Matières résiduelles: encore bien loin de l’économie circulaire

C’est la fin d’un modèle d’affaires pour le recyclage du papier. La société Rebuts solides canadiens (RSC), filiale du Groupe TIRU (Dalkia), distante filiale du géant français EDF, mettra sous peu la clé sous la porte et quittera le Québec, laissant sans exploitant quatre centres de recyclage — Villeray–Saint-Michel, Lachine, Châteauguay et Saguenay.

En outre, Le Devoir nous apprenait samedi que l’objectif gouvernemental de recycler toutes les matières organiques dès cette année est loin d’être atteint. Moins de la moitié des municipalités offrent la collecte des matières putrescibles, et nombre de citoyens desservis ne mettent pas leurs déchets organiques dans les bacs bruns. Résultat : les municipalités ne ramassent que 35 % de ces matières pour les transformer en compost ou alimenter des usines de biométhanisation ; le reste prend le chemin des sites d’enfouissement. Quant aux bacs bleus pour la récupération du papier, du carton, du verre et du plastique, ils ne recueillent que 52 % de ces matières, selon le dernier bilan de Recyc-Québec.

Les difficultés de RSC, qui traite le tiers des matières recyclables déposées dans nos bacs bleus, viennent du fait que la société procède à un tri partiel, rendant sa production invendable au Québec ou à proximité aux États-Unis. Son seul débouché, c’est le marché international, c’est-à-dire les pays comme l’Inde, dont la main-d’oeuvre à faible coût peut se charger de compléter le tri de cette marchandise indésirable.

Or l’an dernier, l’Inde a décidé de restreindre considérablement ses importations de ces ballots. Le marché mondial pour le papier dit « mixte » et contaminé par d’autres matières s’est écroulé. En 2018, l’industrie québécoise du recyclage a subi un premier choc quand la Chine a cessé d’acheter cette marchandise de piètre qualité.

Pendant ce temps, une entreprise comme Cascades doit importer une bonne partie de sa matière première pour fabriquer ses produits faits de fibre recyclée. À la suite du retrait de la Chine, la société de Kingsey Falls en avait appelé à la modernisation des centres de tri au Québec. Si RSC a fait la sourde oreille, s’accrochant à une stratégie à courte vue, d’autres entreprises de recyclage, comme Tricentris et Société VIA, deux sociétés à but non lucratif, s’étaient adaptées. Elles alimentent aujourd’hui le marché québécois et même certains marchés étrangers.

Le départ de RSC est une occasion de moderniser des centres de tri avec un repreneur qui ne visera plus uniquement les marchés étrangers. Il n’est pas normal qu’on ne réponde pas, en premier lieu, à la demande de nos entreprises.

Le gouvernement caquiste a fait un pas dans la bonne direction avec l’implantation de la collecte des bouteilles de verre. Il y a lieu cependant d’envisager d’aller plus loin, en instaurant des collectes distinctes pour les différents types de matières recyclables.

Il ne faut pas perdre de vue que l’objectif ultime, c’est de mettre en place un mode d’économie circulaire, soit la récupération de la presque totalité des matières composant un produit et son emballage. Au Québec, on est malheureusement bien loin du compte.

9 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 27 janvier 2020 06 h 38

    Décourageant que cette incompétence gouvernementale...

    Écrire que: "Quant aux bacs bleus pour la récupération du papier, du carton, du verre et du plastique, ils ne recueillent que 52 % de ces matières, selon le dernier bilan de Recyc-Québec".

    Ne change pas grand chose à la réalité: tout fini au dépotoir - au QC nous avons les dépotoirs les mieux « cordés » par couches de "sortes" du monde... Mais pour blâmer le citoyen, que oui et à 100%: c’est de sa faute. Mautadine, de mautadine de citoyen pas fin pantoute pantoute...

    Mais que faisaient ces gangs là depuis le début des années 90 (instauration de bac "vert"). "Gangs" indique Recyc-Québec, Ville de MTL, ministères divers: développement économique, etc., l'IREQ, et autres créatures vivant aux chochets des contribuables?... Oups! j'oubliais, surveillance du budget "café" pour ne pas se faire chicanner par le Trésor si le budget café est défoncé... Mais de développement de procédés, d'amélioration des centres de tri, de l'innovation techno, etc... Ben non, "voyonsdon"... On surveile le budget café... et planification nos "missions" ailleurs de par le vaste monde...

    Cri... de cri... même au Sénégal les femmes recyclent à 100% les plastiques qu'elles recueillent sur les "bords de route", et les ré-insercent sous formes de granulats 100% parfaits et dans le processus de fabrication de nouvelles choses de plastique. C'est tellement bien fait, que des multinationales "plastiques" se sont installées au Sénégal pour y faire avec ces matières plastiques de nouvelles "formes", et d'acheter les "matières triées et prêtes à l'emploi" pour les expédier dans leur pays d'origine (leur usine de transformation)... Ces plastiques sous forme de granulats reviennent à 50% du coût d'achat de granules 100% neuves... Pendant ce temps, ici... Ben!!! à part les "missions" où ils ne voient rien... Ben!!! on ne sait que faire avec les plastiques, sauf bien entendu faire porter le blâme au citoyen... citoyen payeur (y compris pour les "missions").

    • Gilles Sauvageau - Inscrit 27 janvier 2020 09 h 17

      Très bon commentaire !!!

      Gilles Sauvageau
      L'Assomption

  • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 27 janvier 2020 09 h 40

    Les dividendes avant la planète...

    La présence d'une filiale du groupe TIRU a entravé le développement d'entreprises de recyclage sur le territoire québécois. Pourquoi? Cette firme n'a recherché que son profit au lieu de travailler pour le bien commun. Elle a voulu accroître ses profits en "exportant" au meilleurs tarifs pour elle les rebuts qu'elle accumulait, nuisant à la viabilité d'entreprises d'ici qui pouvaient compléter les cycles d'une économie qui soit vraiment circulaire. Compagnie à capital-action ayant adopté le credo néolibéral de la mondialisation où l'on envoie se faire traiter ailleurs ses "externalités", TIRU a détruit l'écosystème qui se mettait tranquillement en place chez nous.

    La leçon à tirer de ce gachis: c'est que la recherche du seul profit par des actionnaires n'est et ne sera jamais en adéquation avec la défense des intérêts de la collectivité. Robert Dutrisac en donne la preuve quand il écrit: «RSC a fait la sourde oreille, s’accrochant à une stratégie à courte vue, d’autres entreprises de recyclage, comme Tricentris et Société VIA, deux sociétés à but non lucratif, s’étaient adaptées. Elles alimentent aujourd’hui le marché québécois et même certains marchés étrangers.»

    En 2018, comme coopérateur et membre du Conseil régional en environnement de Montréal, j'ai participé à des discussions pour que Montréal puisse adopter une approche s'appuyant sur l'économie sociale et solidaire. Malgré que Projet Montréal s'était fait élire en promettant de « Favoriser la création d’entreprises collectives reconnues par la Loi sur l’économie sociale du Québec pour répondre aux besoins de la Ville ou à ceux de la population et favoriser le recours à des entreprises d’économie sociale dans le cadre des contrats d’approvisionnement de la Ville», rien n'a été fait, l'administration municipale se disant lié à TIRU. Avec le départ du TIRU, ne serait-il pas temps que les bottines suivent les babines au sein de l'administration Plante-Dorais?

    • Serge Pelletier - Abonné 27 janvier 2020 14 h 57

      Ce n'est à cette compagnie de porter le blâme. Le blâme est à la gang de sangsues de Recyc-Québec, aux ministères du GV-Q pour n'avoir rien fait de concret depuis les débuts des bacs "verts", à la direction de MTL (maires et hauts fonctionnaires municipaux).

      Étrangement, toutes ces belles et grandes personnes qui sont à la tête de ces organismes purement QC, vont "en missions" de par le monde... pour y faire quoi en fait? Refiler la facture aux contribuables.: c'est tout. Prenez La PLante De MTL... Elle (et ses sangsues) n'était pas élue depuis 1 mois qu'elle était "en mission" de par ce vaste monde... Et cela n'a pas cessé depuis...

      Étrangement, cette compagnie étrangère est aussi aileurs - en Ontario entre autres. Et là, cela semble fonctionner comme du monde. Exemple: l'entreprise de la Pointe qui fait de la refonte de verre, elle doit en importer de l'Ontario, car celui d'ici, et bien, il est impropre à la refonte. Où est donc le problème. Dites M. Cotnoir.

      De plus, ce n'est pas à un sous-traitant à développer des procédés, mais aux organismes GV qui ont pour mission justement de recherches et dévelopement de le faire...

      Pire encore, un documentaire franco-allemand-belge (diffusé sur TV-5 International) mettait en vedette deux petites entreprises 100% QC-MTL (Région MTL) qui réussissaient à recycler 100% de tous les types de plastique... La Plante de MTL et ses sangsues devraient y faire "missions"... Ce n'est pas loin Terrebonne, ni St-Léonard... et même pas besoin de s'y rendre en avion...

      Pendant ces décades, les organiusmes propres au GV-Q... en sont encore à faire exactement, très exactement les mêmes recherches avec toujours les mêmes résultats: ÇA MARCHE PAS LA BÉBELLE... vitement à la dump le verre. Ouais, M. Cotnoir... Mais, ils en font Allemagne du pavage avec du verre recyclé, et ce depuis fort longtemps... Trop fatiguant de faire "des missions" qui nous tranforment en étudiants... Nous autres on aiment cela "reluire", fac...

  • Denis Carrier - Abonné 27 janvier 2020 11 h 56

    Faire durer

    Recycler est une notion dépassée. Elle a longtemps été populaire car elle donne bonne conscience. Mais jeter après usage, même au bon endroit reste une solution qui n’a pas d’avenir (par exemple les millions de tonnes de plastique que nous produisons annuellement ne sont recyclées qu’à 9%). Il faudrait passer à l’étape suivante : faire durer.
    Pour faire durer, il faut produire des choses durables. Adieu la mode, adieu le remplissage à Noel de son panier plein de choses inutiles et qu’il faudra se débarrasser par une vente de garage l’été prochain, donc adieu à la tradition des cadeaux de Noel. Revenir à l’époque pas si lointaine où l’on faisait réparer sa montre-bracelet, son téléviseur, sa caméra 35mm etc est difficile à faire accepter.
    Fabriquer des choses durables puis les réparer demande une culture de l’intérêt pour la technologie. Quelle chose affreuse pour tous ces gens intoxiqués à la fiction.

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 27 janvier 2020 12 h 32

      Il y a un seul oubli dans cette pétition de principe pleine de bonnes intentions, tout n'est pas éliminable à la source, c'est-à-dire que le fabriquant prenne la responsabilité de rendre durables les contenants dont il se débarrasse de la responsabilité en la faisant reposer sur les épaules du consommateur. Ainsi pour les bouteilles, il serait possible de revenir à la consigne, comme c'était le cas auparavant pour les boissons sucrées et autres cochonneries du genre ou pour le lait. Par contre, le papier qui constitue une grande part de ce qui est envoyé au recyclage n'est pas réutilisable, tout comme la papier d'aluminium qui peut avoir une seconde vie, etc. Donc il y a lieu de gérer collectivement ces rebuts de la société provenant d'une consommation même plus "durable".

  • Denis Carrier - Abonné 27 janvier 2020 11 h 56

    Faire durer

    Recycler est une notion dépassée. Elle a longtemps été populaire car elle donne bonne conscience. Mais jeter après usage, même au bon endroit reste une solution qui n’a pas d’avenir (par exemple les millions de tonnes de plastique que nous produisons annuellement ne sont recyclées qu’à 9%). Il faudrait passer à l’étape suivante : faire durer.
    Pour faire durer, il faut produire des choses durables. Adieu la mode, adieu le remplissage à Noel de son panier plein de choses inutiles et qu’il faudra se débarrasser par une vente de garage l’été prochain, donc adieu à la tradition des cadeaux de Noel. Revenir à l’époque pas si lointaine où l’on faisait réparer sa montre-bracelet, son téléviseur, sa caméra 35mm etc est difficile à faire accepter.
    Fabriquer des choses durables puis les réparer demande une culture de l’intérêt pour la technologie. Quelle chose affreuse pour tous ces gens intoxiqués à la fiction.

  • Denis Carrier - Abonné 27 janvier 2020 11 h 56

    Faire durer

    Recycler est une notion dépassée. Elle a longtemps été populaire car elle donne bonne conscience. Mais jeter après usage, même au bon endroit reste une solution qui n’a pas d’avenir (par exemple les millions de tonnes de plastique que nous produisons annuellement ne sont recyclées qu’à 9%). Il faudrait passer à l’étape suivante : faire durer.
    Pour faire durer, il faut produire des choses durables. Adieu la mode, adieu le remplissage à Noel de son panier plein de choses inutiles et qu’il faudra se débarrasser par une vente de garage l’été prochain, donc adieu à la tradition des cadeaux de Noel. Revenir à l’époque pas si lointaine où l’on faisait réparer sa montre-bracelet, son téléviseur, sa caméra 35mm etc est difficile à faire accepter.
    Fabriquer des choses durables puis les réparer demande une culture de l’intérêt pour la technologie. Quelle chose affreuse pour tous ces gens intoxiqués à la fiction.