Pas de pénurie en pandémie

Pendant que la population emmagasine les lingettes désinfectantes et se badigeonne de Purell, le personnel de la santé, lui, revendique haut et fort un accès plus facile au matériel de protection. Entre le discours officiel et les échos du terrain se dresse une divergence, qui doit être éclaircie et aplanie, tout comme la courbe. Si la première ligne tombe au combat, faute d’armure efficace, c’est tout le Québec qui en souffrira.

Partout sur la planète où la COVID-19 a frappé, le spectre de la pénurie de matériel de protection destiné au personnel soignant est venu assombrir les efforts de ces travailleurs essentiels surexposés chaque jour à un ennemi invisible. Au Québec, ces « anges gardiens » chaque jour encensés par le triumvirat Legault-Arruda-McCann haussent le ton. Ils font valoir que les anges perdront de leur pouvoir protecteur si on leur coupe les ailes. Ils ont raison.

On ne peut pas en vouloir à la Direction de la santé publique de manœuvrer dans cette crise, dont on ne connaît pas encore très bien l’ampleur qu’elle prendra au Québec, comme on avancerait sur un champ de bataille. Rationnez en fonction des urgences ; agissez là où les priorités vous appellent. Ce n’est pas pour rien qu’aux premiers jours de la pandémie, le Dr Horacio Arruda a effectué un appel pressant à la population, lui enjoignant de ne pas porter ces fameux masques protecteurs essentiels pour éviter la propagation de la COVID-19, dont la contagiosité passe notamment par la transmission de gouttelettes respiratoires. L’appel à « l’utilisation judicieuse » colore d’ailleurs tous les documents de santé publique destinés au personnel soignant.

Mais jusqu’où va le rationnement au compte-gouttes, et comment s’opère la distribution sur la première ligne de ces masques, gants, blouses de protection et lunettes ou visières ? François Legault affirmait cette semaine que, tous les matins, une des premières questions destinées à son équipe de guerre concerne l’équipement de protection destiné au personnel de la santé. « Est-ce qu’on manque d’équipement ? » Chaque jour, la réponse qu’on lui fait est négative. La ministre de la Santé, Danielle McCann, assure que son ministère voit à l’approvisionnement « chaque heure du jour ».

Pourtant, des cliniques affirment être toujours en équilibre sur le point de rupture, condamnées elles-mêmes à choisir parmi leurs employés ceux qu’on protège le plus et ceux qu’on protège le moins. Dans un appel pressant publié cette semaine dans Le Devoir, des médecins d’urgence ont dénoncé le fait que les protocoles de détection des patients à risque aux premières portes de la santé ne correspondent plus à la réalité, déplorant donc que des malades potentiels passent entre les mailles du triage et se retrouvent devant des travailleurs de la santé non masqués. Le lendemain, la ministre McCann annonçait que les protocoles avaient été améliorés. Qui dit vrai ?

L’équation que doit résoudre la Santé publique en ces temps de pandémie n’est pas simple, nous en sommes très conscients. D’abord, elle fait face à un virus équipé pour décimer : la période d’incubation peut avoisiner 14 jours dans les pires cas et le sujet peut être contagieux pendant ce laps de temps même s’il ne montre pas le moindre symptôme. Rien pour faciliter la détection. Aussi, les protocoles de détection doivent désormais tenir compte du fait que la contamination locale est bel et bien enclenchée et que le facteur de retour de voyage n’est plus à lui seul un élément déterminant pour commander le port du matériel de protection. Ensuite, la cadence de protection dans les cliniques et les centres hospitaliers doit comprendre des opérations de triage, de surveillance, d’isolement et de désinfection sans la moindre faille, car face à ce guerrier infatigable, il suffit d’une brèche pour faire éclater le paravent de protection. Et neutraliser le réseau de la santé.

Le Canada a annoncé cette semaine qu’il mettrait tout en œuvre pour accélérer la production du matériel de protection, que toutes les provinces réclament à grands cris. Il entend encourager la fabrication nationale afin de pouvoir stocker 11 millions de masques — le chiffre semble faramineux, mais ce matériel est voué à un usage de courte durée et se consomme à grands volumes, surtout dans les hôpitaux.

En 2003, dans la foulée de l’émergence du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), un Québec relativement épargné avait conclu à l’immense vulnérabilité de ses établissements de santé aux prises avec des agents infectieux virulents. L’ensemble des mesures de protection et des protocoles avait alors été révisé, dans le souci de pouvoir faire face à une nouvelle menace. La voici parmi nous. Espérons que le filet de protection mis en place est solide.

5 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 26 mars 2020 03 h 33

    NON MADAME... QUE NON.

    Cessez de la appeler "anges gardiens", ce ne sont pas des anges gardiens du tout. Ce sont uniquement des personnes faisant leur travail. Mais c'est là que le problème ressort. Elles ne sont pas munies adéquatement des équipements sécuritaires de base et qui sont nécessaires dans ces cas de contagions par virus... Certaines continuent leur petit train-train habituel, d'autres ne sortent pas du cardan théorique qui fut appris dans le milieu scolaire... milieu qui se reproduit par et pour lui-même.
    En fait où sont les résilles et bonnets obligatoires pour celles au front ou se promenant dans les milieux hospitaliers, où sont les petites laveuses/sécheuses (style maison) à chacun des étages pour qu'elles y lavent (ou qu'un préposé quelconque y procède) leurs vêtements de travail, ou en est l'obligation sous peine de suspension pouvant se rendre au congédiement pour celles qui ne respectent pas l'ordre de se changer avant de quitter et/ou d'enter au travail... Et les adminstrations, et bien, aucune, mais aucune initiative venant d'elles... Comment cela se fait-il qu'il n'y ai pas des ères d'isolements (plachers dédiés) avec interdiction stricte au personnel non assigné là de s'y rendre, comment cela se fait-il que la prise de "température et échantillions" se prennent au milieu des entrées et passages normaux des hôpitaux pour tous...
    En fait tout est tout croche... Regarder bien les photographies qui sont publiées dans les quotidiens... Les pauvres infirmières se dirigent directement à l'abatoire... Certaines pas insouciances (les cheveux à tous vents comme la très belle photo où trois portant visère, masque, et sarrau - mais sans aucun bonnet ou résille - les cheveux (longs de plus) trainant partout sur les épaules, les équipements, dans la figure de l'autre.... Ce n'est pas de leur faute, elles savent qu'en salle d'opération il en faut, c'est enseigné au CEGEP, mais ailleurs cela n'est pas enseigné... Les directions sont dans la pensée magique. "Pauvres filles".

  • Serge Pelletier - Abonné 26 mars 2020 04 h 08

    Suite...

    Comment cela se fait-il que les "filles" sur le front ne soient pas habillées adéquatement de vêtement protecteurs et autres équipements de protection? Une combinaison "blanche" avec capichon que les peintres industriels (y compris en aéronatique) doivent portrer pour se protéger à 100% des goutelettes de liquides qui pourraient les atteindre... Que non, trop compliquer de faire des liens, mettez mesdames au mieux les sarrau style jaquette d'hôpital... Non mesdames les infirmières l'on n'oblige pas le bonnet pour que vous y mettiez toute votre chevelure, que non cela brimerait vos droit... Non mesdames les infirmières l'on oblige pas le port de la résille sur les étages pour empêcher toute contamination possible et d'un endroit à l'autre... Le non pas question s'aplique aussi au personnel administratif... et de soutient...
    En temps normal ces négations sont terribles, mais en "pandémies", cela relève de la négligence criminelle des administrations... Et qu'elles cessent de se cacher derrière le mot magique de "protocole"... pis, le ministre n'a pas ordonner... pour se défendre de leur incompétence crasse.
    Combien de "pauvres filles infirmières" devront-elles subir la contamination avant que le/la "ministre", et que les directions prennent réellement les décisions qui s'imposent...
    Non Madame Chouinard je ne suis pas nostalgique de l'époque où ma mère était l'équivalent administratif "d'une infirmière chef" d'aujourd'hui... Mais il y a une grande différence entre le systême dictatoral de l'époque (coiffe 'cornat" obligatoire, souliers dans uniquement 3 choix de modèles et d'un max de deux couleurs (blanc pour infirmière, noir pour adminstration), etc. Mais, actuellement, c'est de l'insouciance généralisée...

  • Serge Pelletier - Abonné 26 mars 2020 04 h 24

    suite 3

    Dernièrement, alors que j'étais hospitalisé, je faisait remarquer à une infirmière chef que j'avais été au Centre Rockland et que j'étais fort étonné que les infimières, et autres personnels soignant, soient "spick-and-span" dans leur habillement de travail, dans le port de résille, etc. qu'il serait bien que ce mode de fonctiontionnement, surtout pour les vêtements et résille, soit appliqué à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont... Qu'elle devrait s'y rendre pour faire un coonstat de visus, qu'elle pourrait ainsi faire des "suggestions contructives" à la direction lors des rencontre de gestion...
    La réaction ne fut pas colère et insultes... avec le "toé t'es même pas un infirmier icit"..."nous autres on connait ça, pis pas toé"...
    Je la comprend, elle avait les cheveux qui trainaient partout, elle faisait concurrence au plombier pour la craque du plombier, les souliers avec les languettes qui faisaient la langue, et les autres dans ce grand local n'étaient guère mieux... Il y en même une qui devait se pratiquer pour des scéances de déshabillage avec son sarrau-jaquette descendu au coude - monte-descend-monte-descend... mais pas attaché du tout...
    Je ne dis pas que ces personnes sont "méchantes", bien au contraire. je dis simplement que le système se reproduit par insouciance, et par manque flagrant de "leadership" des directions.

  • Michel Fortier - Abonné 26 mars 2020 12 h 57

    Le ciel de la santé

    Le ciel de la santé est peuplé d'anges gardiens dont les nuages ne sont pas roses. Les ailes de 400,000$ permettent à une minorité de voler au dessus. Toutefois, ce n'est pas le cas de la majorité. Comme cette amie auxiliaire aux services de santé et sociaux qui doit voler d'une résidence à l'autre de personnes en perte d’autonomie. Elle les aide à accomplir les activités de la vie quotidienne et domestique en voyant à leur hygiène, bien-être, confort et à leurs besoins dont la prise de médicaments. Bien qu'on peut lui demander maintenant d'effectuer des tests pour le COVID-19, elle doit justifier une demande d'équipement de protection qui constituera seulement en un simple masque si on lui accorde. Le tout pour plus ou moins 35,000$. Certaines de ses collègues auraient perdue leurs emplois pour en avoir dénoncé les mauvaises conditions dont le temps supplémentaire obligatoire. Le manque de reconnaissance par le gouvernement de ce travail essentiel est une source de découragement pour plusieurs.

  • Florence Jean - Abonnée 26 mars 2020 22 h 36

    Fini la vocation!

    Ancienne infirmière de Soins Intensifs maintenant retraitée . Touls les jours depuis 2 semaines, j'entends la même chanson: ne vous inquiétez pas, il va y en avoir des masques! Ceci dit, il n'y en a pas suffisamment de masques et de jaquettes et nous ne sommes pas encore au pire de cette pandémie. Où bien ils sont mal informés ou bien on essaie de cacher la vérité.

    Combien de masques aurons-nous ? D'où viennent-ils ? Où sont ces masques présentement? À quelle date exactement allons nous les recevoir? Qu'avez-vous mis en place pour assurer que les quantités seront suffisantes et ce jusqu'à la fin de cette crise? Il faut poser ces questions et s'assurer que l'on a les vraies réponses.

    Les équipements de protection pour les travailleurs de la santé devraient être la première priorité du gouvernement : vous devez sans faute protéger ces travailleurs . Cela ne prend pas une tête à Papineau pour faire des masques et des jaquettes. 1) Achetez le matériel pour faire ces masques et jaquettes 2) ordonnez à des entreprises qui sont présentement fermées de rappeler des travailleurs et de produire des masques et jaquettes en grande quantité 3) Si possible, automatisez la production 24 heures sur 24

    Je suis absolument horrifiée à l'idée qu'un ou une travailleuse de la santé va devoir traiter un patient sans protection avec risque de devenir infectée et d'en mourir. Cela n'a aucun sens.
    Depuis fin janvier que tous savent que cette pandémie allait arriver. Qu'ont fait nos grands décideurs pour s'assurer qu'il y aurait des équipements de protection suffisant pour le personnel .
    Continuez madame Chouinard d'en parler, tous les jours s'il le faut. Et demandez des réponses. Pas des il va y en avoir, non des vraies réponses. Combien, comment et quand
    L'autre question importante, peut-on refuser de traiter un patient si nous n'avons pas la protection nécessaire? Je crois que oui mais c'est une excellente question pout Mr Aruda.
    Florence Jean MBA, Infirmière