atteinte. Le contesté professeur infectiologue Didier Raoul disait que la vague était fini.

      Que d'incertitude et d'inconnu. Les gouvernements tiennent la barre sans voir clair mais savent qu'ils y a plusieurs récifs mortels, et je ne parle pas juste du virus.

  • Nicole Caron - Abonnée 18 avril 2020 09 h 30

    TOus les épidémiologistes ne sont pas d'accord

    VOus citez l'opinion de certains et certaines épidémiologistes, ne dites pas qu'ils sont tous d'accord. Vous auriez dû écouter l'opinion d'une spécialiste de Sainte-Justine!
    Je ne comprends pas qu'un journal comme Le Devoir vous laisse écrire!

  • Jean Bertrand - Abonné 18 avril 2020 10 h 12

    Clarté et réalisme

    Enfin, un énoncé d'un plan d'action clair et réaliste. Le trio gouvernemental devrait s'en inspirer dans le meilleurs délais pour ne pas ajouter à la catastrophe des CHSLD.

  • François Beaulé - Inscrit 18 avril 2020 12 h 58

    Les enfants ne sont pas à risque

    Mais leurs parents peuvent l'être. Et ceux-ci peuvent contaminer leur milieu de travail. Il faudrait pouvoir infecter les enfants et les ados de façon contrôlée en les isolant des gens qui ont plus de 40 ans. Plus de la moitié des populations ont moins de 40 ans.

    @Cyril Dionne
    Si l'immunité contre ce nouveau coronavirus est impossible, aucun vaccin ne sera efficace. Et il faudra en venir à exposer toutes les populations au virus. Il y aurait alors un grand nombre de morts. Mais beaucoup plus de gens qui vont résister. On peut raisonnablement espérer que l'immunité peut être développée, par l'exposition au virus ou éventuellement par un vaccin.

    • Cyril Dionne - Abonné 18 avril 2020 16 h 11

      M. Beaulé,

      Le virus du chameau au Moyen-Orient, eh bien, cela fait plus de 5 ans qu'ils travaillent à un vaccin et n'ont pas encore trouvé la solution. Le côté positif de ce virus, qui vient de la même famille que le coronavirus, eh bien, c'est que son indice de contagion (R0) est très faible et donc facilement confinable même si son niveau de dangérosité est plus grand que la COVID-19. C'est mon épouse qui est médecin qui m'en a parlé.

      Ceci dit, cette crise est bien plus grave de ce qu'on nous a dit, et cela, depuis le début. On nous a menti tout simplement. Santé Canada et sa cheffe, la Dre Theresa Tam, nous disait le 14 février 2020, qu'il ne fallait pas s'en faire avec ce virus et que de toute façon, le Canada était bien préparé. « Famous last words ».

      Mais vous avez raison, plusieurs gens vont résister à ce virus et ceci, même à la prochaine mutation de celui-ci qui aura lieu probablement cet automne. Mais même si c’est seulement 2% de la population mondiale qui en meurt, ce qui n’est pas le cas présentement (plus de 5% de ceux qui sont contaminés décèdent présentement), cela fait plusieurs morts sur une période de deux ans à travers le monde. Et c’est par la science objective qu’on pourra se sortir de ce pétrin. Plusieurs ont déjà essayé la prière et ils sont morts.

      P.S. Il y a maintenant plus de 901 morts par million dans l’état de New York avec seulement 2% de contamination de sa population. Idem pour le New Jersey qui a présentement 458 décès par million avec un pourcentage moindre de contamination.