Ma maison, c’est la prison

S’il est vrai que, dans les faits, l’institut Philippe-Pinel est un hôpital psychiatrique universitaire à haute sécurité, dans l’imaginaire populaire, il s’agit d’une prison dont une large portion de la clientèle est détenue. C’est dire le caractère proprement scandaleux de ce que Le Devoir décrivait jeudi en manchette : huit adultes ayant un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience intellectuelle déménageront à Pinel en avril, faute d’espace dans leur hôpital de résidence.

On comprend mieux soudain l’acharnement qui caractérise la lutte menée par les groupes de soutien et de défense des intérêts des autistes adultes, autour notamment des ressources professionnelles et d’habitation adéquates pour répondre à leurs besoins aussi particuliers qu’immenses. Quel combat nécessaire que le leur ! Pour héberger une clientèle vulnérable, on a cru judicieux de la jumeler à des résidents considérés comme hautement violents et dangereux.

Pour justifier l’injustifiable, les services de santé plaident l’absence de choix. En cela, ils parlent le même langage que les défenseurs des autistes, qui revendiquent haut et fort depuis des lustres qu’on déploie les services destinés à héberger ces adultes qui, sur le coup de leurs 21 ans, ont accès à une offre limitée, inégale et bardée de listes d’attente. En 2013, le Vérificateur général du Québec avait noté des délais beaucoup trop longs pour l’accès à certains services, des écarts importants d’un endroit à l’autre et une difficulté d’accès encore plus aiguë pour les adultes autistes de plus de 21 ans présentant des troubles de comportement graves, ce qui correspond au profil des huit adultes destinés à vivre à l’institut Philippe-Pinel.

À quand un débat véritable sur l’importance de milieux de vie dignes, adaptés aux particularités des clientèles autistes ? En novembre dernier, le gouvernement caquiste a refusé la demande de la députée libérale Jennifer Maccarone, elle-même maman de deux enfants autistes, de débattre des services offerts aux personnes autistes, notamment à l’âge adulte. Trop de commissions parlementaires à gérer, pas le temps d’en parler, pas assez d’efficacité. En l’absence de dialogue sensé, collectif et public, le sort de personnes autistes se joue dans l’urgence et l’aberration. Disons-le : c’est d’une tristesse infinie.

11 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 14 février 2020 06 h 37

    Oui et non ?!?

    « Ma maison, c’est la prison » (Titre d’article, Le Devoir)

    Oui et non !

    Oui, lorsqu’on vit en terre étrangère ou en exil de ses origines, de sa maisonnée, et ;

    Non, si, en se parlant, on se reconnaît mutuellement comme des êtres-humains d’honneur et de respect !

    Oui et non ?!? - 14 fév 2020 –

    Ps. : D’avis divers sur ce que parle l’article, on-dirait que, tranquillement pas trop vite, Québec, via ses services d’État, tend à remettre en questions les Principes de la Désinstitutionnalisation ; des principes de gestion respectueux du « VIVRE-HUMAIN » ensemble et différent !

  • Arnaud Belarbi - Abonné 14 février 2020 06 h 55

    Autisme et déficience intellectuelle

    Précisons qu'il n'y a pas que les personnes autistes qui devraient vivre dans des ressources d'hébergement de qualité. Les personnes vivant avec une déficience intellectuelle vivent le même triste sort. Et parlons-en aussi!

    • Gilles Roy - Abonné 14 février 2020 09 h 29

      @M. Belarbi : Tout à fait d'accord avec vous. Si on se fie aux données disponibles, ce sont surtout les personnes vivant avec une déficience intellectuelle (les personnes vieillissantes, par exemple) qui sont en attente d'un service résidentiel. À même enseigne, ce sont surtout les organismes qui défendent les droits des personnes présentant une déficience intellectuelle qui revendiquent depuis des lustres un meilleur accès à des ressources résidentielles de qualité. Perso, la mise en invisibilité des personnes ayant un déficience intellectuelle, ça me fait suer!

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 14 février 2020 08 h 20

    Excellent édito

    Bravo !

  • Pierre Rousseau - Abonné 14 février 2020 09 h 00

    La prison ou l'hôpital ?

    Je me souviens d'un jeune Inuk d'Iqaluit qui cassait des vitres et faisait des petits vols par effraction à l'automne pour pouvoir passer l'hiver en prison car il souffrait du syndrome d'alcool fétal et il n'y avait aucun endroit où on pouvait traiter ces jeunes gens. Il ne restait que la prison pour ne pas mourir de froid et ensuite on se demande comment il se fait qu'il y a plus d'autochtones dans les prisons quand on n'a même pas le minimum décent pour traiter les problèmes mentaux.

    À l'époque, j'avais été au Groenland où on avait au moins un certain niveau de services psychiatriques et où on était conscient que souvent le geste criminel était l'expression d'une déroute mentale et où on préférait traiter ces gens en psychiatrie plutôt que par l'internement pénal.

    • Gaetane Derome - Inscrite 14 février 2020 13 h 20

      Il semble qu'on a de la difficulté à contenir les gestes agressifs des patients dans les hôpitaux psychiatriques actuellement.Il y a eu cette tentative de meurtre à main armé contre un psychiatre à Albert-Prévost et plus dernièrement des agressions contre du personnel.
      https://www.ledevoir.com/societe/sante/572369/encore-un-incident-violent-a-l-hopital-albert-prevost

  • Margot Savoie - Abonnée 14 février 2020 09 h 41

    SANTÉ MENTALE

    En effet il n'y a pas que l'autisme en cause, la santé mentale de la population doit devenir une priorité pour le gouvernement, comme tous les autres avant eux la CAQ n'y voit pas une priorité.. c'est urgent au contraire car les cas augmentent sans cesse (dans les écoles, les soignants, les aidants naturels) tous nous en payons le prix et la roue tourne et il y a de plus en plus de détresse, de meurtres, de suicides. Bonne St-Valentin !