La victime parfaite n’existe pas

Le verdict de culpabilité pour viol et agression sexuelle prononcé lundi à New York contre le producteur déchu Harvey Weinstein symbolise la victoire du percutant mouvement #MeToo, mais fait aussi la preuve que certains débats sociaux menés avec cohérence et retentissement résonnent jusque dans les cours de justice, disposées alors à faire évoluer leurs mentalités.

Mais comme il en aura fallu du temps. Pour déboulonner le mythe de la victime parfaite — celle qui a subi une agression porte plainte immédiatement aux autorités et coupe illico tout lien avec son agresseur —, il aura fallu que dans l’enceinte de plusieurs cours des victimes soient cuisinées avec brusquerie sur leur tenue, leur profession, leur manque de courage et de combativité, et l’absurdité du maintien d’un lien avec leur agresseur. Des femmes déjà brisées, déjà ébranlées par l’épreuve difficile de la comparution en cour, ont été démolies une seconde fois, car leur démarche est restée vaine. Weinstein croupit en prison, affublé désormais du titre de violeur, loin de la gloire du star system. Mais pour les quelques Weinstein épinglés, combien d’agresseurs en cavale, libérés d’une condamnation en raison de l’incapacité d’un système à saisir les complexités sous-jacentes aux agressions sexuelles ?

Que retenir du procès Weinstein, hormis ces femmes et leur courage brandi à la face du monde ? D’abord, les deux porteuses de la cause, et puis ces 80 femmes ayant dénoncé agressions ou harcèlement sexuels de la part de Weinstein depuis 2017. Ensuite un mouvement #MeToo mondial rivé à cette cause symbolique, qui se serait difficilement remis d’une absolution.

On retiendra aussi le témoignage de la psychiatre Barbara Ziv, venue offrir au jury un précieux enseignement sur les parcours de victimes, détruisant au passage des mythes persistants. Oui, ces femmes connaissent très souvent leur agresseur. Non, elles ne portent pas plainte systématiquement. Et oui, elles demeurent souvent en contact avec lui après l’agression. À New York, la défense a tenté de saper les témoignages de Jessica Mann et d’Annabella Sciorra en pointant les liens que toutes deux avaient entretenus avec le producteur après les agressions dont elles ont témoigné.

Souhaitons, comme le président des experts, que l’affaire Weinstein signe le début d’une nouvelle ère dans le traitement juridique des agressions sexuelles. Il était temps.

18 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 27 février 2020 03 h 06

    « le témoignage de la psychiatre Barbara Ziv, venue offrir au jury un précieux enseignement sur les parcours de victimes» (Marie-Andrée Chouinard)


    Ne manquera plus que d'assigner un devin, pour indiquer les éléments factuels des événements délictueux

    • Hélène Lecours - Abonnée 27 février 2020 09 h 17

      Quel rapport ?

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 27 février 2020 10 h 25


      Ca suffit là..

  • Claude Gélinas - Abonné 27 février 2020 03 h 46

    Non assistance à personne en danger !

    Que dire des complices du producteur qui durant toutes ces années ont couverts par leur silence ses abus.

    • Daphnee Geoffrion - Abonnée 27 février 2020 10 h 29

      Absolument, complicité d'agression, ca frise le crime sexuel "organisé":
      Des gens formés nettoyais les lieux, rapportaient les effets à celle qui ce sont sauvées en panique et s'assuraient de leur silence.
      C'est très grave et rien ne changera si nous ne considérons pas ces gens comme complice avec une peine sévère.
      Weinstein n'aurait pas pu y arriver aussi bien et aussi longtemps sans eux.

  • Serge Lamarche - Abonné 27 février 2020 04 h 40

    Faut remercier l'internet

    Weinstein n'était apparemment pas le parfait criminel non plus.

  • Claudette Bertrand - Abonnée 27 février 2020 08 h 14

    Pensons-y....

    Le corrolaire qu'il n'y ai pas de victimes parfaites est qu'il n'y a pas d'agresseurs parfaits....Il faut absolument dissocier les discours idéologiques des nuances et des faits qui permettent à un juge ou un jurés de décider de la culpabilité d'une personne...et il est à souhaiter que l'on s'en tiennent à ceux-ci si l'on ne veut pas que nos cours de justice deviennent des tribunaux partiaux.

  • Paul Gagnon - Inscrit 27 février 2020 09 h 03

    La victime parfaite n’existe pas

    mais le parfait coupable, si.
    Il a maintenant un nom (au moins un).