L’exigeant chantier de la main-d’oeuvre

Dans le budget déposé par le ministre des Finances, Eric Girard, une seule nouvelle mesure est susceptible d’avoir un effet significatif sur la rareté de la main-d’oeuvre qui a cours au Québec et dont se plaint le patronat. Il s’agit du crédit d’impôt à l’investissement et l’innovation pour l’achat d’équipement automatisé, de matériel informatique et de progiciels.

Le principe de ce crédit d’impôt n’est pas nouveau, mais il est maintenant offert aux sociétés de tous les secteurs d’activité, et pas seulement aux entreprises manufacturières.

Le gouvernement Legault répond à la rareté de main-d’oeuvre en encourageant les entreprises à réduire leur besoin de personnel grâce à la technologie, ce qui les amènera à hausser leur productivité, un des principaux objectifs économiques du gouvernement Legault.

Lors de son premier budget l’an dernier, Eric Girard s’était plutôt appuyé sur des mesures touchant directement la main-d’oeuvre et visant principalement à inciter les travailleurs de 60 à 64 ans à demeurer sur le marché du travail. L’initiative est limitée mais, avant d’en faire davantage, le gouvernement veut en évaluer l’efficacité.

Mais si on voulait sérieusement agir en ce domaine, il faudrait modifier les règles fiscales touchant les revenus d’emploi en lien avec le régime de la Régie des rentes du Québec (RRQ) et le Supplément de revenu garanti (SRG). À l’heure actuelle, de lourdes ponctions attendent les travailleurs âgés qui reçoivent ces rentes.

À moins d’une récession, la rareté de la main-d’oeuvre est là pour de bon, nous disent les économistes. C’est d’ailleurs un phénomène qui déborde nos frontières. Cette rareté peut avoir un effet bénéfique : elle force les entreprises à améliorer leur productivité. C’est d’ailleurs ce qui est arrivé l’an dernier au Québec.

Du côté des milieux d’affaires, on mise essentiellement sur l’immigration. Le Conseil du patronat du Québec (CPQ) voudrait qu’on admette tous les immigrants issus du Programme d’expérience québécoise (PEQ) — des travailleurs et étudiants étrangers déjà présents au Québec — sans déduire leur nombre de celui des candidats sélectionnés à l’étranger à titre de travailleurs qualifiés. Une telle proposition gonflerait le nombre d’immigrants reçus annuellement de 44 500 à 66 000. D’autres associations patronales avancent des chiffres allant de 70 000 à 80 000 admissions.

De fait, le PEQ, que le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon-Jolin-Barrette, a tenté de réformer maladroitement l’automne dernier, a explosé : il compte aujourd’hui pour 86 % des quelque 26 000 immigrants que le Québec « choisit » contre 5 % il y a dix ans. Or, il ne s’agit pas d’un choix puisque le programme est une voie rapide et automatique pour obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ). Certes, on peut considérer que les candidats du PEQ sont déjà intégrés, mais malheureusement, ils contribuent peu à réduire les pénuries de main-d’oeuvre.

Une hausse générale des seuils d’immigration n’est pas une panacée pour l’économie du Québec. C’est plutôt un mirage.

1 commentaire
  • Mario Jodoin - Abonné 12 mars 2020 00 h 56

    Je ne comprends pasééé

    «Certes, on peut considérer que les candidats du PEQ sont déjà intégrés, mais malheureusement, ils contribuent peu à réduire les pénuries de main-d’oeuvre»

    Pourquoi? Parce que ces personnes travaillent déjà? Oui, mais, si on en accueille moins, elles partiront, accentuant la pénurie. Je sais que cet éditorial devait être court parce qu'il y en a deux aujourd'hui, mais il manque sûrement un élément à ce raisonnement, à moins qu'il soit simplement mal fondé.