Aplatir la partisanerie délétère

Le Sénat américain a fini d’« aplatir » ses différends, tard mercredi soir, pour adopter un plan d’aide économique à la hauteur inédite de 2000 milliards $US. Ce n’est pas trop tôt. Le ministère fédéral du Travail a fait savoir jeudi matin que près de 3,3 millions d’Américains s’étaient inscrits au chômage en une seule semaine, dépassant de très loin le nombre de demandes déposées dans la foulée de la crise financière de 2008, et alors que la pandémie frappe sévèrement la Californie et les États de New York et de Washington.

L’urgence sanitaire est patente, n’en déplaise à un Donald Trump impatient que se termine le carême imposé par le coronavirus pour « rouvrir » l’économie et « remplir les églises » à Pâques. Mais c’est justement vers Pâques, dans 14 à 21 jours, que le pic de l’épidémie frappera à New York, pensent les autorités, tandis que se forment de nouveaux foyers d’infection, dont le moindre n’est pas celui apparu à La Nouvelle-Orléans, en Louisiane. Il y a maintenant aux États-Unis plus de cas recensés qu’en Chine et en Italie.

Les gouvernements ont perdu et perdent encore du temps, à peu près partout sur la planète, à prendre la mesure du danger. Les populations aussi. Ce qui se comprend jusqu’à un certain point, vu la virulence extraordinaire avec laquelle le nouveau microbe s’est répandu. À Ottawa, les partis aux Communes se sont eux aussi empêtrés avant de parvenir à ficeler, mercredi matin, un plan de sauvetage de 107 milliards de dollars. Leurs différends ont cependant été sans commune mesure avec les résistances délétères et partisanes dont ont fait preuve les républicains au Congrès américain, naturellement plus inquiets pour Wall Street et les actionnaires des entreprises que pour les petits salariés que cette crise jette à la rue.

Et c’est ainsi que quatre sénateurs républicains auront réussi pendant quelques heures, mercredi, à bloquer l’adoption du plan d’aide au prétexte licencieux qu’il était trop généreux pour les chômeurs, suivant l’argument de droite voulant que le soutien financier additionnel et momentané qui serait fourni à ces gens pendant quatre mois les inciterait, à long terme, à ne pas retourner au travail… Leurs objections ont été, au final, écartées. Elles n’en témoignent pas moins d’une cécité idéologique partagée par beaucoup de républicains — cécité aberrante au vu de l’impératif qu’il y a à agir pour venir en aide à des dizaines de milliers de familles étranglées par des factures à payer.

Le plan de sauvetage, impulsé par les démocrates, représente la moitié du budget fédéral américain. C’est titanesque. Il est couplé au soutien illimité qu’apportera la Fed pour empêcher que le système économique ne s’écroule. Le quart des 2000 milliards sera versé en paiements directs, à raison de 1200 $ par personne, aux Américains dont le revenu annuel est inférieur à 75 000 $. Les prestations de chômage seront augmentées d’environ 600 $ par semaine. L’aide aux PME et à la grande entreprise frôlera les 1000 milliards.

C’est titanesque, mais nul doute qu’il en faudra plus. Le Sénat avait à peine validé le plan — que la Chambre doit entériner vendredi — que le gouverneur de l’État de New York, Andrew Cuomo, qualifiait la part destinée à son État de « goutte d’eau » dans l’océan de ses besoins sanitaires et économiques.

La culture sociale, politique et économique des États-Unis étant ce qu’elle est, l’attitude de M. Trump ne fait pas pour autant l’unanimité contre lui, tant s’en faut. Voici un président qui continue de relativiser la gravité de la pandémie — malgré le nombre croissant de morts et les carences du système de santé public — au nom de la nécessité de relancer au plus vite la première économie mondiale — et ses propres affaires, pourrions-nous ajouter cyniquement, comme la Trump Organization souffre aussi de la crise. Il ne faudrait pas que le remède soit pire que le mal, disait-il en début de semaine ; il s’est laissé aller à dire mercredi que ce n’était pas parce qu’il y avait des accidents de voiture qu’il fallait interdire à tout le monde de conduire.

De fait, le dernier sondage Gallup attribue cette semaine à M. Trump un taux d’approbation record de 49 %. Qui donc sait quelle influence électorale aura la pandémie sur la prochaine présidentielle ? Joe Biden, candidat démocrate de facto à cette présidentielle, défend depuis son entrée dans la course, il y a presque un an, le projet tout simple d’un « retour à la normale » s’il est élu contre M. Trump en novembre. Retour à la normale ? On ose imaginer que la crise du coronavirus apportera de l’eau à son moulin.


 
8 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 27 mars 2020 04 h 30

    Ne pas oublier que beaucoup de supporteurs de Trump ne s'abreuvent qu'à des sources d'information du genre Fox News, aussi dévouées à ce président fou que La Pravda à Poutine. Alors, il ne faut pas espérer de miracles.

    • Charles-Étienne Gill - Abonné 27 mars 2020 11 h 02

      Or, la pravda symbolique, c'est aussi MSCNBC et Rachel Maddow (ou encore CNN ou le NYT ), c'est-à-dire de la désinformation à propos d'une cabale d'ingérence russe. Rachel Maddow pronononçait Russia-Russia-Russia à tout bout de champ pendant des mois. Et vous nous parlez de Fox? Savez-vous qu'à Fox, Tucker a fait une entrevue avec Roger Water (ex du Pink Floyd) pour sensibiliser l'opinion au sujet de Julien Assange et de l'extradiction qui le menace, ce même Assange associée par Clinton à la fameuse conspiration russe pour pour lui nuire et lui «voler» l'élection?

      Quantité de vlogueurs très informés informent à leur tour «ces électeurs», pensez à Timcast par exemple, lesquels ont par exemple exposés souvent les biais anti-Trump des médias dominants ont AUSSI couvert l'obstruction démocrate récente, sur le même sujet, dont Taillefer ne vous parlera pas. Cela arrive des dizaindes de fois par semaine : couverture anti-Trump, rien sur les Démocrates. Pendant 4 ans... C'est ce que l'on appelle un double standard. Je ne prétends pas qu'il n'y a pas de propagande sur FOX, mais que quand il y a une émeute à Berkeley parce que de Milo Yiannopoulos veut y faire une conférence, c'est pas traité ici sauf pour dire que Milo c'est l'exrtrême-droite.

      C'est la même chose avec le site Canadien «The Rebel» ou encore Lauren Southern traitée d'être d'extrême-droite; nos médias font autant de rhétorique que FOX, mais comme on est dedans, comme on est d'accord, on ne le voit pas. Les vlogueurs Timcast, Dave Rubin, H. A. Goodman, Joe Rogan ou encore James Corbbet font un travail important et sont suivis en partie par les électeurs de Trump qui sont proabablement plus critiques des médias en général, incluant FOX, mais nous, on ne sait même pas qui ils sont.

      C'est comme Jordan Peterson qui était vu ici comme « sympathisant de l'extrême-droite », même par la SRC. Aujourd'hui il est trop populaire pour qu'on le dénature ainsi.

      Méfions-nous des idées reçues...

  • Jacques Bordeleau - Abonné 27 mars 2020 09 h 07

    Les affaires

    Les affaires seront notre affaire, disait Théodore Roosevelt. Cela semble effectivement le socle idéologique de la société américaine, confortée en ce sens par l,affairiste en chef, Trump. C'est aussi par là que l'empire risque de pericliter plus ou moins rapidement, par un détour ironique dont l'histoire a le secret.

    Jacques Bordeleau

  • Claude Gélinas - Abonné 27 mars 2020 11 h 03

    La peur de rendre les pauvres paresseux existe depuis toujours .

    Contrairement aux quatres sénateurs républicains qui souhaitaient bloquer l’adoption du plan d’aide au prétexte licencieux qu’il était trop généreux pour les chômeurs, suivant l’argument de droite voulant que le soutien financier additionnel et momentané qui serait fourni à ces gens pendant quatre mois les inciterait, à long terme, à ne pas retourner au travail, l'économiste Esther Duflo Prix Nobel 2019 démontre dans son livre "Économie utile pour des temps difficiles" qu'aider les plus démunis les incite à travailler davantage et non à sombrer dans l'oisiveté.

    La réaction du Président Trump à la pandémie révèle au grand jour les principales vulnérabilités et fragilités d'un des pays les plus riches du monde : absence de couverture de santé universelle et de droits fondamentaux à l'emploi. À ces facteurs aggravants s'ajoute un Président qui banalise la situation et qui jour après jour démontre son dédain pour les experts qu'il n'a cessé de dénigrer et qui privilige la Bourse à la santé des citoyens.

    Et si sa fille adorée Ivanka était atteinte par ce virus, ce que nous le souhaitons pas, ce Président narcissique, menteur pathologique dénué d'empathie et de compassion qui ne carbure qu'à l'argent tiendrait-il le même discours ?

    Quand au taux d'approbation de 49 % n'est-il pas raisonnable de penser qu'en fonction de l'augmentation du nombre de personnes atteintes par le virus qu'il pourrait se réduire comme peau de chagrin et que Trump soit emporté par la vague de mécontements .

  • Stephen Aird - Inscrit 27 mars 2020 11 h 10

    Bonnets blancs, blancs bonnets

    Il est fascinant de constater à quel point l'on ignore le fonctionnement du système politique État-Uniens de ce côté de la frontière et à quel point nous sommes convaincus de la rectitude et la justesse des Démocrates vs. les Républicains. Pour les bilingues dans les deux langues, je propose la lecture des analyses poliques développées sur le site thruthdig.org
    L'on y apprend entre autres choses que sous le règne d'Obama les assassinats extra judiciaires ont été multiplié par 10; que sous Clinton les démantèlements d'entreprises syndiquées et leur relocalisations dans les pays du tier monde ont également été multiplié sans compter la mise en règle d'une nouvelle loi de type "Jim Crow" soit celle des "tree strikes you're out" qui a fait en sorte de multiplier la population carcérale dans les états de la Californie, de l'Illinois et de Ney York faisant des USA le pays avec la plus forte population carcérale dans le monde et ce en chiffre absolus.
    Après la campagne avortée de Mme Clinton pourquoi recruter un ex VP sénile de 78 ans?

    "Les Zamariquins, euzots y l'on l'affaire"

  • Michel Pasquier - Abonné 27 mars 2020 12 h 52

    Albany, NY, capitale des USA

    À chaque jour le Président Trump et Andrew Cuomo le Gouverneur de l’état de New York donnent un point de presse pour faire le point sur la situation induite par le Covid 19.
    Ceux et celles qui ont écouté le point de presse du gouverneur aujourd’hui seraient bien avisés de faire la comparaison avec les babillages journaliers de l’idiot de la Maison Blanche.
    Comment ce pays en est arrivé à ce point, approuvant chaque jour davantage l’infantilisme de leur Président ?
    Désolé les amis mais sans vous souhaiter malheur, s’il vous atteint vous l’aurez bien cherché.