Manque d’humanité

Un bazar. Le chaos. Un fiasco. Depuis quelques jours, les épithètes évoquaient la catastrophe pour qualifier le système mis en place par le ministère de l’Immigration afin de distribuer de la manière la plus équitable possible les 750 autorisations de parrainage de réfugiés, dont 100 pour les particuliers. Lundi après-midi, l’opération était terminée, laissant derrière elle un sentiment d’échec.

Le plus spectaculaire demeurera sans doute qu’en haut lieu, ce processus d’appel de candidatures ait été réfléchi et conçu comme une solution possiblement équitable, humaine et efficace. Après le test de la réalité, ces vertus théoriques se sont évanouies : quelques jours auront suffi pour démontrer par l’absurde le manque d’humanité, d’équité et d’efficacité du système.

En après-midi lundi, le ministre de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, Simon Jolin-Barrette, a effectué un autre de ces reculs dont il devient le maître, surtout en matière d’immigration. Dans une déclaration où il reconnaît certaines difficultés, il annonce que le système sera revu. Souhaitons à cette révision qu’elle soit injectée d’un ingrédient essentiel nommé humanité ; il semble avoir cruellement manqué dans l’élaboration du processus.

La situation de vulnérabilité extrême dans laquelle se trouvent les gens dont le sort se joue ici, au bout d’une file d’attente, commandait un minimum de diligence. En lieu et place, ils ont eu droit à une démonstration d’amateurisme. En matière d’immigration, la CAQ multiplie les errements et les bourdes, forcée de recourir aux excuses et aux promesses de mieux faire pour masquer les maladresses : avec la réforme du Programme de l’expérience québécoise, un déficit de sensibilité a donné lieu à une refonte décriée par tous.

Cette fois, pour éviter de défavoriser les demandeurs venus des régions, on a imaginé le recours obligatoire aux coursiers. C’était sans compter la force des lois naturelles : ce système a engendré la surenchère, l’intimidation et les tentatives de corruption. Rien ne démontre en outre que l’objectif de départ est atteint et que les régions auront leur juste part. Il n’existe rien de tel qu’un système parfait, mais il vaudrait la peine de vérifier si le tirage au sort, bien balisé, ne pourrait pas assurer une meilleure équité, et éviter qu’on se retrouve avec un autre bazar.


 
18 commentaires
  • Lisette Le Blanc - Abonnée 21 janvier 2020 03 h 57

    Décevant

    En matière d'immigration, le gouvernement est décidément décevant. A vouloir satisfaire le Québec profond, il perd de vue l'essentiel: l'humanité. Le ministre Jolin-Barette navigue de par grand vent et en perd le gouvernail....

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 janvier 2020 08 h 41

      Le dossier de l'immigration est actuellement un des dossiers les plus important pour le Québec des régions autant que métropolitain. Ce devrait être un enjeu où tous se réunissent pour des raisons humanitaire tout autant que pour assurer le progrès de notre société. Le ministère de l'immigration mérite un ministre à temps plein et compétent conditions que ne remplit pas le titulaire actuel. De plus le rôle de la bureaucratie fédérale dans ce dossier passe sous le radar. Un ministre efficace serait nécessaire s' y atteler. Le premier ministre doit y voir après deux dérapages majeurs il n'a plus le choix.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 21 janvier 2020 12 h 43

      @ M. Patenaude

      Absolument d'accord avec votre observation. La CAQ a promis mer et monde, comme si le Québec était souverain. L'Immigration est un dossier partagé.

      Promesse électorale de la CAQ:" Exiger un examen de français et de valeurs au bout de trois ans. En cas d’échec, une année supplémentaire sera accordée. En cas de nouvel échec, le Québec n’accordera pas le Certificat de sélection, qui permet de devenir citoyen canadien." Le test des valeurs est pas mal loin de cela.

    • Jacques Patenaude - Abonné 21 janvier 2020 16 h 53

      @ Grandchamps
      Heureusement que le test des valeurs est devenu une coquille vide imitant ainsi celui du Canada. Encore une fois je félicite le gouvernement de la CAQ quand il recule. Mais je voudrais aussi qu'on attire l'attention sur le fédéral. Comme par exemple les retard accumulés dans les décisions qui concernent le statut de réfugiés. Ce sont les libéraux qui avaient suspendu ce programme. Pas de grande condamnation pour les libéraux à ce moment là. Est-ce parce que l'humanisme n'a pas le même sens selon qui pose le geste. Là aussi on peut s'interroger sur des questions où les droits humains ne sont pas nécessairement si bien défendus que cela. J'ai quand même un peu l'impression que certains de nos grands défenseurs des droits humains ont deux poids deux mesures lorsque viens le temps de regarder la question de l'immigration. Au fédéral je crois que les bottines juridiques ne suivent pas toujours les babines politique. C'est loin des réflecteurs alors l'incompétence de la CAQ est très utile pour camoufler la réalité.

  • Daphnee Geoffrion - Abonnée 21 janvier 2020 08 h 03

    Un beau cadeau de grec, un ministère géré depuis 15 ans par les Libéraux.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 21 janvier 2020 09 h 26

      Je regrette. Un ministre et un gouvernement qui commettent gaffes par dessus gaffes. S'il s'agissait d'un gouvernement péquiste, libéral ou qsiste...ça ferait longtemps que la lune de miel serait chose du passé.

      Ce qui joue en faveur de la CAQ: 1-pas de chef au PLQ ni au PQ 2- La loi 21, populaire chez les francophones, attire la sympathie et en conduit certains à l'indulgence...parfois discutable.

      1-Le ministre jetait à la poubelle 18 000 dossiers. La Cour l'a fait reculer 2-Le bonjour-hi...autre recule 3-Mettre la hache dans le progarmme PEQ pour étudiants. Levées de boucliers des gens d'affaires et des dirigeants des universités: Legault a même eu des propos désobligeants à l'égard des gens d'affaires et des dirigeants d'universités. Le gouvernement a dû reculer. Maintenant ces étudiants seraient des "candidats de choix"!

      La CAQ a fait des promesses électorales impossibles à réaliser, en immigration pcq c'est un dossier partagé. Pensons au ridicule test de valeurs, uniquement pour les immigrants économiques, et pouvant être passé à distance.

      Le pire: ce ministre porte le dossier de la langue!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 21 janvier 2020 12 h 46

      A lire les 3 chroniques de Michel David : Chronique no 1 :L’art de la demi-mesure : Chronique no 2 : Amateurisme navrant Chronique no 3 :Un autre panier de crabes

  • Mario Gallant - Abonné 21 janvier 2020 08 h 24

    Gaston Lagaffe...

    Décidément ce type n'en rate pas une....régulier comme Gaston...

  • Pierre LeBel - Inscrit 21 janvier 2020 09 h 11

    Le Québec à la traine de idéologie populiste nationaliste CAQiste

    Je crois que Simon Jolin-Barette est le visage-même de l'idéologie populiste nationaliste de la CAQ dont le Québec est à la traine. Une idéologie n'a pas de coeur, mais seule une ambition.

  • Michel Fontaine - Abonné 21 janvier 2020 09 h 50

    L'aversion de la CAQ face à l'immigration

    Il est de plus en plus clair que ce gouvernement n'aime pas les immigrants et en veut le moins possible ( réduction du quota annuel d'immigrants, destruction de 18 000 dossiers en attente, Loi 21, réforme improvisée du PEQ pour les étudiants étrangers, modifications au processus de parrainage, etc...). Il fait donc tout ce qu'il peut pour contrer l'arrivée de nouveaux citoyens, en faisant fi de toute considération humanitaire. Ces gestes et ces politiques affecteront sérieusement la réputation du Québec comme terre d'accueil.