Contenir le risque

L’île de Montréal est devenue l’épicentre de la COVID-19 au Québec, ce qui n’a rien de bien surprenant compte tenu de son poids démographique et de la densité de la population dans les quartiers centraux. Pour contenir le risque, la mairesse Valérie Plante menace de serrer la vis et de fermer les parcs — derniers espaces zen pour échapper au confinement — si les récalcitrants ne respectent pas les consignes de distanciation sociale. Les policiers promettent de se montrer moins tolérants devant les comportements antisociaux, et ils augmentent la surveillance dans les grands parcs.

Nous entrons dans une phase délicate de lutte contre le coronavirus. Sa propagation est inégale sur le territoire. La transmission communautaire obéit à des trajectoires bien différentes d’une région à une autre, et même d’un quartier à un autre à Montréal. La Direction de santé publique devra en tenir compte dans ses interventions. Il va sans dire que les mesures d’hygiène et de distanciation sociale doivent s’appliquer à l’ensemble du territoire. Mais lorsque vient le temps de sanctionner les délinquants et de dénoncer l’écart à la norme, les solutions de type mur à mur sont déconseillées. Avant d’envisager le bouclage de l’île, étudions la possibilité de restreindre les mouvements dans les villes, quartiers ou pâtés de maisons où se concentrent les situations à risque. Avant de fermer les parcs pour l’ensemble des Montréalais, sévissons contre les promeneurs insouciants.

Les autorités gouvernementales ne doivent pas sous-estimer le risque de décrochage d’une population jusqu’ici très collaborative s’il s’avère que les mesures de répression sont déployées sans distinction. La généralisation des sanctions et des interdits peut porter les germes de l’arbitraire. La Loi sur la santé publique prévoit des amendes dissuasives (entre 1000 $ et 6000 $), mais son application est complexe. Les policiers ne peuvent pas rédiger des constats d’infraction eux-mêmes. Les dossiers nécessitent l’approbation du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP). Cet inconvénient n’altère en rien le pouvoir dissuasif d’une amende salée. Par ailleurs, les policiers ont d’autres moyens d’intervenir en droit criminel : le refus d’obtempérer, par exemple.

La coercition sera sans doute nécessaire là où les récalcitrants refusent d’entendre raison : adolescents insouciants, adultes festifs, nouveaux fiancés, mariés, dévots de toutes religions, etc. Ce sont eux qu’il faudra garder à l’œil, tout en gardant à l’esprit qu’il n’y aura pas assez de policiers pour surveiller les moindres interactions sociales. La prévention, le partage constant de l’information d’intérêt public et l’appel au sens des responsabilités collectives en temps de crise constituent de meilleurs instruments d’aplatissement de la courbe des infections.

Cette semaine, quelques cas de non-respect des consignes de santé publique ont fait la manchette, au sein des communautés de juifs hassidiques. Si les policiers doivent intervenir pour disperser des attroupements devant les synagogues et empêcher la tenue de réunions de culte, qu’il en soit ainsi. Ne perdons pas de vue que ces communautés représentent une bien faible part de risque dans l’évaluation globale de la menace que pose la COVID-19. Et n’oublions pas qu’elles ont aussi besoin d’une main tendue, et non de réprobation supplémentaire.

À cet égard, l’initiative de l’arrondissement de Saint-Laurent, un milieu riche en diversité culturelle, est inspirante. Les représentants des différentes communautés religieuses et le maire Alan DeSousa ont convenu de fêter la Pâque juive, catholique et orthodoxe et le début du ramadan unis dans le confinement et la distanciation sociale. Le triomphe de la vie sur la mort passera par de telles démonstrations de solidarité.

9 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 4 avril 2020 08 h 38

    Faudrait se comparer

    Si on regarde les statistiques fournies par Le Devoir, on doit se poser la question à savoir pourquoi les mesures prises par Québec ne fonctionnent pas autant que celles prises en Colombie-Britannique par exemple. La CB a une population d'un peu plus de 4 millions, la moitié du Québec et la pandémie y est arrivée un peu plus tôt à cause des rapports de Vancouver avec l'Asie.

    La CB compte 1121 cas dont 484 malades et 606 guéris.
    Québec: 6101 cas (6 fois plus qu'en CB) avec 84 guéris.

    Il saute aux yeux que la proportion de malades et de guéris est assez spectaculaire par rapport au Québec et que proportionnellement on s'attendrait à voir 2 fois plus de cas au Québec qu'en CB alors que c'est 6 fois plus. La CB a quand même pris des mesures moins drastiques que le Québec car il n'y a pas de barrages routiers entre les régions et les aînés qui ne sont pas en résidence pour personnes âgées ne sont pas ostracisés et confinés comme ici. Par contre, il semble que la CB a pris la pandémie beaucoup plus au sérieux et beaucoup plus tôt. La province était-elle plus prête à faire face à une pandémie, peut-être à cause de sa proximité avec l'Asie ? A-t-elle moins testé sa population et, si oui, pourquoi ? Quoiqu'il en soit, la courbe en CB est déjà « aplatie » (voir le graphique du Devoir) alors que celle du Québec continue à grimper d'une manière significative. Comme on est dans le même pays, il serait intéressant de voir ce qui a fonctionné en CB et ce qui ne marche pas au Québec. Dans ce contexte, est-ce que la coercition a joué un rôle en CB ?

  • François Beaulé - Inscrit 4 avril 2020 08 h 45

    Un grand défi

    Réduire l'augmentation du nombre quotidien de nouveaux cas n'est pas un objectif suffisant. Il faut en arriver à une réduction du nombre de nouveaux cas. Les données de la prochaine semaine (ou des 2 prochaines semaines) pour ce qui est des hospitalisations et des décès causés par le coronavirus permettront de mesurer si les mesures actuelles de distanciation, d'hygiène et de confinement suffisent à réduire le nombre quotidien de nouveaux cas. Le nombre actuel relativement faible de morts au Québec, comparativement aux pays européens qui ont pris ce genre de mesures à peu près en même temps que le Québec, n'est pas un indicateur de l'efficacité de ces mesures. C'est l'évolution prochaine du nombre d'hospitalisations, notamment en soins intensifs, et du nombre de morts qui compte. Si ces nombres augmentent exponentiellement, cela indiquera que les mesures actuelles ne suffisent pas.

    Il est douteux que les quelques attroupements en plein air dans les parcs soient les principaux vecteurs de l'épidémie. Il faut questionner le risque que représente les transports en commun et la fréquentation des épiceries. J'ai des doutes, par exemple, sur l'efficacité du lavage des mains avec un petit filet d'eau glacée à l'entrée du supermarché de mon quartier, rue Bélanger. Il y a aussi les rencontres amicales, ni vues ni connues, dans les domiciles de la nation.

    Tant que chaque porteur du virus contamine plus d'une personne en moyenne, l'épidémie va croître de façon exponentielle jusqu'à submerger les services de santé. Ce n'est qu'une question de temps. Par exemple, si chaque porteur du virus contamine 1,5 personne en 5 jours en moyenne, plus de 11 millions de personnes seront contaminés en 200 jours.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 4 avril 2020 20 h 59

      Vous écrivez: " J'ai des doutes, par exemple, sur l'efficacité du lavage des mains avec un petit filet d'eau glacée à l'entrée du supermarché de mon quartier, rue Bélanger". Ce n'est pas la température de l'eau qui est déterminante, c'est l'utilisation d'un savon lors du lavage car le membrane du SARS-Cov-2 composé de phospholipides (un corps gras) est facilement dissoutes par l'action d'un savon. Mais, il faut se frotter lea mains un bon 20 secondes, sinon plus longtempts comme le recommande Google assistant avec sa nouvelle commande vocale: " Ok Google, aide-moi à me laver les mains" où il vous jouera de la la musique pendant 40 secondes pendant que vous vous lavez les mains.

    • Guy LeVasseur - Abonné 5 avril 2020 05 h 27

      Monsieur Rousseau.

      La réponse à vos questions est très simple.
      Les méthodes de calculs des personnes infectées de la Colombie Britannique et du Québec
      sont totalement différentes.
      La méthode de calcul utilisée au Québec est beaucoup plus véridique et plus proche de la réalité.
      Votre commentaire compares pommes avec des céleris et devient ainsi totalement inutile !

  • Bernard LEIFFET - Abonné 4 avril 2020 08 h 52

    Un modèle de société à changer pour éviter le risque

    La lutte contre le développement des foyers de contamination relève d'une action énergique contre le surpeuplement dans les grandes villes où de nombreux habitants sont confinés dans les blocs, vestiges d'un passé récent où la majorité des citoyens n'avaient pas les moyens d'économiser pour tenter d'acheter une maison.
    Dans les circonstances actuelles, il y a des signes de mollesse tant de la mairesse de Montréal, qu'aux paliers gouvernementaux du Québec et du Dominion! Or, toute faille dans le système nuit à l'ensemble des populations et même l'application de règlements pour réduire la propagation du virus, par la police, pose problèmes.
    Le confinement des personnes âgées doit être repensé pour éviter ce qui nous attend dans quelques jours! Bien sûr, on dira que ce sont elles les plus vulnérables plutôt que de pointer ces incubateurs à virus dont les propriétaires en tirent profit!
    Dans un autre article du Devoir l'épidémie semble avoir atteint son auteur qui ajoute un titre trompe-l'oeil glorifiant le gouvernement fédéral (Justin Trudeau) pour ses actions à répétition - On travaille fort - . Tout ça pendant qu'au sud un cowboy sème la panique concernant le matériel médical!

  • Marc Therrien - Abonné 4 avril 2020 12 h 24

    Le risque de quoi...qui n'était pas déjà là?


    « Le triomphe de la vie sur la mort passera par de telles démonstrations de solidarité » et c'est dans le recueillement solitaire que devra se vivre la Fête de Pâques sans pour autant pouvoir espérer le miracle ou la moindre forme de résurrection. Qui sait si quelques-uns n’en viendront pas alors comme Cioran à éprouver que « ne comprend vraiment la religion, que celui-là seul qui, s’il écoutait son instinct le plus profond, pousserait un « au secours!! » si fort, si dévastateur qu’aucun dieu n’y survivrait ».

    Marc Therrien

  • Loyola Leroux - Abonné 4 avril 2020 17 h 38

    Il importe pour Le Devoir et ses lecteurs, de protéger les ‘’Hommes très pieux’’,

    Bravo monsieur Myles. Vous abondez dans le même sens que les grands philosophes Charles Taylor et Georges Leroux. Les Juifs hassidims sont peu nombreux. Vous avez raison d’écrire ‘’Ne perdons pas de vue que ces communautés représentent une bien faible part de risque dans l’évaluation globale de la menace que pose la COVID-19.’’ Toutefois, je demeure en région. Expliquez-nous pourquoi un grand journal nous apprend aujourd’hui, qu’un IGA ‘’situé au centre de la pandémie sur l’Ile de Montréal, Cote St-Luc, a été fermé.’’ N’y a-t-il aussi des mariages religieux aves plus de 300 invités ? Ce qui augmentait les risque, non !

    Vous demandez à vos lecteurs, en majorité des Québécois, ‘’Et n’oublions pas qu’elles ont aussi besoin d’une main tendue, et non de réprobation supplémentaire.’’ Donner la main implique quelqu’un pour la recevoir, non | Ces religieux habitent parmi nous depuis un siècle et les journalistes nous apprennent que la majorité d’entre eux ne parlent ni le français, ni l’anglais, mais le yiddish, un dialecte allemand. Le MEQ finance leurs écoles religieuses à plus de 60%, pourquoi ne parlent-ils pas français au Québec ? Cela les aiderait à accepter notre main tendue, non !