Sophie Brochu en des temps incertains

Après 12 ans passés chez Énergir, le distributeur québécois de gaz naturel, Sophie Brochu prend les rênes d’Hydro-Québec au moment où la plus importante entreprise québécoise, à l’instar de l’ensemble de la société, est confrontée à des temps incertains.

C’est la première fois qu’une femme est nommée présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, mis à part le court intérim assumé par Lise Croteau en 2015. De fait, ce sont deux femmes qui occupent les plus hautes fonctions au sein de la société d’État. Jacinthe Côté, une administratrice de sociétés qui fut cheffe de la direction de Rio Tinto Alcan, en est la présidente du conseil d’administration.

Il faut particulièrement se réjouir de la nomination de Sophie Brochu, car ce sont les seules qualités et compétences de cette femme qui en ont fait le choix du conseil d’administration, puis du gouvernement Legault. La société québécoise « est rendue là », a dit la nouvelle p.-d.g. en entrevue. Dans son cas, le plafond de verre a volé en éclats. Dire qu’il n’y a pas si longtemps, on soutenait qu’il n’y avait pas de femmes suffisamment qualifiées au Québec pour occuper des postes au sein des conseils d’administration des sociétés d’État.

Le p.-d.g. sortant, Éric Martel, n’aura pas démérité. La société d’État a amélioré considérablement son service à la clientèle. Quant aux bénéfices, ils se sont maintenus pendant son règne malgré un marché saturé aux États-Unis. Il faudra voir si l’objectif de hausser de 3 à 5 milliards les bénéfices d’Hydro-Québec d’ici 2030 tient encore la route.

Il y aura un « avant » et un « après » la COVID-19, a affirmé la nouvelle p.-d.g. De fait, Hydro-Québec aura un rôle non négligeable à jouer dans la relance de l’économie du Québec. Vendredi, François Legault indiquait que le nouveau contexte mondial inciterait le Québec à augmenter sa souveraineté alimentaire en misant sur la production de légumes et de fruits en serre grâce à une électricité à la fois renouvelable et bon marché. On veut aussi renforcer la capacité manufacturière du Québec.

Compte tenu de l’impact de la crise du coronavirus sur les finances publiques, on ne sait ce qui adviendra des velléités environnementales du gouvernement Legault et de son plan d’électrification des transports. Le Québec ne pourra toutefois pas se passer d’un plan de réduction des émissions de gaz à effet (GES). Nul doute que Sophie Brochu, qui défendait l’exploitation du gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent quand elle était présidente d’Énergir, adoptera un autre discours.

Reconnue pour son dynamisme, Sophie Brochu est avant tout une spécialiste du développement des affaires. Elle pourrait utiliser ses talents pour tenter de négocier une nouvelle entente avec Terre-Neuve-et-Labrador afin de remplacer le contrat de Churchills Falls, décrié par les Terre-Neuviens, qui vient à échéance en 2041. Frappée par la chute du prix du pétrole et plombée par la dette liée au fiasco de Muskrat Falls, la province voisine, tout comme le Québec, pourrait trouver son intérêt à conclure une alliance énergétique.