Les nouveaux risques du métier

Une partie de bras de fer se joue entre les syndicats majoritaires dans l’industrie de la construction, soit la FTQ-Construction et le Conseil interprovincial (International), et les entrepreneurs. Les deux syndicats, qui représentent 67 % des travailleurs, demandent au gouvernement de suspendre temporairement les chantiers en raison de la crise du coronavirus.

Évidemment, les représentants patronaux s’opposent à cette suspension. La partie syndicale estime que trop d’entrepreneurs sont réticents à revoir l’organisation du travail et à doter les chantiers des installations nécessaires afin que les règles sanitaires et d’hygiène, que recommande la Direction de la santé publique, soient respectées. Malgré les demandes répétées, les entrepreneurs se sont traîné les pieds, accusent les syndicats.

Certains chantiers ne disposent pas d’eau courante ou de dispositif pour le nettoyage des mains. Les roulottes de chantier sont souvent trop exiguës pour permettre aux travailleurs de maintenir entre eux une distance suffisante lors des repas et des pauses. Les chantiers de construction emploient 177 000 personnes à l’heure actuelle.

Vendredi, François Legault a rejeté l’idée de stopper temporairement ce moteur économique qu’il juge essentiel. Au contraire, il entend devancer des projets d’infrastructures publiques, remplaçant ainsi certains projets privés qui seraient abandonnés. Mais le premier ministre a tout de même reconnu que les doléances des syndicats étaient justifiées. Il s’est adressé aux entrepreneurs et aux employeurs de l’industrie pour qu’ils prennent toutes les précautions nécessaires afin d’empêcher la propagation du coronavirus sur les chantiers, en répondant notamment aux demandes des travailleurs quant à l’accès à l’eau et à des installations adéquates. En outre, tout travailleur malade devra impérativement rester chez lui.

Le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, Jean Boulet, a annoncé vendredi, avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail, qu’un comité, appelé CNESST — Chantiers COVID-19, réunissant tous les acteurs de l’industrie, de même que la Direction de la santé publique, se réunira deux fois par semaine.

L’heure est toutefois aux actions concrètes et immédiates. Les entrepreneurs récalcitrants, et certains travailleurs insouciants, doivent être mis au pas. Personne n’y gagnerait si les chantiers de construction devenaient des foyers de contagion de la COVID-19.

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