Déplacements urbains: la banlieue mérite mieux

Il ne faut pas grand-chose pour allonger le temps de déplacement entre la maison et le travail aux heures de pointe : un accident, une chute de neige ou une grosse pluie et voilà quinze, trente ou soixante minutes perdues… de plus qu’à l’habitude.

Ainsi va la vie du banlieusard, qui doit ajouter son temps de déplacement biquotidien à ses sept ou huit heures de travail à cause de la congestion routière.

Malgré cela, ils étaient toujours 1,5 million dans la grande région métropolitaine à utiliser leur voiture pour se rendre au travail ou aux études en 2018, selon l’étude Origine-destination (O-D) effectuée pour le compte de l’Agence régionale de transport métropolitain.

Est-ce parce que ces gens n’ont rien compris ou plus simplement parce que ce moyen est plus confortable et tout de même plus rapide que le transport collectif ? Chose certaine, il est plus polluant et crée de la congestion, de cela personne ne doute.

On aime bien casser du sucre sur le dos des banlieusards, qui n’ont pas de représentants attitrés pour les défendre devant les grands médias, qui ont tous pignon sur rue à Montréal.

Pourtant, plus de 500 000 Montréalais utilisent aussi leur voiture à l’heure de pointe du matin, dont 362 000 qui habitent l’un ou l’autre des 13 villes et arrondissements du centre de l’île. Au même moment, 300 000 personnes entrent dans cette zone centrale en autobus, en train ou en métro, soit 35 % de plus que le nombre d’automobilistes qui arrivent, comme eux, de l’extérieur de la zone. C’est dire que le transport en commun est aussi, sinon plus, populaire pour venir à Montréal qu’il ne l’est pour les Montréalais eux-mêmes.

Car ils sont aussi de plus en plus nombreux, les Montréalais, à posséder une voiture comparativement à il y a 20 ans. Et pourquoi pas puisqu’il n’est même pas nécessaire de payer une place de stationnement privée quand on vit à Montréal, l’administration étiquetée de gauche assurant à tous les ménages une place devant chez soi, jour et nuit, balayée l’été et déneigée l’hiver, moyennant la somme ridicule de 50 ¢ par jour même dans les quartiers les plus achalandés.

On nous dit que cette pratique de la vignette incite les Montréalais à laisser leur bagnole chez eux au profit du transport collectif, mais l’argument ne tient pas puisque 57 % plus d’habitants des quartiers centraux préfèrent leur voiture au transport collectif à l’heure de pointe pour se déplacer à l’intérieur même de la ville. Sans compter ceux qui sortent de la ville centre au même moment.


 
 

L’étude O-D nous apprend que le nombre de déplacements en voiture individuelle a diminué de 1 % à l’heure de pointe sur l’ensemble du territoire régional, ce qui comprend les banlieues et les couronnes de Montréal. Or, en incluant les villes, villages et quartiers éloignés du centre, on arrive plutôt à des augmentations de l’ordre de 8 % du nombre d’usagers de l’auto depuis cinq ans.

Chose certaine, la voiture individuelle reste le moyen privilégié par tous ceux qui n’habitent pas à proximité d’une ligne de train, de métro ou d’autobus offrant un temps de déplacement raisonnable.

Si les autorités publiques veulent s’attaquer à la congestion routière tout en réduisant les émissions de CO2, elles devront investir encore plus massivement dans la construction d’infrastructures de transport collectif. Non seulement dans la ville centre, mais aussi dans les axes qui relient les nouveaux pôles d’emploi de la vaste région métropolitaine.

Le REM, c’est bien, mais il faut beaucoup plus pour inciter les gens à laisser leur voiture à la maison, tout électrique soit-elle. Et ce n’est d’ailleurs pas le nombre de voitures que l’on possède qui compte, mais le nombre de kilomètres parcourus chaque jour. D’où cette autre nécessité d’introduire un péage kilométrique (à taux élevé) pour tous, y compris les Montréalais.

Quant à l’administration de Montréal, elle doit cesser de jouer au grand défenseur de la région alors que sa seule priorité est de défendre les intérêts parfois bien égoïstes de ses contribuables. Lesquels refusent d’admettre que leur qualité de vie repose en bonne partie sur la disponibilité des centaines de milliers de banlieusards.

Au lieu de leur causer le plus d’ennuis possible sous prétexte d’améliorer la mobilité et la qualité de vie de ses contribuables, l’administration montréalaise doit comprendre qu’à titre de métropole économique et culturelle du Québec, Montréal n’appartient pas seulement à ceux qui ont le privilège d’y vivre, mais à tous les Québécois qui financent ses coûteuses infrastructures. Si elle ne comprend pas cela, ce sera au gouvernement du Québec de le lui rappeler par son choix d’investissements prioritaires.


 
19 commentaires
  • Raynald Blais - Abonné 23 janvier 2020 05 h 50

    Réduire le profit pour diminuer la congestion

    « Est-ce parce que ces gens n’ont rien compris ou plus simplement parce que ce moyen est plus confortable… ? » (Jean-Robert Sansfaçon)

    Soulever d’entrée de jeu le niveau de conscience des usagers de l’automobile ou les avantages du transport privé sur le collectif pour lancer une autre réflexion sur le problème de la mobilité dans une grande ville, ne peut viser qu’à imposer une solution déjà toute trouvée, discriminer le transport privé sur une base économique : Les pauvres, puis les moins pauvres deviendront usagers du collectif pour laisser les mieux nantis profiter de voies moins fréquentées. Bien que la solution promette, comme voulu, une diminution de l’achalandage si l’on y met le prix, elle avantagera une classe aisée et alimentera l’envie des autres. Faut bien qu’être riche procure des avantages!
    Pourtant de nombreuses réflexions ont été menées pour rapprocher les lieux de travail et la population active. D’autres ont soulevé la centralisation des services d’alimentation et la disparition des commerces de quartier comme obstacle à la solution du problème.
    Évidemment, c’est une question de gros sous. La centralisation des trente dernières années avait pour but de soutenir les marges de profit. Alors la question appropriée à se poser est : Jusqu’à quel niveau, la classe économiquement et politiquement dominante pourrait-elle accepter de réduire le taux de profit pour diminuer la congestion urbaine?

  • François Jacques - Abonné 23 janvier 2020 07 h 21

    Problème plus complexe qu'il n'y parait.

    C'est vrai que beaucoup de banlieusards utilisent leur véhicule et voyagent seuls dans leur véhicule. C'est tout aussi vrai qu'une amélioration du transport en commun aiderait beaucoup à réduire ces s et qu'un gel ou une diminution des tarifs favoriserait cela aussi grandement.
    Par contre, ces mesures favoriseraient aussi l'étalement urbain qui est un problème d'un autre ordre intimement relié. Étalement urbain s’oppose à protection du territoire agricole. Les terres autour de Montréal sont les plus belles terres agricoles et lorsqu'on développe de nouveaux quartiers à Laval et dans les environs tout comme à Chambly, Marieville où on est rendu à cause de l'augmentation du prix des maisons, cela contribue à créer des ensembles résidentiels et des commerces sur de terres qui devraient être préservées et rendues abordables pour ceux et celles qui veulent les cultiver.
    Le problème est très complexe et il faudrait que le gouvernement ait une vision globale à long terme qui dépasse le 4 à 5 ans d'une élection. Il faudrait en définitive appliquer la loi de protection du territoire agricole et rendre plus difficile, voire impossible la spéculation foncière sur ces terres. Et pourquoi ne pas rétablir un péage sur tous les ponts sauf pour les autos qui font du covoiturage à 3 passagers ou plus, mais je doute fort qu'on mette en place de telles mesures.

  • Hugues Boily - Abonné 23 janvier 2020 07 h 45

    La disparition

    Pondre un éditorial de 770 mots sur les enjeux du transport collectif sans mentionner ne serait-ce qu'une seule fois la question de l'aménagement du territoire, voilà qui est très fort! Digne de Perec!

  • François Beaulé - Inscrit 23 janvier 2020 07 h 48

    Taxe sur l'essence ou taxe kilométrique ?

    Augmenter la taxe sur l'essence n'est-il pas préférable et plus facile que d'instaurer une taxe kilométrique ? Puisque la taxe sur le carburant touche davantage les véhicules plus gros qui consomment plus et émettent plus de GES.

    Par ailleurs, on devine que M. Sansfaçon habite la banlieue, par ses commentaires sur les vignettes de stationnement. Les citoyens de Montréal payent pour l'entretien et la rénovation des rues via la fiscalité municipale. Ce que ne font pas les banlieusards qui utilisent les rues de la Ville et vont même jusqu'à s'y stationner, sans payer un sou. Les vignettes irritent M. Sansfaçon sans pour autant corriger cette importante iniquité.

  • Jacques Bordeleau - Abonné 23 janvier 2020 08 h 28

    Enfin!

    Enfin un éditorial qui rend davantage justice aux banlieusards et dévoile l'opportunisme montréalais qui en même temps se drape dans la vertu pour condamner l'étalement urbain. Montréal est sur la mauvaise pente, coûte trop cher pour ce qu',elle a à offrir, notamment au plan de l'habitation, et fait fuir ses jeunes familles. Cest pourqoui elle s'en prend â ses victimes sous prétexte d,étalement urbain.

    Jacques Bordeleau