Consigne des contenants: une filière à revoir

Le gouvernement caquiste est allé de l’avant avec la consigne de tous les contenants de boisson, qu’ils soient en verre, en plastique ou en aluminium. Le premier ministre, François Legault, s’est targué d’avoir « résisté » aux groupes de pression de l’industrie qui s’y opposaient. S’il s’agit d’une nouvelle attitude de son gouvernement à l’égard de la protection de l’environnement, il faut l’en féliciter, bien que son message sur ce plan soit passablement brouillé.

Si les associations d’entreprises ont réitéré leur opposition à l’élargissement de la consigne à quatre milliards de contenants de plus au Québec, les groupes écologistes ont salué l’initiative, bien qu’ils préconisent des mesures plus draconiennes comme l’interdiction des bouteilles d’eau en plastique s’il existe une autre option. Pour sa part, dans un élan non partisan, la députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a lancé un « bravo ! bravo ! » au premier ministre et au ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

La consigne élargie n’est toutefois pas pour demain. Il faudra attendre jusqu’à fin 2022 — après les prochaines élections — pour que le nouveau système soit mis en place. « C’est important en politique de ne pas aller trop rapidement », a dit François Legault, dont on ne sait si l’ironie était volontaire ou non. Pour les bouteilles de vin, la consigne sera de 25 cents et pour les autres contenants, de 10 cents. Nous comprenons mal pourquoi le gouvernement s’arrête en si bon chemin et ne fixe pas la consigne des bouteilles de plastique à 20 cents, ce qui en hausserait le taux de récupération. À l’heure actuelle, plus de 55 % du verre et plus de 40 % du plastique déposés dans des bacs bleus se retrouvent dans des sites d’enfouissement.

Ainsi, davantage de bouteilles de verre et de plastique seront récupérées, ce qui permettra d’alimenter des entreprises québécoises de produits recyclés qui doivent importer leur matière première.

Le gouvernement Legault doit aller plus loin. Il pourrait obliger l’industrie à introduire dans les bouteilles en plastique et dans les emballages en plastique ou en carton une part de matières recyclées. Une telle mesure stimulerait le marché. Au lieu de mettre les matières recyclables pêle-mêle dans un seul bac, les consommateurs pourraient faire un premier tri, séparant à la maison le verre, le papier et le plastique grâce à des bacs distincts.

Au Québec, les activités de recyclage sont désorganisées et l’amateurisme caractérise leur gouvernance. Recyc-Québec, une agence gouvernementale qui est mandataire de l’État, n’est même pas en mesure de fournir au gouvernement des données fiables et à jour sur le recyclage. Elle n’a pas le pouvoir de contraindre les entreprises privées, qui exploitent la vingtaine de centres de tri sur le territoire, de lui fournir de l’information. Le bâilleur de fonds, Éco Entreprises Québec, regroupement des entreprises qui produisent les bouteilles et emballages, verse passivement 150 millions par an à Recyc-Québec pour subventionner les municipalités qui, elles, agissent comme bon leur semble, offrant des services de collecte dont la qualité est variable. Faute de données fiables et d’une gestion professionnelle, le gouvernement est incapable de s’assurer que cette somme est dépensée judicieusement. Le Vérificateur général du Québec, qui s’est déjà penché sur les lacunes de Recyc-Québec en ce qui a trait au recyclage des pneus, aurait certes matière à examen.

C’est l’ensemble de ce qu’il est convenu d’appeler l’économie circulaire qu’il faut structurer au Québec. François Legault, qui répète qu’il ambitionne d’enrichir les Québécois, a une belle occasion, dans cette filière d’avenir, de passer de la parole aux actes.

8 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 1 février 2020 03 h 27

    Encore de la manipulation

    M. Dutrisac, actuellement un montant de 15 cents en consigne par bouteille est incorporé dans le prix global d'une bouteille quelconque qui est achetée à la SAQ. Que le GV-Q mentionne que cette consigne sera de 25 cents, c'est une chose, mais s'addittionne-t-il au 15 cents - ce qui donnerait 40 centes, ou les pris seront-ils abaisés de15 cents avant l'incorporation du 15 cents.

    Il y aussi le fait que la taxe de vente et service est appliquée sur la facture d'achat après l'inclusion du montant de la "consigne". En attendant que le GV-Q mette à jour cette bien drôle de manière de procéder, le consommateur paie une taxe sur un service qu'il se rend à lui-même. Il faut le faire. Le GV-Q fait mention d'un chiffre de 500 millions de $ en consigne... cela en fait un bon montant en taxes, qui n'est aucunement retourné au citoyen pour un service qu'il se rend à lui-même.

    Quant à Recyc-Québec, il s'agit simplement d'une autre patente qui fait partie des 2004 de l'État-QC servant à assoir les petits copains à gros salaires et avantages. Depuis sa création cette patente là n'a absolument rien fait de concret... Le congédiement de toute la gang - du commis à la PDG - devrait être effectif immédiatement. De sévères sanctions - pouvant inclurent le congédiment - doivent aussi être prises à l'encontre des dirigeants d'organismes et sous-ministres des ministères à vocation économique et/ou de recherches. Eux aussi ont fait "dodo sur la swicht" pendant plus de 30 ans...

    Avoir des tonnes et des tonnes de matières "consignées", et triées à la source avant de les déposées au dépotoir ne donne pas grand chose de plus que ce qui se produit actuellement. Cela fait plus de 20 ans que l'on a mis sur pied le "gros bac" de recyclage... avec en bout de ligne des centres de triages dysfonctionnels... Mieux encore des amendes sâlées aux citoyens qui ne "colloborent pas pleinement au bac"...

    Il y a plus de 40 ans, le Michigan avait une consigne de 10 cents de la cannette.

    • Julien Thériault - Abonné 2 février 2020 20 h 32

      Vous faites erreur : il n'y a ni TPS ni TVQ sur le montant de la consigne. La consigne est un montant que vous déposez et qui vous est remboursé quand vous rendez le contenant. Qu'elle soit de dix cents ou de dix dollars (comme sur contenants de 18 litres d'eau), vous récupérez l'argent. Si c'est trop vous demander de rapporter les contenants laissez-les à la vue : quelqu'un s'en chargera.

  • Pierre Rousseau - Abonné 1 février 2020 08 h 15

    Pourquoi ?

    Que se passe-t-il au Québec pour que ce ne soit pas chose faite ? Dans plusieurs autres provinces, il y a des systèmes de récupération et recyclage des contenants de boissons, certaines depuis plus de 20 ans ! Pourquoi est-ce si difficile au Québec de faire ce que les autres peuvent faire sans trop de problèmes depuis quelques décennies ?

    Par exemple, en Colombie-Britannque ce sont des récupérateurs indépendants qui se chargent de recevoir les bouteilles etc. dans des centres de récupération et qui remboursent les gens pour les dépôts qu'ils ont fait sur ces contenants. Il est certain que le consommateur doit faire un effort pour aller porter ses contenants au récupérateur car il n'y en a pas à tous les coins de rue mais les Britanno-Colombiens font les efforts pour leur environnement et pour se conformer aux poltiques de récupération du gouvernement provincial.

  • Bernard Terreault - Abonné 1 février 2020 08 h 37

    Manque d'info

    Que se fait-il ailleurs dans le Monde, dans les autres pays riches, États-Unis, Europe de l'Ouest, Japon, peut-on s'en inspirer ? Beau sujet de futur Dossier du Devoir !

  • Loyola Leroux - Abonné 1 février 2020 09 h 54

    Recyclage, des oublis ?

    Personne ne parle de la réutilisation des bouteilles de bière consignées. Ce système, payé par l’entreprise privée, continuera-t-il avec la nouvelle politique ?

    La SAQ embouteille elle-même du vin importé en vrac. Pourquoi ne fait-elle pas comme les brasseurs en réutilisant ces bouteilles, qui pourraient porter un logo distinctifs ? Les camions de la SAQ qui partent de Montréal pour livrer le vin en région, reviennent vides à l’entrepôt. Pourquoi ne pourrait-il pas ramener les bouteilles de la SAQ, comme les brasseurs ?

  • Madeleine LaRoche - Abonnée 1 février 2020 11 h 52

    Recycle, Québec!

    On sait que Reclyc-Québec a dans son mandat la promotion de la récupération domestique via des porte-paroles populaires (Éric Salvail en lui-même, Claude Meunier en Popa) dans des pubs à saveur comique. On voit ces pubs régulièrement si on regarde encore la télé conventionnelle. Mises à part ces pubs, on n'entend à peu près plus parler de Recyc-Québec. Je suis donc allée faire un tour sur son site https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/ Dans la plupart des communications, on nous dit que tout est est tiguidou et que nous sommes un État de plus en plus vert. Le Québécois moyen, la Québécoise moyenne et leurs enfants moyens font bien leur devoir de récupération et trient de mieux en mieux leurs vidanges et les déposent consciencieusement au chemin avant l'arrivée de chacun des trois camions. Chaque semaine. Tout semble baigner dans le merveilleux monde, non pas de Disney mais du recyclage, selon les chiffres de 2018 de Recyc-Québec.
    Je serais curieuse de savoir qui est est à la tête de Reclyc-Québec. Et surtout d'entendre ce dirigeant qui a des comptes à rendre à la population et au ministère de l'Environnement. Reclyc-Québec est organisme subventionné par le gouvernement du Québec ; nos taxes. Je ne sais pas à combien s'élève la subvention accordée à Recyc-Québec afin que l'organisme remplisse son ou ses mandats. Quels sont-ils déjà? En 2020, alors que nous sommes désormais pris à gérer nos reliefs dont la quantité augmente, il y aurait peut-être lieu de faire le dans cet organisme et repartir Recyc-Québec sous un autre nom en lui donnant des objectifs et un mandat actualisés à la réalité. L'oganisme recyclé pourrait commencer par dire d'abord dire la vérité, éduquer. Puis se payer le luxe de faire rire.