La route sera longue

Le Québec a réalisé des progrès majeurs en matière de gestion des finances publiques et se retrouve aujourd’hui en bien meilleure posture qu’il y a dix ans. L’exercice a été douloureux, et bien des services publics ont pâti de la rapidité d’exécution. Mais le résultat est là : on a retrouvé une certaine marge de manoeuvre pour réinvestir en santé et en éducation tout en réduisant la dette nette, ce qui se manifeste par une baisse significative de la place occupée par le versement d’intérêts sur les sommes empruntées.

Alors que les intérêts accaparaient 10 % des recettes budgétaires au début de la décennie et même 15 % 10 ans plus tôt, ce ratio n’est plus que de 7,6 % (soit 1040 $ par habitant). La faiblesse des taux y est pour quelque chose, évidemment, mais la diminution nette de la dette en pourcentage du PIB au lieu des augmentations récurrentes auxquelles nous étions habitués explique aussi le phénomène.

En dépit de ces progrès, le versement d’intérêts occupe toujours le troisième rang dans les dépenses, après la santé et l’éducation, et à 39,7 % du PIB, comparativement à 30,3 % pour la moyenne canadienne, la dette nette du Québec est encore la plus élevée. Cela dit, nous avons comblé l’écart avec l’Ontario, qui n’est toujours pas parvenu à résorber les déficits annuels laissés par la dernière récession.

 

Depuis cinq ans, le gouvernement du Québec a enregistré des excédents annuels totalisant pas moins de 21 milliards en incluant les sommes versées au Fonds des générations pour réduire la dette. C’est beaucoup d’argent pour une province pauvre, ce que nous sommes toujours comparativement à la moyenne canadienne, dont le PIB par habitant est supérieur au nôtre de 19,5 % (17,2 % pour l’Ontario). Ce qui explique que nous soyons encore bénéficiaires de cette fameuse péréquation fédérale à hauteur de quelque 13 milliards de dollars cette année.

En somme, malgré quelques constats assez réjouissants, dont un taux de chômage de 4,5 %, le plus bas de notre histoire contemporaine, le Québec ne nage pas dans la richesse, même s’il aspire à une qualité de services publics de très haut niveau.

Dans une étude qu’il vient de publier, le bureau du Directeur parlementaire du budget (DPB) à Ottawa soutient que le gouvernement fédéral pourrait se permettre de réduire les impôts ou d’augmenter les dépenses de 41 milliards de dollars par année sans influer sur son ratio d’endettement. Pour les provinces, c’est l’inverse : à cause du vieillissement de la population, il leur faudrait « augmenter les impôts et les taxes ou réduire les dépenses de l’ordre de 0,3 % du PIB (6 milliards en dollars) de façon permanente », notamment à cause des dépenses en santé.

Dans le cas du Québec, le DPB en arrive à la conclusion que ses finances publiques sont « viables » à long terme. Mais en y regardant de plus près, on constate que cette prévision optimiste inclut comme variable hypothétique des hausses récurrentes de revenus de péréquation dues à la faiblesse de notre économie par rapport à la moyenne canadienne. Ce qui est une moins bonne hypothèse !

 

Dans une autre étude publiée l’automne dernier par la Chaire en fiscalité et finances publiques de l’Université de Sherbrooke, les chercheurs sont arrivés à la conclusion que la plus grande partie des surplus enregistrés récemment par le Québec était due au fait que notre économie avait obtenu de meilleures performances que ce que son potentiel laissait prévoir. Un résultat inespéré dans un contexte qualifié d’austère par l’opposition, ou de rigoureux par le gouvernement libéral en place.

En revanche, si les prévisions actuelles du ministère des Finances se concrétisent, il faut s’attendre à ce que les prochains excédents budgétaires soient plus fragiles, et même à ce que le Québec renoue avec les déficits d’ici la fin de la décennie.

De ces différentes analyses, il ressort que le Québec a encore bien des croûtes à manger pour combler l’écart qui le sépare des provinces comme l’Ontario, l’Alberta, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. Le premier ministre albertain peut toujours se plaindre des difficultés de sa province, les Albertains seront encore pour longtemps les Canadiens qui gagnent les plus hauts salaires, qui paient le moins de taxes et dont la dette provinciale est à peu près nulle.

Si le premier ministre François Legault et la CAQ aspirent à les rejoindre au palmarès sans succomber à la tentation d’exploiter les hydrocarbures, il faudra que le Québec forme mieux ses jeunes, qu’il incite les plus vieux à poursuivre leur vie active, qu’il attire et intègre plus de travailleurs étrangers et convainque les entreprises, surtout les PME, d’investir beaucoup plus pour améliorer leur productivité.

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