Un électrochoc utile

Au moment où ces lignes étaient écrites, 17 personnes étaient atteintes de la COVID-19, 266 sont en cours d'examen et 798 éprouvaient le soulagement d’avoir été déclarées négatives, ceci dans tout le Québec. On ne recense aucun mort, aucune transmission « locale », tous les cas rapportés touchant des gens qui revenaient d’un séjour à l’étranger.

C’est en soi un immense triomphe (même si la bataille est loin d’être gagnée) que l’on doit à la prudence de la Direction de la santé publique et du gouvernement de François Legault. La décision de fermer toutes les écoles, les cégeps, les universités et les centres de la petite enfance (CPE) s’inscrit dans cette logique de gestion du risque face à un virus qui s’est moqué des frontières pour atteindre le stade de la pandémie mondiale à une vitesse insolente. L’heure est grave, si grave que, même le plus indolent des leaders mondiaux, le président américain Donald Trump, se voit forcé de déclarer l’état d’urgence nationale, après avoir passé la semaine à banaliser l’ampleur de la crise.

Le retard pris par les États-Unis dans la lutte contre la pandémie force le gouvernement Trudeau à accélérer les mesures de resserrement dans les aéroports et aux postes frontaliers pour réduire l’afflux de voyageurs étrangers, comme le demande le premier ministre Legault. Le Québec contient bien la menace intérieure jusqu’ici, mais il a besoin de l’appui d’Ottawa pour que ce travail ne s’effondre pas comme un château de cartes au premier touriste mal examiné aux frontières.

Malgré tous les inconvénients qu’elle cause, la mise sur pause du réseau scolaire québécois est accueillie avec un certain soulagement par les syndicats de l’enseignement et les associations de parents. Enfin, les directives sont claires et uniformes pour tous les établissements d’enseignement. Les deux prochaines semaines seront complexes pour les parents, surtout ceux qui ont de jeunes enfants. Le gouvernement Legault demande aux employeurs de faire preuve de souplesse, mais ceux-ci ne pourront éviter les maux de tête occasionnés par la présence en leurs rangs de parents déchirés entre leurs responsabilités parentales et leurs obligations professionnelles.

C’est un moindre mal pour contenir la propagation du virus, l’objectif ultime du gouvernement qui appelle à notre solidarité et notre responsabilisation collective. Il ne manquera pas de nourriture et de papier hygiénique dans les commerces d’alimentation. Autant cesser de se bousculer et de s’invectiver dans l’allée des cornichons.

Une mesure aussi draconienne que la fermeture des écoles peut générer des angoisses d’une ampleur apocalyptique. Les quelque 5000 décès enregistrés à travers le monde sont préoccupants. Mais la COVID-19 n’est pas l’incarnation moderne de la grippe espagnole. Le taux de mortalité des personnes infectées est d’environ 3,5 %, avec des variations importantes d’un pays à l’autre. La plupart des personnes atteintes du coronavirus y survivront comme on survit à une sale grippe.

L’électrochoc infligé par le gouvernement Legault ne tient pas au potentiel létal du virus. Il vise à éviter le scénario italien, où le système de santé, parmi les meilleurs au monde, est en voie d’effondrement sur lui-même avec un bilan à ce jour de près de 18 000 personnes infectées et 1300 morts. Ce plan de contingence est nécessaire pour limiter la propagation du virus et préserver la capacité immédiate et future du réseau de la santé. C’est une longue bataille qui s’annonce. Le Québec se donne les moyens de la remporter.

9 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 14 mars 2020 07 h 21

    Les enfants et covid-2019

    Covid-2019 est encore relativement peu connu. L'immunité apparente des enfants à covid-2019 et au SRAS pourrait être attribuable à un facteur biologique inconnu. Selon une autre hypothèse, les enfants n'échapperaient pas à Covid-2019 mais ils seraient asymptomatiques, probablement immunisés par une plus grande exposition aux autres coronavirus bénins à l'école. Si cette deuxième hypothèse est juste, les enfants seraient des vecteurs redoutables de transmission.
    Je ne suggère pas qu'on les mette dehors, puisqu'il fait encore frais, mais il est sage d'éviter le bouillon de culture scolaire.

    «Les 10 questions que vous vous posez sur le coronavirus » France Culture, 10 mars 2020
    «Why Coronavirus Seems to Be Striking More Adults Than Kids» Times, 31 janvier 2020

  • Bernard Terreault - Abonné 14 mars 2020 08 h 33

    Constatations à élucider

    Le taux de mortalité du COVID-19 en Italie est catastrophique, autour de 8%, bien supérieur à celui d'ailleurs, par exemple au Canada il est moins de 1%, aux ÉU autour de 3-4% comme en Chine, moindre en Corée, etc. Pourquoi ?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 14 mars 2020 11 h 53

      Interdir les vols en provenance d'Italie et d'Iran devient essentiel...

  • Yvon Beaudoin - Abonné 14 mars 2020 11 h 36

    Changer de disque M. Myles

    Changer de disque M. Myles, Trump n'a rien à voir avec l'augmentation des cas de corona-virus au Canada. Toutefois, on a tous recu un électro-choc mercredi soir quand Donald Trump a décrété pour vendredi l'arrêt des vols en provenance de l'Europe(sauf avec les Îles britanniques). C'est le point tournant de la semaine. A partir de cette annonce faite mercredi soir, tout c'est mis à aller tres vite. Le gouvernement du Québec et Francois Legault en première ligne ont accelere les mesures a prendre pour freiner la progression du virus. On doit tous s'en féliciter quand on regarde ce qu'il se passe au même moment en Italie.
    Toutefois comme a son habitude depuis le retour au pouvoir des liberaux, Ottawa est à la traîne. C'etait pathétique d'entendre Mme. Freeland ou Mme. Hajdu parler en conférences de presse. On ne parlera pas de celles de Justin. Notons que le virus n'entre pas au Canada par le vent ou sur les fruits et légumes importés mais est transporté par des humains en chairs et en os. Les canadiens s'attendent que les contrôles aux frontieres ne se limitent pas seulement au Bonjour-Hi des agents de l'agence des services transfrontaliers du Canada. Espérons que le fédéral se rattrape et vite et mette en place les mesures appropriées dans les aéroports.

  • François Beaulé - Inscrit 14 mars 2020 11 h 39

    La fermeture des écoles est une mesure douteuse à ce stade

    Puisque, jusqu'à maintenant au Québec ( ce qui n'est pas le cas aux États-Unis ), les cas officiels d'infections par le coronavirus ont tous été reliés à des voyages à l'étranger, notamment en Europe. S'il n'y a pas eu encore de transmission communautaire, alors pourquoi fermer les écoles ?

    Une hypothèse est que le directeur de la Santé publique, Horacio Arruda, craint que cette transmission communautaire ait déjà commencé, même si cela ne peut être établi objectivement, et qu'il veut tenter de la stopper. Mais l'effet serait au mieux de remettre le compteur à zéro. En soit, cette fermeture des écoles pendant 2 semaines, n'empêchera pas l'entrée de personnes infectées au Québec et au Canada, en provenance de l'Europe et, de plus en plus, des États-Unis, là où l'épidémie a déjà commencé par transmission communautaire.

    L'épidémie fait rage en Europe, là où des pays comme l'Italie, la France, l'Allemagne, la Suisse, l'Espagne, le Royaume-Uni, etc., voient le nombre des personnes infectées augmenter de façon exponentielle. Rien ne permet de croire que les États-Unis pourront stopper l'épidémie chez eux. Et si la tendance se maintient, l'Europe non plus, malgré des systèmes de santé mieux organisés et plus accessibles que ceux des États-Unis.

    • Pierre Fortin - Abonné 14 mars 2020 18 h 34

      Monsieur Beaulé,

      Le problème est que se baser sur les cas de contamination détectés est trompeur, car le nombre de gens contaminés réel est bien supérieur. C'est ce que nous a appris rétrospectivement l'expérience chinoise. Lorsqu'on a mesuré 100 cas à Wuhan, le 21 janvier, il y en avait 1 500 en réalité; et quand on l'a mis en quarantaine en en comptant 400, le 23 janvier,il y en avait 2 500. Ce qu'on ignorait. C'est pour cette raison que l'Italie connaît aujourd'hui une perte de contrôle, avec un taux de mortalité de l'ordre de 8% et un système de santé débordé par la demande de soins. Les mesures sanitaires ont trop tardé, laissant la contamination s'accroître exponentiellement. On estime que chaque personne atteinte en contamine de deux à trois.

      À ce stade, la mesure la plus efficace, outre les soins hygiéniques et le dépistage, est de réduire la promiscuité entre les personnes; tout en ne sachant pas l'ampleur réelle de la menace. Mais on ne veut surtout pas vivre le sort de l'Italie, il ne faut pas en arriver à ce que nos services de santé soient submergés.

      Bonne nouvelle, l'Italie a reçu le soutien de neuf spécialistes et de tonnes de matériel chinois vendredi. La Chine considère que la CoVid-19 est un problème humanitaire qui concerne tout le monde. Chose certaine, l'entraide internationale serait une arme de plus.

      Et comme une fleur qui sort du fumier, on verra peut-être germer un sentiment d'appartenance à la communauté au cœur de cette tourmente.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 14 mars 2020 15 h 35

    L'éloquence d'une courbe exponentielle!

    Il est clair qu'un Québec en plein contrôle de ses frontières aurait instauré tout de suite un filtre efficace des cas problématiques à ses points d'entrée, surtout s'il avait fait preuve d'autant de leadership éclairé que maintenant.

    Bien entendu, une anxiété généralisée pour une fois à bon escient nous aurait fait réagir bien plus tôt encore, sans doute dès les premiers signets avant-coureurs dans l'actualité internationale au tout début de décembre dernier.

    Je ne peux pas le prouver, mais je suis intimement persuadé que cette cohconnerie de méga-rhume qui peut tuer se cache déjà chez nous parmi les diverses souches de grippes et d'infections respiratoire qui courent la galipote dès la fin de l'automne.