Ne pas négliger les aéroports

Chaque jour qui passe élève d’un cran le degré de sérieux de cette pandémie qui n’est plus une fiction au Québec, comme en fait foi le nombre de cas confirmés de la COVID-19, passés de 24 à 39 dans la seule journée de dimanche. Au Canada, quelque 313 personnes sont atteintes, et l’augmentation des cas est la plus vive en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. À l’échelle mondiale, le cap des 6000 morts a été franchi hier.

Chaque jour qui passe, les gouvernements canadien et québécois adaptent et peaufinent leur stratégie de prévention et d’action : l’objectif est d’éviter le scénario catastrophe qui a fait de l’Italie le point de mire du monde entier et l’exemple à ne pas suivre.

Sur papier — et sur graphique encore davantage —, le but visé est simple : aplanir cette fameuse courbe de contagion, de sorte qu’on ne diminuera pas nécessairement les cas de contamination, mais qu’on réussira du moins à les retarder et à les répartir dans le temps, un ingrédient indispensable pour éviter de surcharger le réseau de la santé. Les directions de la santé publique jonglent tous les jours avec plusieurs nouveaux scénarios, mais celui qu’elles redoutent le plus est celui de l’explosion simultanée des hospitalisations, qui annoncerait la catastrophe. En Italie, on doit en ce moment pratiquer la médecine de guerre : faute d’équipements et de ressources, certains ont un passeport pour la guérison tandis que d’autres sont laissés à eux-mêmes. C’est une pensée insupportable.

L’escalade des mesures annoncées de jour en jour par les gouvernements Trudeau et Legault est donc en accord parfait avec cette politique du réajustement constant — tout à fait nécessaire en temps de crise, comme en font foi les points de presse quotidiens des premiers ministres devenus malgré eux les gardiens sinon de la morale du moins d’une certaine action responsable.

Mais leur vision commune des politiques de santé publique s’arrête encore aux frontières canadiennes. Dimanche, François Legault était visiblement agacé par l’apparente mollesse des directives du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui se refuse toujours à interdire l’entrée des touristes au pays, un entêtement qui n’a pas sa raison d’être et pourrait très clairement contribuer à la propagation du virus. M. Trudeau n’a pas exclu que cette posture puisse être révisée dans l’une de ses prochaines mises à jour.

Dans le cas contraire,cette décision devra au moins s’accompagner d’un contrôle plus sévère des entrées dans les aéroports canadiens. Hier encore, les voyageurs qui rentraient au pays suivant les appels de leurs gouvernements ont découvert avec grand étonnement très peu de changement par rapport à l’ordinaire. À peine quelques signaux visuels ici et là, et, sur un écran tactile non nettoyé, une question de type coronavirus de plus pour isoler une clientèle à risque.

Puisqu’on en est à fermer les espaces de loisirs et les lieux de rassemblement d’importance, il faudrait minimalement doter les aéroports de mesures de protection et de prévention rigoureuses. Les aéroports, faut-il le rappeler, sont des zones à grand risque compte tenu du fait que la quasi-totalité des cas de COVID-19 recensés au Canada sont associés à un retour de voyage. Le Canada a promis qu’il annoncerait une gradation des contrôles à l’aéroport ce lundi.

Toutefois, dans la mise en place des mesures de contrôle, il faudra éviter de transformer les zones aéroportuaires en immenses bains de contagion, alors que des scènes de chaos inimaginables ont montré, ces dernières heures aux États-Unis, des passagers américains de retour d’Europe ayant passé plusieurs heures dans des cohues bafouant toute règle de distanciation sociale. Justin Trudeau a indiqué sans trop donner de détails que certains aéroports seraient désignés pour ces retours en masse de l’étranger, faisant suite aux décisions en cascade prises par plusieurs pays d’Europe de fermer leurs frontières.

Des milliers de retours de voyage se profilent donc sous peu à nos portes, et ils doivent se faire dans des conditions qui repoussent les risques de contagion, plutôt que de les multiplier. Suivant une logique non pas catastrophiste, mais purement mathématique, parmi ces citoyens qui vont traverser nos frontières, il y en a assurément qui seront porteurs du coronavirus. Il faudra donc, autant que faire se peut, espacer les arrivées, et permettre une cadence de contrôle sanitaire qui évitera aux gens de se retrouver coincés les uns contre les autres, en accord parfait avec les lois de la contagion. Le défi n’est pas mince.

7 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 16 mars 2020 03 h 52

    Blablabla...

    Le réel problème n'est pas que des citoyens canadiens, incluant les résidants permanents en attente de statut, reviennent en grand nombre ici. Que non. Le problème réel consiste à la non mise en quarantaine obligatoire, et non pas le "veux-tu rester chez-toi 14 semaines et ne sort pas, c'est la quarantaine réelle... et pas chez-vous ti-cul".
    La quarantaine doit être isolée, dans des camps prévus à cet effet: en arrivant = deux semaines; Puis après transfert dans un autre camp pour ceux qui n'on pas "développer" immédiatement (dans les 14 premiers jours) pour une autre pédiode de 14 jours... ainsi de suite pour 40 jours...
    Pour les "malades" déclarés lors de cette quarantaine = hospitalisation dans un autre type de camp de soins... avec bien entenu le même cheminement que les camps précédants...
    C'est la seule manière de "maintenir et controler" une épidémie de ce genre.
    Lisez un peu Mme Couinard... L'épidémie dite "grippe espagnole" puisait sa source de la non mise en quarantaine des militaires en retour de l'espace européen... Seuls les "malades" ou dignastoquiés comme tel, au retour, étaient mis en quarantaine... On connait la suite...
    Quant à ceux qui pleureront sur leur "liberté de la Charte", il vaut mieux être dans un pays où vous pouvez être soignés - ce serait-ce que dans un camp - que chez l'un des voisins planètaire qui te répond: "toé, tu fais pas partie de la gang, fac attend, pis si oin le temps, pis si on a asser de stocks"...
    Le GV-Fédéral possède toutes les lois pour agir ainsi... Deux en fait (sans parler des relants de la Loi du Secrétare aux Colinis). Et aucun article de la Charte ne peut être invoqué pour en limité l'application. Il ne s'agit ici d'ordonner le meurtre pour cause de religion, mais de graves atteintes à santé publique - qui elles tuent.

  • Marc Lapierre - Abonné 16 mars 2020 07 h 30

    Transmission communautaire du Covid-19

    C'est évident que tous les cas diagnostiqués jusqu'à présent ont été infecté à l'extérieur du Canada. Lorsqu'on transfert des personnes pour une évaluation, on nous dit que les critères actuels pour autoriser les tests de dépistage sont : Toux + Fièvre + un retour de voyage récent en provenance d'un autre pays. C'est un biais de sélection assez majeur. En d'autres mots, combien de québécois avec de la toux et de la fièvre n'ont pas subit de test diagnostic soit disant parce qu'ils n'ont pas voyagé à l'extérieur du Canada récemment, ou qu'ils n'ont pas eu de contact « connu » avec ces personnes ?

    Le 15 mars 2020, à 15h, le Québec avait fait 3789 tests diagnostics pour le coronavirus, au total, depuis le 01 janvier 2020. Sur 8,4 millions d'habitants, aussi bien dire que nous n'avons aucune idée du nombre de québécois infectés. Les mesures d'urgences du gouvernement québécois, qui semblent a première vue assez précipitées et exagérées, s'expliquent logiquement en considérant que le nombre de cas positif est probablement beaucoup plus élevé que ce qui est officiellement déclaré. En effet, vouloir "aplatir la courbe" alors qu'il n'y a que 39 cas confirmés est contreproductif puisqu'il n'y a pas de courbe à "aplatir", il n'y a pas assez de cas positif pour justifier des contraintes économiques aussi importantes que celles préconisées actuellement. À moins que les dirigeants aient réalisé qu'ils ont perdu le contrôle du "dépistage" (par manque de ressources pour les faire) et qu'ils doivent prendre des mesures en fonction d'un nombre de cas positif réel probablement beaucoup plus élevé que ce qui est officiellement déclaré. Dans ce cas, je suis d'avis que les mesures prises actuellement sont adéquates, d’autant que plus de 50% des gens infectés ne semblent pas avoir de symptômes, tout en étant infectieux, selon les références consultées. Il est primordial de protéger la population plus vulnérable à ce type d'infection (personnes âgées et/ou malades).

  • Gilles Delisle - Inscrit 16 mars 2020 07 h 34

    Des aéroports à sens unique seulement!

    Comment se fait-il que plein de monde d'ici décident d'aller en vacances dans le Sud, et ailleurs, comme ces deux jeunes filles cette fin de semaine, qui , avec sacs à dos sur leurs épaules, s'en allaient allègrement vers la Thailande! Les autorités avaient pourtant bien insisté pour que les sorties non-essentielles du pays soient bannies! Pourtant, plusieurs le font, pour aller en vacances de manière bien insouciantes! Personne ne devrait sortir de son pays pour aller ailleurs dans le monde! Si nos aéroports demeurent ouverts aux entrées d'étrangers, la crise ne pourra que s'amplifier. Encore une fois, la mollesse des autorités canadiennes à ce chapître est condamnable.

  • Pierre Rousseau - Abonné 16 mars 2020 08 h 52

    Incohérence pathétique

    On se rappellera que les gens qui ont été rapatriés de Chine par le gouvernement canadien ont été soumis à une quarantaine « forcée » de 14 jours sur une base militaire près d'Ottawa. Maintenant que la pandémie se répand, on fait marche arrière et on parle d'isolement volontaire. Évidemment, le nombre de voyageurs rend l'isolement forcé beaucoup plus difficile mais on laisse quand même entrer au pays les visiteurs étrangers qui n'ont probablement pas les moyens d'être en isolement volontaire pendant 14 jours : imaginez-vous que vous êtes en voyage et que vous avez des réservations d'hôtels et de transport pendant votre séjour... pensez-vous que les visiteurs étrangers vont annuler leurs itinéraires pour être en isolement volontaire ? Voyons, ce n'est pas sérieux, car pourquoi venir ici pour se retrouver dans une chambre d'hôtel pendant 14 jours ?

    La gestion des aéroports par le gouvernement Trudeau est pathétique au point où même les douaniers commencent à ruer dans les brancards. Il aurait fallu fermer les aéroports aux visiteurs étrangers pour au moins donner la chance aux Canadiens de revenir chez eux en réduisant les risques posés par ces visiteurs.

    Il n'est pas question de fermer les frontières comme le souhaitent les conservateurs mais d'agir avec intelligence pour réduire les risques. Le commerce international avec les ÉU est vital pour l'économie du pays et il y a moyen de contrôler la frontière terrestre sans la fermer. Toutefois, les aéroports sont des foyers très importants d'entrée de l'infection au pays et il est relativement facile de les fermer aux visiteurs étrangers. Surtout que maintenant on demande aux aînés de rester chez eux mais on laisse entrer au pays les vecteurs les plus importants de l'infection...

  • Cyril Dionne - Abonné 16 mars 2020 08 h 56

    Beaucoup trop tard...

    C'est trop tard maintenant pour cela, les contagions communautaires ont déjà commencées (voir Ottawa). Maintenant, il est plus important de respecter des habitudes d'hygiène draconiennes et de se mettre en quarantaine si on est infecté même si on aurait dû fermer ces foutues frontières hier. Et pour tout cela, on doit remercier notre enfant roi, Justin le postnational irréfléchi qui joue le rôle de premier ministre. Il faisait moins de dommage lorsqu’il travaillait dans une école privée à temps partiel comme professeur d’art dramatique.