L’essentielle protection des soignants

Lors de son point de presse quotidien, François Legault a révélé que le réseau de la santé était au bord de la rupture de stock pour certains équipements médicaux de protection. Les maigres réserves pourraient se tarir d’ici trois à sept jours. On pense aux masques de haute protection N95, mais aussi aux masques chirurgicaux standards.

À ses côtés, la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a indiqué qu’on commençait à réutiliser les masques N95 en les désinfectant, une pratique qui ne fait pas l’unanimité et qui témoigne du fait que la pénurie est bel et bien installée. En temps normal, ces masques sont à usage unique. Pour tout dire, les réutiliser, ça fait médecine de guerre.

Lundi soir, le gouvernement Legault en était venu à une entente avec la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) afin d’assurer un certain nombre de protections minimales aux « anges gardiens ». Les femmes enceintes et les personnes immunodéprimées seront affectées à des tâches qui ne les mettent pas en contact avec des patients infectés. Les infirmières à l’urgence, aux soins intensifs, en chirurgie ou dans des lieux où le virus peut être présent, notamment dans les CHSLD où la contagion a été décelée, n’auront plus à apporter leurs uniformes chez elles pour les laver, avec les risques de propagation que cela représentait. Il est surprenant que ces mesures préventives aient dû être obtenues par la négociation.

Depuis le début de la crise, les infirmières réclament un niveau de protection que le réseau ne peut leur garantir. Malgré les démentis initiaux du gouvernement Legault, les établissements de santé ont d’emblée pratiqué le rationnement des masques, des visières et d’autres équipements de protection. Et le rationnement est devenu de plus en plus sévère.

Il faut dire que notre réseau de la santé dépend essentiellement de fournisseurs étrangers pour son approvisionnement. Comme le révélait Le Devoir, certaines commandes attendues ont été retenues à l’étranger, comme ce chargement de masques N95 dont l’Inde bloque l’exportation.

En fait, la plupart des pays occidentaux se sont lancés dans une course pour se doter d’une quantité suffisante d’équipements de protection et les fournisseurs habituels sont loin de suffire à la demande. Aux États-Unis, ce sont les hôpitaux qui sont en concurrence entre eux pour obtenir les rares mais indispensables articles.

Mardi, Justin Trudeau a profité de son point de presse quotidien pour annoncer que le gouvernement fédéral s’était entendu avec certaines entreprises canadiennes, dont Medicom, une entreprise basée à Montréal, pour la fourniture de masques et de respirateurs. Il a commandé plus de 60 millions de masques N95, 175 millions de masques chirurgicaux et des milliers de respirateurs. On ne sait toutefois pas quand ces équipements seront acheminés. Il y a dix jours, Ottawa avait lancé un appel aux entreprises du pays pour qu’elles mettent la main à la pâte en transformant, pour plusieurs d’entre elles, leurs chaînes de production. Cette transformation ne peut toutefois survenir rapidement. Au Québec, où la situation est particulièrement urgente, le ministère de l’Économie et de l’Innovation, avec le ministère de la Santé, est à pied d’œuvre pour trouver et financer des fournisseurs québécois.

Ces initiatives surviennent tard. Force est de constater que, contrairement à l’Allemagne mais à l’instar d’autres pays comme la France, le Canada n’était pas préparé à faire face à cette pénurie mondialisée d’équipement de protection et de respirateurs. L’Allemagne s’était dotée d’un plan de contingence qui prévoyait de recourir à son tissu industriel particulièrement développé afin d’assurer l’indépendance de son approvisionnement. Résultat : le pays n’a pas manqué de matériel, il a multiplié les tests et, malgré un nombre élevé de cas recensés, il a réussi à maintenir un taux de décès remarquablement faible.

Au Québec, le réseau de la santé, pourtant rationné, n’est aucunement submergé par un afflux important de cas à traiter. Mardi encore, on ne dénombrait que 286 personnes hospitalisées, dont 82 seulement en soins intensifs. Pour mettre les choses en perspective, le réseau a libéré 6000 lits.

Prévu pour cette semaine au départ, le sommet de la pandémie au Québec — le pic — devrait être atteint dans deux semaines. Que ce soit à Ottawa ou à Québec, une solution à la pénurie d’équipement de protection pour le personnel soignant doit être trouvée. Ce n’est certainement pas en risquant que la contagion se répande à nombre d’infirmières qu’on pourra assurer des soins adéquats aux personnes qui présentent des complications liées à la COVID-19.


 
8 commentaires
  • Yves Corbeil - Inscrit 1 avril 2020 07 h 38

    Qu'est-ce qui est mieux

    À New York au États Unis d'Amérique ce n'est pas le Malawi quand même, ils ont le même problème que les Italiens, les Espagnols et les Québécois, ils manquent de stock de protections.

    Eux aussi ils ont manqué de transparence mais n'ont averti personne de ménager les inventaires, aujourd'hui ils font face à un choix de protection ou pas en attendant leurs stock. Ouin c'est vrai, c'est Trump au États.

    Chez nous on a le même problème et la stratégie a été d'en faire usage parcimonieusement depuisun certain temps après avoir négliger de le faire au début.

    Il y en a plusieurs qui ont dormi augas un peu partout car un drame comme cela n'était pas dans les plans économiques qui sont le letmotiv de tout bon gouvernement néo-capitaliste globaliste mondiale.

    La grosse brassée de linge sale, bien moi je pense qu'elle devrait avoir lieu après le vaccin entre LA population qui paye ces gens là pour prendre les meilleurs décisions en connaissances de causes qui évoluent sans cesse pour assurer une sécurité et une certaine prospérité enfin toutes ces niaiseries qu'on rêvent mais qui n'arriveront pas sans qu'on en meurt.

    Présentement des petites brassées ça sert à rien sauf pour celle des N95, car imaginons-nous qu'ils viennent de découvri que ça se nettoyaient, ça prends bien une pandémie pour faire des découvertes et sauver des vies pis de l'argent.

    Vous M.Dutrisac, qu'est-ce que vous feriez, qu'est-ce que vous auriez fait de mieux qu'eux autres. Parce qu'on s'entends que nos capitalistes se sont plantés toutes la gang sur le dossier. Dire qu'à l'halloween les commerces débordent et aujourd'hui ils peinent en s'en procurer.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 avril 2020 09 h 24

    Un autre COMMENT prendre soin de nos soignants


    Ce qui leur sera des plus salutaires, aux soignants, ce sont les choix éclairés et libres que leur auront laissé les plus vulnérables, les plus avancés en vie et en vitalité.
    Aptes, dans leurs droits de connaitre les avantages, les inconvénients et les risques des traitements intenses/massifs/possibles vs le COVID-19. Aptes, dans l’exercice de leurs droits d’accepter ou de refuser ou de faire cesser les traitements intensifs proposés. Si devenus inaptes, dans des directives anticipées de fin de vie; dans des mandats; dans des Directives médicales anticipées. C’est en amont que les discussions seront les plus appropriées et des plus prolifiques.

    En CHSLD et en résidence de personnes âgées, en indiquant leurs choix et leurs directives quant aux soins intensifs; dans leurs plans de services et de soins.

    Le EN AMONT prendra soin des soignants. En prenant soin de notre mourir possible ou choisi, on sauvera bien des vies!
    Un très récent article de la Belgique :
    La très délicate question de la fin de vie en maison de repos au temps du coronavirus
    https://www.rtbf.be/info/dossier/epidemie-de-coronavirus/detail_la-tres-delicate-question-de-la-fin-de-vie-en-maison-de-repos-au-temps-du-coronavirus?id=10472940

  • Céline Delorme - Abonnée 1 avril 2020 10 h 07

    Je vote pour Dr Johanne Liu

    Nous avons une experte mondiale des épidémies au Québec: Dr Liu, présidente de Médecins sans frontières lors de la grande épidémie d'Ebola en Afrique. L'histoire officielle reconnait que c'est MSF qui a vaincu cette épidémie. Cette experte se dit disponible, mais n'est pas admise dans les milieux de décision, actuellement.
    Son point numéro 1:
    il faut des structures médicales réservées aux malades atteints. Ainsi on diminue le risque de transmission aux soignants,car ils deviennent experts en protection, et les soignants gardent leur équipement de protection tout leur quart de travail, ce qui diminue le gaspillage.
    Vivement qu'on l'engage et qu'on l'écoute.

  • Sylvain Fortin - Abonné 1 avril 2020 14 h 31

    François Legault s'est fait menteur devant les médias afin de manipuler l'opinion publique sur sa gestion de la pandémie. Heureusement, le premier ministre de l'Ontario n'a pas voulu jouer à son petit jeux. (En période électorale Legault a fait le même manège avec l'ancienne PM de l'Ontario sur la vente de l'électricité) Mais en plus, François Legault s'est montré ignorant au point d'avoir eu besoin de l'Ontario pour savoir où passer ses commandes de matériels médicals. La réalité qui émerge c'est son manque de prévoyance. C'est d'avoir tardé à faire des approvisionnements. S'il y a pénurie de matériels médicals qui sera soigner et qui ne le sera pas ? Ce dilemne sera la faute de François Legault.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 1 avril 2020 15 h 33

    Article ingrat.
    Cette crise était imprevisible, legault et sa gang font un travaille incroyable surtout si on compare mais les journalistes fatiguent avec le 94% de satisfaction de la gestion de crise.
    Ils doivent chercher des poux et trouver des coupables alors le crime n'est même pas encore terminé.
    Je trouve les médias immatures, ils s'amusent à créer un doute non néssecaire au mauvais moment dans l'esprit des citoyens. Par chance il y a une perte d'influence des médias sur la population, on commence à comprendre pourquoi.

    Pour les masques à désinfecter, sachez qu'un médecin au Qc utilise maintenant 1 ventilo pour deux patients qui ont les mêmes besoin. Il double la vitesse et divise la pression en deux tubes, ca marche.

    Ce n'est pas écrit dans le manuel et ce n'est certainement pas recommandé officiellement mais l'improvisation et la flexibilité est plus que la bienvenue présentement.
    Et si ca marche! Imaginez la quantité de masque jeté aux poubelles en moin, évidemment que la compagnie qui les vend préfère l'usage unique mais de ce que je comprend c'est ça ou rien.
    Ce n'est pas optimal..j'espère que le personnel soignant sera dédommagé $ mais présentement il faut ce qu'il faut.
    Tirons donc tous du même bord, on y arrivera plus vite.

    • Sylvain Fortin - Abonné 1 avril 2020 17 h 04

      Je vous souhaite le même optimisme si vous avez à vous faire soigner avec du matériel usagé. C'est facile à penser quand il s'agit des autres. Et pour votre pensée unique non merci.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 1 avril 2020 18 h 54

      Bon alors vous le fouterrai à la porte dans 3 ans....pour l'instant je ne vois pas qui aurait fait mieux.
      Regardez les chiffres..
      Mais bon, tapez sur la personne qui travaille sans relâche pendant qu'on écoute netflix si ça vous plait.