Ottawa ne peut éluder ses responsabilités

Des membres de la nation autochtone wet’suwet’en ont dressé des barricades pour bloquer la construction du gazoduc Coastal GasLink sur leur territoire traditionnel dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Lundi, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) a procédé à l’arrestation de sept personnes, ce qui s’ajoute aux 21 arrestations que la police a effectuées depuis jeudi de la semaine dernière.

Pour appuyer la nation wet’suwet’en, des Autochtones et des sympathisants ont entrepris de bloquer la voie ferrée du Canadien National (CN) un peu partout au pays, notamment des Mohawks de la communauté de Tyendinaga, près de Belleville en Ontario. Fut également visée la ligne du train de banlieue qui traverse la réserve de Kahnawake sur la Rive-Sud, dans la région de Montréal. Le transport ferroviaire est interrompu entre Toronto, Ottawa et Montréal, tout comme en Gaspésie où des Micmacs, de Listuguj, ont dressé des barricades.

La déclaration la plus inconséquente à ce sujet est venue du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui enjoignait aux autorités provinciales d’envoyer les policiers afin de faire respecter les injonctions. Si, en Ontario, le CN a obtenu des injonctions pour que cessent les occupations, aucune injonction ne fut demandée relativement au train de banlieue reliant Candiac au centre-ville de Montréal. Si une telle injonction était obtenue, ce serait aux Peacekeepers de Kahnawake de la faire respecter.

Il va sans dire que le gouvernement Legault — c’est le bon sens même — n’a aucune intention de se laisser entraîner, comme Marc Garneau le suggère, dans un affrontement avec les Autochtones pour un lointain projet de gazoduc en Colombie-Britannique. Les Québécois gardent un très mauvais souvenir de la crise d’Oka de 1990, dont le futile point de départ était la construction d’un club de golf.

D’ailleurs, le blocage du transport ferroviaire est une réaction aux arrestations auxquelles a procédé la GRC sur le territoire de la nation wet’suwet’en. Il ne faut surtout pas s’inspirer du corps de police fédéral qui, selon ses notes stratégiques dont a fait état en décembre le quotidien britannique The Guardian, était prêt à user de « violence » et d’une « force létale » pour venir à bout de l’occupation du site de construction du Coastal GasLink. C’est à la fois stupide et dangereux.

Au lieu d’inciter la police à sévir, Ottawa devrait plutôt assumer ses responsabilités et négocier. L’affaire est complexe puisque le projet de gazoduc est approuvé par les 20 chefs de bandes wet’suwet’en, qui y voient un intérêt économique, et qu’il est rejeté par la presque totalité des chefs héréditaires de la nation. L’ironie de la situation, c’est que le pouvoir des chefs de bande, élus démocratiquement, fut instauré par la Loi sur les Indiens, une loi étrangère aux Autochtones et aux visées colonialistes, tandis que le pouvoir des chefs héréditaires, bien souvent exercé par des femmes, est ancré dans une tradition millénaire.

Jeudi, le ministre fédéral des Services aux Autochtones, Marc Miller, s’est enfin manifesté en se proposant de rencontrer samedi les Mohawks de Tyendinaga, dans la mesure où ils lèvent leur siège, tandis que le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, a accepté de rencontrer les chefs héréditaires wet’suwet’en.

Le gouvernement Legault devrait tirer des enseignements de la situation délicate dans laquelle sont empêtrés Ottawa et Victoria. Plutôt que de réagir à la pièce, Québec devrait envisager d’instaurer un forum parlementaire permanent avec les Premières Nations, comme l’énonçait en 1985 René Lévesque dans sa célèbre motion de reconnaissance des nations autochtones.


 
9 commentaires
  • Pierre Rousseau - Abonné 14 février 2020 08 h 23

    Le festival des injonctions ou la réconciliation au bout du canon d'un fusil

    Vous avez parfaitement raison. Il faut aussi savoir que ça fait plus de 3 ans que la situation est prévisible et il y a environ un an notre chère police coloniale attaquait les barricades des Wet'suwet'en et procédait à l'arrestation de ces gens. Le tout s'était réglé par une espèce de « cessez-le-feu » puis, depuis, aucune consultation avec les chefs traditionnels...

    Les gouvernements savaient très bien que la gouvernance traditionnelle s'occupait du territoire traditionnel qui était revendiqué par la nation depuis très longtemps, surtout qu'ils étaient allés devant les tribunaux pour faire valoir leurs droits (affaire Delgamuukw, jugement de la Cour suprême du Canada en 1997). La Cour avait ordonné un nouveau procès car le juge de première instance avait commis des erreurs de droit - donc retour à la case départ après avoir dépensé plus de 10 millions $...

    Quand on se targue de réconciliation mais qu'on agit en pouvoir colonial et que les tribunaux ne sont pas à la hauteur pour traiter de ce dossier, que reste-t-il aux peuples autochtones pour faire valoir leurs droits ? La Déclaration des NU sur les droits des peuples autochtones qui relfète assez bien le droit international en l'espèce a été ignorée à tour de bras et l'ironie c'est que la CB est la première juridiction au Canada à l'adopter dans ses lois... Où est l'erreur ?

    Plusieurs autochtones se rendent compte que le système colonial cherche toujours à les dépouiller de leurs droits et de leurs territoires avec toutes sortes de prétextes et ils n'ont pas d'autre choix que de manifester pour les faire valoir. C'est vrai que ça dérange mais en tant que membres de la société dominante ce n'est qu'un juste retour des choses qu'on sente ce que le colonialisme a pu faire à ces peuples. Ils souffrent beaucoup plus que quelques dérangements de train et d'économie. Leurs vies sont à haut risque et on les ignore, comme les peuples invisibles qu'ils sont. Alors, assez c'est assez et on devra les écouter.

  • Daniel Grant - Abonné 14 février 2020 08 h 24

    Les autochtones devraient s’inspirer des Navajos qui ont compris qu’on est jamais si bien servi que par soi-même.

    Ils sont presqu’à 100% énergies renouvelables avec la ‘Kayenta Solar Generation’ et ne dépendent plus de la centrale au charbon NGA qui ne servait pas tous les Navajos et qui ferme de toute façon.
    https://climatereality.com/blog/when-communities-ditch-coal-and-go-all-renewables-everybody-wins?utm_source=advocacy&utm_medium=email&utm_campaign=general&utm_content=realitynow-email-2-0220&mkt_tok=eyJpIjoiTldWa01tRTJabVV3TWpnMSIsInQiOiJ1YjJLYWNPVEcwRWxpaGFaditHN3Z5QjkwUk84YVAwK05XRzNJV1NEMnlZN1wvTzIrWWpHSENOMWUrVGpoWFBtdk1tSjBuOUZuSkN6MVhYdFFxdCtpTHhrQUNjaU9ScnltS1JHRmh3VkZrelplalVqQmJyRXMzRllZdzJcL0dpRDVIIn0%3D

    Les Navajo ont compris que l'énergie solaire coûte moins chère, tout le monde y gagne pcq ça profitent à tout le monde même en incluant les coûts de démantèlement des vielles centrales polluantes au gaz naturel ou charbon.

    Et nous les visages pâles devriont s'inspirer des villes modernes qui sont à 100% énergies renouvelables comme Burlington VT, Greensburg KS, Aspen CO, Glenwood Springs CO

    Un déversement d’énergie solaire ça s’appel une belle journée.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 14 février 2020 08 h 46

    La vie n'est pas rose dans ce Dominion!

    Face à un contexte qu'il a lui-même forgé, le PLC et son chef, maintenant minoritaires à Ottawa, sont dans de sales draps! En demandant l'aide des provinces pour venir à l'aide et partager la situation, le gouvernement fédéral doit réviser ses priorités et pourquoi pas dissoudre son gouvernement qui ne mène nulle part! Il serait temps que le PM comprenne que les Autochtones n'ont rien à faire de ses élucubrations, encore moins celles de ses petits amis des compagnies pétrolières! Ça prend une personne de caractère pour faire avancer et diriger un pays dont les disparités tant économiques, politiques, sociales sont si grandes!
    Ce n'est pas aux PM du Québec et de l'Ontario de régler un problème fédéral. Habituellement, J. Trudeau ne se gène pas pour affirmer qu'il détient tous les pouvoirs, en s'évertuant d'accrocher au passage tant les Québécois qui songent à l'indépendance, comme ceux et celles d'ailleurs du Bloc Québécois! Il est peut-être venu le temps d'affirmer que ce sont les peuples du Dominion qui doivent prendre en main, qui sait, une sorte de vraie confédération dans laquelle tous les citoyens et toutes les citoyennes y trouveraient leur compte!

  • Cyril Dionne - Abonné 14 février 2020 09 h 23

    Les chefs de bande versus les chefs traditionnels

    Bon, les chefs de bandes gagnent en moyenne 100 000$ et plus par année qui n’est pas taxable. Les chefs héréditaires crèvent littéralement de faim. Les chefs de bandes sont une création colonialiste qui découle de la Loi sur les Indiens. Les chefs héréditaires sont les représentants politiques, légitimes et ancestraux des Autochtones ancrés dans une tradition millénaire comme le dit si bien M. Dutrisac. Les élections de chefs de bandes sont souvent truquées et si vous ne votez du bon côté, vous et votre famille risquez de ne pas manger le mois prochain parce que ce sont eux qui distribuent les chèques du gouvernement sans droit de regard.

    Le présent litige qui oppose les Autochtones au projet gazoduc Coastal GasLink est la continuation d’un problème que personne n’a jamais voulu résoudre. La méthode libérale a toujours été de ne rien faire et laisser la situation se régler par elle-même. Pardieu, c’est le gouvernement fédéral qui est responsable de la relation qu’il entretient avec les Autochtones, pas les provinces. Où est notre acteur en chef, Justin Trudeau, qui peut se déguiser en un membre des Premières Nations à volonté? C’est un problème bien plus pressant que d’essayer d’obtenir un siège aux Nations unies.

    Il va falloir un jour l’ouvrir cette damnée constitution de %$*&@ pour effacer cette ignominie qu’on appelle communément la Loi sur les Indiens qui a créé entre autre, un système d’apartheid bien à nous avec ses prisons à ciel ouvert, les réserves. En 2020, les Autochtones ne peuvent plus être considérés comme des pupilles de l’État colonisateur.

    La police aimerait bien se faire plaisir parce qu’eux, ils connaissent cela la violence et la force létale. On se rappelle bien de la police provinciale de l’Ontario qui avait abattu un Autochtone durant la crise d’Ipperwash en 1995. Bien oui, le protestataire en question était armé supposément d’un bâton et l’autre, un tireur d’élite, qui de loin, l’a abattu lorsque celui-ci descendait de l’autobus.

    • Guy O'Bomsawin - Abonné 14 février 2020 10 h 47

      Précision majeure : les Indiens qui vivent dans leurs communautés ne reçoivent des prestations mensuelles du gouvernement fédéral qu'à titre d'aide sociale, et non en raison de leur statut. Comme n'importe quel citoyen canadien, ceux qui ont un revenu ou un salaire décents n'ont pas droit à ce soutien. S'ils travaillent hors réserve, ils n'échappent d'ailleurs pas à l'imposition sur le revenu et, sauf exception, ne sont exemptés de la TPS et de la TVQ que sur les achats faits ou livrés en territoire autochtone. Quant à la présente situation, elle découle directement de la politique de gestion des tribus adopté par le Dominion de l'Amérique du Nord britannique, et de la « diplomatique » désignation de « nation » attribuée à des peuplades dont l'organisation sociale traditionnelle et sa portée n'ont jamais eu d'autres objectifs que ceux de l'autosuffisance. Or, leur ghettoisation et les revendications qu'elle a entraînées à l'enseigne de « nations » n'a fait que créer un monstre politique qui échappe entièrement au contrôle d'un Canada qui est incapable de le neutraliser en abrogant cette structure qu'est La loi sur lndiens, sur lequel il repose.

    • Cyril Dionne - Abonné 14 février 2020 16 h 10

      M. O'Bomsawin, oui pour les Autochtones qui vivent dans une communauté qui n'a pas le statut de réserve, eh bien, ceux-ci reçoivent de l'aide sociale au besoin comme monsieur et madame tout le monde. Ne vous en faites pas, personne n'a un revenu ou un salaire décent ou adéquat vivant sur une réserve sauf pour les chefs de bande et leurs acolytes. Sur les réserves, c’est le Conseil de bande qui s’occupe de distribuer la manne qui vient d’Ottawa sans droit de regard des autorités blanches. Pardieu, je connais bien la réserve d’Attawapiskat dans le nord de l’Ontario, vous savez, celle qui fait toujours les manchettes pas pour les bonnes raisons. Et bien sûr, ceux hors réserves doivent payer taxes et impôts s’ils n’ont pas le statut d’indien.

      Contrairement à plusieurs ici, j’ai enseigné à des jeunes autochtones et je peux vous dire qu’ils ne conjuguent pas à l'organisation sociale traditionnelle et sa portée de l'autosuffisance. Ils veulent consommer tout comme leurs pairs qui sont blancs.

      C’est la loi colonialiste et archaïque sur les Indiens qu’il faut abolir pour que les Autocthones puissent nous rejoindre au 21e siècle tout en gardant leurs cultures et peut-être leurs langues traditionnelles qui disparaissent comme une peau de chagrin. Mais Ottawa ne voudra jamais parce qu’il faut ouvrir ce boîte de Pandore qu’ils appellent la loi constitutionnelle de 1982 que le Québec n’a pas signée ou entérinée pour apporter les amendements requis. Et le Québec pourrait en profiter pour y apporter des amendements afin de faciliter son indépendance à venir comme pays et république à part entière.

  • Pierre Bernier - Abonné 14 février 2020 09 h 28

    Voilà... !

    Voilà qui est une autre illustration canadienne de ce qui est d'être «sur gouverné» et surtout «mal gouverné» par l'ordre fédéral de gouvernement dans un cadre constitutionnel désuet.