Une agriculture du XXIe siècle

La Commission de l’agriculture, des pêcheries, de l’énergie et des ressources naturelles (CAPERN) a déposé un rapport valable sur les impacts des pesticides dont l’esprit milite pour la réduction de l’usage en agriculture de ces produits nocifs. C’est d’ailleurs la première des 32 recommandations de ce rapport unanime.

Il aura fallu toutefois les pressions de la députée libérale Marie Montpetit et de sa collègue de Québec solidaire Émilise Lessard-Therrien pour que la CAPERN, qui s’était pourtant donné un mandat d’initiative, n’accouche pas d’une souris. Les deux élues ont peut-être brisé les règles de confidentialité entourant les travaux d’une telle commission, mais il est inacceptable que les députés gouvernementaux, répondant aux ordres du pouvoir exécutif, puissent dénaturer les conclusions auxquelles l’exercice conduit pour les rendre insignifiantes. Si des députés se donnent un mandat d’initiative, ils devraient non seulement avoir le droit, mais se faire un devoir d’analyser rigoureusement et en toute indépendance l’enjeu qui les préoccupe. Par la suite, le gouvernement a tout le loisir de retenir ou non leurs recommandations.

D’une façon générale, le rapport préconise que le gouvernement rehausse grandement la qualité des données sur les pesticides, sans aller jusqu’à l’implantation d’un registre détaillé de leur usage, ce qui était réclamé par les scientifiques. Il demande qu’une étude épidémiologique soit menée sur les effets des pesticides, étude dont les résultats pourraient conduire à la révision de la liste des maladies professionnelles.

Le rapport nous apprend que l’usage de semences non enrobées de pesticides, notamment de néonicotinoïde, cette substance tueuse d’abeilles, rend les producteurs inadmissibles à l’assurance récolte de la Financière agricole, une belle aberration. Quant aux agronomes vendeurs de semences, il y a tout lieu de renforcer leur code de déontologie pour éviter les conflits d’intérêts patents, signalent les élus.

L’Union des producteurs agricoles (UPA) plaidait pour un soutien financier de l’État afin de permettre aux agriculteurs d’adopter des pratiques plus vertes. Le rapport y fait allusion, tout en restant vague sur la hauteur de cette aide financière. La réduction draconienne des quantités de pesticides répandues, surtout à titre préventif, est évitable, mais elle peut affecter les rendements et, donc, les coûts. C’est d’ailleurs l’argument des défenseurs des pesticides, qui soulignent que le marché est avant tout mené par les prix et que la concurrence vient d’ailleurs.

Il fut un temps, au siècle dernier, où l’utilisation généralisée des pesticides, associée à la fertilisation intensive, représentait le nec plus ultra de la modernité. De nos jours, ce sont les méthodes alternatives de culture, dans une optique d’agriculture durable, qui incarnent la modernité. Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, doit présenter au printemps son plan pour l’agriculture durable. Espérons qu’il ne ratera pas l’occasion de favoriser le développement au Québec d’une agriculture du XXIe siècle.

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