Éthique et culture religieuse: repartir sur de meilleures bases

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a annoncé que le cours Éthique et culture religieuse (ECR) sera remplacé en 2021 par un cours qui ne portera pas, ou à peine, sur le phénomène religieux.

Des consultations ont commencé en ligne, et trois forums de discussions auront lieu en février à Montréal, à Québec et à Trois-Rivières. Le ministre propose huit thèmes, dont la participation citoyenne et la démocratie, l’« écocitoyenneté », la citoyenneté numérique, l’éducation juridique ainsi que le développement de soi et les relations interpersonnelles et l’éducation sexuelle. La religion ne fait pas partie des thèmes suggérés, à moins que le sujet soit abordé sous le thème cultures des sociétés.

Il ne fait aucun doute que le cours ECR devait être revu, voire carrément remplacé. Dès son introduction en 2008, il a soulevé la controverse. Il a mécontenté les partisans d’un enseignement religieux confessionnel, tel qu’il était pratiqué dans le passé : un collège privé catholique a même obtenu du tribunal le droit de ne pas le dispenser. Les défenseurs d’une école laïque s’insurgent qu’on puisse s’immiscer dans les croyances personnelles des élèves, et certains croient que l’enseignement de la religion n’a pas sa place à l’école publique. Des conservateurs estiment que le fait de mettre toutes les religions sur le même pied verse dans le relativisme moral et menace l’identité nationale en gommant son caractère chrétien. D’autres ont relevé que le cours ECR n’abordait que marginalement l’athéisme et l’agnosticisme, ne les présentant pas comme des options valables et forçant ainsi une forme d’impératif de la croyance. Enfin, des esprits féministes s’étonnaient que les grandes religions patriarcales soient valorisées à l’école, alors qu’elles discriminent les femmes et qu’elles leur prêchent la soumission.

À cela s’ajoutent les difficultés d’ordre pédagogique : des enseignants qui ne sont pas formés pour enseigner la matière et qui, de surcroît, sont parfois réticents à le faire, des contenus mal définis et disparates, du matériel didactique qui étale des stéréotypes sexistes.

À notre avis, la plus grande tare du cours d’ECR, c’est de présenter la notion du vivre-ensemble presque exclusivement sous l’angle d’une coexistence des croyants de différentes religions et de la Charte des droits et libertés de la personne, alors que la pleine participation à la société québécoise dépend de valeurs qui ne sont pas l’apanage des religions et qui sont essentiellement laïques. L’humanisme, la démocratie, le civisme et l’éthique font partie de ces valeurs séculières.

Il ne s’agit pas toutefois de bannir tout enseignement des religions à l’école, comme le voudraient certains rationalistes. De fait, cet enseignement, dans une perspective culturelle, historique et même politique, est souhaitable, à commencer par le christianisme et le judaïsme qui déterminent beaucoup plus que d’aucuns le croient la culture et la pensée québécoises. C’est affaire de culture générale, certes ; ce sont surtout des connaissances qui s’avèrent essentielles pour comprendre non seulement le passé, mais aussi le XXIe siècle. Or cet enseignement doit être intégré aux cours d’histoire ou d’univers social, non pas à un cours sur la citoyenneté.

Pour l’heure, le ministre Roberge a annoncé qu’il fait table rase, mais il ne nous dit pas par quoi il remplacera le cours d’ECR. Il doit préciser quels sont les objectifs du nouveau cours, quel en sera le fil conducteur ou l’épine dorsale et ce qu’il adviendra de l’enseignement des religions.


Le cours Éthique et culture religieuse (ECR) sera remplacé en 2021 et non 2022, comme l'indiquait une version précédente de cet éditorial. Nos excuses.

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