Une question de cohérence

Le premier ministre Justin Trudeau a annoncé vendredi que les citoyens canadiens qui rentrent au pays devront volontairement se mettre en isolement pour une période de 14 jours. En cela, il reprend la même demande que François Legault avait faite, jeudi, aux Québécois qui débarquent en provenance de l’étranger, quel que soit le pays.

Parallèlement, l’Agence de santé publique du Canada a émis un avis recommandant aux Canadiens d’éviter tout voyage non essentiel à l’étranger.

Les arrivées des vols internationaux ne pourront plus se faire qu’à un nombre restreint d’aéroports, de façon à y concentrer les ressources de surveillance. Il était temps qu’Ottawa prenne l’enjeu du contrôle des frontières avec plus de sérieux.

Car depuis le début de la crise, les aéroports exercent un contrôle des voyageurs pour le moins variable et pour tout dire, déficient. On nous a appris qu’un patient souffrant de la COVID-19 s’est retrouvé à l’Hôpital juif après avoir passé à travers les mailles du système. Il revenait d’une croisière en Floride. À LCN, deux jeunes femmes qui avaient séjourné dans le nord de l’Italie, un foyer critique de contagion en Europe, ont confié avoir été surprises que les autorités aéroportuaires fédérales ne leur imposent aucune exigence.

Vendredi, François Legault a demandé à Justin Trudeau de limiter l’entrée des visiteurs au Canada, y compris les voyageurs en provenance des États-Unis.

C’est une question de cohérence, avance le premier ministre québécois, et en ce sens, il a parfaitement raison. Si on recommande aux citoyens d’éviter les voyages à l’étranger, on peut se demander pourquoi le Canada accueillerait des touristes et les étrangers voyageant par affaires qui, manifestement, n’ont aucune intention de se placer en quarantaine pendant deux semaines.

La longue frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis pose un défi particulier. The New York Times rapportait, vendredi, que la ville de New York, à elle seule, comptait 400 personnes atteintes. Les États-Unis sont devenus un foyer autonome de contagion.

On ne peut certes interdire aux camions et aux trains de transporter entre les deux pays les marchandises d’une valeur quotidienne de plusieurs milliards. Mais on peut envisager de limiter l’afflux de voyageurs américains. Justin Trudeau n’a pas exclu cette possibilité. Il faudra peut-être s’y résoudre dans les jours qui viennent s’il appert que les États-Unis arrivent mal à contenir la contagion de leurs citoyens.

2 commentaires
  • Pierre G. Blanchard - Abonné 14 mars 2020 14 h 09

    Prévoir pour mieux guérir

    L'évolution de la situation aux USA est à surveiller de près vu le manque important de tests diagnostiques et le retard dans la constitution de stocks. Si la situation s'aggrave, sachant que des pénuries récentes ou de coûts éxagérés de certains médicaments avaient produit une augmentation marquée des visites d'un jour au pays pour l'achat de médicaments ou l'accès aux cliniques privées, faut-il s'attendre à un tel phénomène de citoyens US ayant des symptomes ou à risque ? Du moins, faudrait-il avoir un contrôle plus serré aux postes frontières ?

  • Jean Thibaudeau - Abonné 15 mars 2020 03 h 32

    "Il faudra peut-être s’y résoudre dans les jours qui viennent..."??? ABSURDE! Il est déjà trop tard. Si Ottawa était moins obsédé par sauver le portefeuille des actionnaires et plus par la vie des citoyens, ça serait déjà fait.