Économie et CoVID-19: éviter l’hécatombe

Même s’il y a mis le temps, le gouvernement Trudeau n’a pas lésiné en dévoilant ses mesures pour amortir le choc économique que la crise coronavirale ne manquera pas de causer. De son côté, François Legault, entouré du ministre des Finances, Eric Girard, et du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, annonçait jeudi un plan vigoureux — le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE) — pour soutenir les entreprises aux prises avec un manque de liquidités.

D’abord, sur le plan macroéconomique, la Banque du Canada a abaissé à deux reprises son taux directeur, pour un total de un point de pourcentage. Elle a accru les liquidités auxquelles les banques ont accès et allégé les exigences de capitalisation qui leur sont imposées. Le ministre des Finances, Bill Morneau, leur a demandé de se montrer patientes avec les entreprises et les particuliers qui n’arriveraient pas à rembourser leurs traites.

En reportant au 31 août les sommes dues à l’impôt, on permet aux contribuables, dont plusieurs petites entreprises frappées par la baisse de leurs activités, de conserver 55 milliards en liquidités. Jeudi, Québec a annoncé qu’il faisait de même, ce qui représente un montant de 8,3 milliards.

En s’appuyant sur le Mouvement Desjardins et les banques, Investissement Québec réserve 2,5 milliards pour permettre aux entreprises de traverser cette période d’« hibernation », pour reprendre l’expression de Pierre Fitzgibbon. Le gouvernement fédéral, par l’entremise de la Banque de développement du Canada (BDC) et Exportation et développement Canada (EDC), a déjà promis d’y aller de 10 milliards à l’échelle canadienne, soit quelque 2 milliards pour le Québec, pour appuyer les PME.

Pour ce qui est du filet social, Ottawa dépensera 27 milliards, essentiellement pour accorder des prestations de maladie, sans délai de carence, aux travailleurs admissibles à l’assurance-emploi, à ceux qui n’y sont pas admissibles et aux travailleurs autonomes. Par ailleurs, le gouvernement fédéral offrira une allocation de soutien d’urgence aux travailleurs qui ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi et qui perdraient leur emploi ou qui verraient diminuer leur nombre d’heures travaillées.

Les mesures macroéconomiques auront un effet notable et, compte tenu de leur nature systémique, Ottawa ne pourra pas en bousiller l’exécution. Il en va tout autrement de l’aide apportée aux travailleurs touchés, des mesures toujours sujettes au cafouillage administratif. Espérons que l’administration fédérale connaîtra plus de succès en distribuant des chèques d’assurance-emploi ou autres allocations qu’en gérant son système de paye Phénix.

Quoi qu’il en soit, cette distribution prendra un certain temps, puisqu’il faudra au moins deux semaines à l’Agence du revenu du Canada pour mettre sur pied son service. En outre, les prestations d’assurance-emploi, qui couvrent 55 % du salaire pour un maximum de 573 $, ou l’allocation en cas de maladie, fixée à 900 $ toutes les deux semaines, ce n’est pas le pactole. Le gouvernement Legault n’aura d’autre choix que de pallier les lacunes fédérales et de renforcer ce chiche filet social, surtout pour les travailleurs autonomes ou les propriétaires de très petites entreprises. On n’a qu’à penser à certains restaurateurs qui ne pourront pas s’en relever.

François Legault a été direct : toutes les entreprises ne pourront être sauvées. Il a d’ailleurs lancé un autre appel à la population, celui d’acheter, même en ligne, des produits à des entreprises québécoises. À ses côtés jeudi, Eric Girard, un économiste patenté, était bien incapable de prédire ce qui adviendra de l’économie du Québec en 2020 : tout dépend de la durée de cette hibernation économique, durée que seuls des impératifs de santé publique dicteront.

Ensemble, les deux ordres de gouvernement injecteront, d’ici septembre, l’équivalent de 6,5 % du produit intérieur brut (PIB) québécois. C’est considérable. Mais est-ce suffisant ? Probablement pas, comme le signalent les représentants du milieu des affaires.

Les fermetures temporaires — pour deux, trois ou six mois ? — se multiplient, les commerces non essentiels choisissant de fermer leurs magasins, à l’instar des hôtels, des auberges, des restaurants, des salons de coiffure, etc. Nos entreprises manufacturières souffrent également : problèmes d’approvisionnement ou de marchés, ou les deux.

La situation est inédite. Certes, l’économie rebondira, mais on ne sait quand, ni quelle sera l’ampleur de la côte à remonter. Nos gouvernements devront sans doute intervenir davantage. Heureusement, ils y sont prêts. Tant à Ottawa qu’à Québec, le mot d’ordre est le même : au diable les déficits, ça prendra ce que ça prendra. Et c’est très bien ainsi.


 
4 commentaires
  • Mario Gallant - Abonné 20 mars 2020 05 h 56

    Les banques

    Continuer à engranger des profits faramineux pendant que leurs clients peinent sur l'épicerie serait scandaleux. Ces clients qui ont sauvé en 2008 les banques de la faillite.

    Le jour du retour d'ascenseur est maintenant venu. La solidarité sociale un mot nouveau pour ces empocheurs d'argent. Le compteur d'intérêt doit s'arrêter pour les entreprises. Le compteur d'intérêt doit ralentir pour le prêt hypothécaire. Faites votre part messieurs les banquiers.

    Mario Gallant

  • Robert Bernier - Abonné 20 mars 2020 07 h 54

    Leçon à retenir

    S'il y a une leçon que nous devrons retenir de cet événement socio-économique majeur, nous, individus et entreprises, c'est l'importance d'avoir un État fort et en santé. Les thuriféraires du libertarisme, à la Maxime Bernier par exemple, devront s'en rappeler. Cette année encore, tout comme en 2008 d'ailleurs, c'est l'État qui doit intervenir pour sauver les entreprises comme les ménages.

  • François Beaulé - Inscrit 20 mars 2020 09 h 00

    Robert Dutrisac au pays des licornes

    « au diable les déficits, ça prendra ce que ça prendra »
    « l’économie rebondira, mais on ne sait quand, ni quelle sera l’ampleur de la côte à remonter »

    Il n'est pas certain que l'actuelle stratégie de confinement pourra mener à l'éradication du nouveau coronavirus. Non plus qu'il sera possible de produire un vaccin efficace et sécuritaire, c'est-à-dire capable d'augmenter très significativement l'immunité de la communauté sans causer de souffrances plus grandes que le virus répandu naturellement. Un tel vaccin hypothétique ne pourra pas être utilisé avant 12 ou 18 mois. Peut-on supporter humainement et économiquement un confinement tel qu'on le vit actuellement pendant une si longue période ? Par exemple, peut-on garder les écoles fermées pendant un an ou deux ? Quelles seraient les conséquences ?

    J'entrevois deux possibilités. Un confinement suffisamment rigoureux pendant un mois qui permettrait de faire disparaître pour un temps le virus de notre pays. Assorti d'un contrôle strict des frontières. Si la chose n'est pas possible, il faudra laisser le virus infecter la population de manière contrôlé. Serait-il possible, par exemple, de mettre progressivement en contact les enfants avec le virus, puisque les jeunes de 1 an à 20 ans résistent très bien à cette maladie ? Il serait par la suite possible de rouvrir les garderies et les écoles sans contraintes. Il faudrait exposer ensuite les adultes de 20 à 40 ans au virus de façon ordonnée. Etc.

    Il faut développer une stratégie nationale.

  • Clermont Domingue - Abonné 20 mars 2020 11 h 05

    À la guerre comme à la guerre.

    Merci monsieur Dutrisac de laisser place aux commentaires.De 1939 à 1960, les gouvernements ont trouvé l'argent nécessaire pour écraser l'Europe et la rebâtir tout en tuant des centaines de milliers de personnes. Voilà pourquoi , avec vous, je dis au diable le déficit.

    Ottawa donne et Québec prête. Il y a une raison à cela. Québec n'a pas de banque centrale. Ottawa en a une. Québec ne peut compter que sur les taxes et les impôts pour ses revenus.Ottawa peut compter sur la BANQUE DU CANADA.Rappelez-vous les QE (assouplissements monétaires ) de 2008 et années suivantes.La Banque Centrale peut créer la monnaie qu'il faut, quand il le faut. C'est comme cela qu'elle remplacera les milliards perdus en salaires en pertes de capital et en faillites d'entreprises.

    Oui, il y a une faille dans les programmes fédéraux. Ils sont trop chiches.Les travailleurs déjà trop endettés ne pourront pas arriver avec un revenu réduit

    Le fédéral doit prendre le risque de voir notre dollar se dévaluer davantage. La priorité doit être le pain et le beurre.

    Si la crise perdure, il faut craindre pour l'approvisionnement en biens et services. Alors, nous serons dans la merde.