Les risques d’un couronnement chez les conservateurs

Le désistement hâtif des principaux candidats pressentis à la chefferie du Parti conservateur du Canada (PCC) laisse pratiquement le champ libre à Peter MacKay. La course est en passe de devenir un couronnement, ce qui n’est pas sans risque.

M. MacKay a encore du pain sur la planche, mais à peine. Le député de Durham, Erin O’Toole (bon troisième, derrière Andrew Scheer et Maxime Bernier lors de la course de 2017), a annoncé son intention de faire le saut. Il n’en demeure pas moins que Peter MacKay bénéficie d’appuis considérables au sein de la formation. En dépit d’un bilan modeste du temps où il fut membre du gouvernement et d’un français bancal et navrant pour un politicien de son expérience, sa stature devrait suffire à assurer son triomphe.

C’est à cet ancien chef du Parti progressiste conservateur que l’on doit la fusion avec l’Alliance canadienne de Stephen Harper. L’unification des formations de centre droit sous la bannière du PCC fut sans contredit le premier et le plus important geste pour ramener les conservateurs à l’avant-scène et permettre à Stephen Harper de diriger le pays, de 2006 à 2015. Le conservatisme social s’est imposé comme une force dominante au sein du PCC et dans l’élaboration des politiques publiques pendant près de dix ans, jusqu’à ce que les électeurs expriment leur ras-le-bol par l’élection de Justin Trudeau.

La débâcle d’Andrew Scheer lors de la dernière campagne électorale encapsule deux cruelles vérités. Primo, les conservateurs étaient englués dans ce conservatisme social et moralisateur qui les amenait à ménager la chèvre et le chou sur des enjeux tels que le droit à l’avortement et la lutte contre les changements climatiques. Secundo, les électeurs ont répondu de la même manière qu’en 2015 à ce programme en réélisant Justin Trudeau (minoritaire) malgré l’addition des gaffes et le scandale de l’affaire SNC-Lavalin. « Une version réchauffée des politiques conservatrices de 2006 à 2015 n’a pas inspiré les électeurs », constate Lisa Raitt, ancienne ministre sous le gouvernement Harper et coprésidente du comité organisateur de la campagne à la direction.

Peter MacKay est un centriste, à n’en point douter. Il a d’ores et déjà exprimé son intention d’élargir la portée de ce manteau bleu dont il rêve pour le Canada, ce qui nécessitera un rapprochement avec les électeurs de l’Ontario et du Québec. Comme d’autres au sein du parti, il a fait le constat que la stricte obédience au credo réformiste ou allianciste n’amènera pas les conservateurs au-delà des frontières de l’Alberta et de la Saskatchewan.

Ce ne sont pas tant ses idées et valeurs qui inquiètent que sa capacité à les imposer au sein de sa formation politique. C’est pourquoi une course au leadership est souhaitable d’ici l’élection du chef, en juin prochain. Une véritable course qui permettra de mesurer le leadership du chef et son ascendant sur les forces d’inertie à l’oeuvre au parti. Une course qui permettra de jauger la sincérité de Peter MacKay et des conservateurs dans leurs efforts pour rétablir des valeurs progressistes dans l’analyse des questions sociales et environnementales. Si le moindre doute subsiste dans l’esprit des électeurs, du moins au Québec et en Ontario, les conservateurs ne pourront pas reprendre le chemin des victoires et ne mériteront pas de le faire.