Des promoteurs révoltants

La « nouvelle tendance » en immobilier est tout simplement révoltante. Des promoteurs sans grande sensibilité pour le respect du droit à l’égalité mettent en marché des projets destinés aux 50 ans et plus.

Ces projets conçus pour les professionnels sans enfants et les retraités en bonne santé se multiplient, surtout sur la Rive-Sud et la couronne nord de Montréal, révélait samedi Le Devoir. C’est le comble de l’égoïsme pour une génération narcissique qui s’accroche à ses privilèges, car il ne devrait pas y avoir de méprise sur la clientèle ciblée par ces projets. Même si le critère de 50 ans et plus englobe partiellement des représentants de la génération X, ces projets s’adressent, en tout premier lieu, à des boomers fortunés qui veulent vieillir entre eux dans leurs îlots de quiétude.

Posons les termes du débat à l’envers pour un instant. Et si un jeune promoteur tout feu tout flamme avait la hardiesse de mettre en marché un projet destiné aux millénariaux, en refusant de répondre aux questions des acheteurs potentiels à la chevelure grise nés au XXe siècle ? Les bâtisseurs de la Révolution tranquille exigeraient sans doute une commission d’enquête pour faire la lumière sur cette scandaleuse affaire « d’âgisme ».

C’est bien une affaire de discrimination fondée sur l’âge qui se trame derrière cette nouvelle mode. Non seulement elle est contraire aux objectifs de mixité sociale qui sont à la base des politiques de logement, mais elle risque d’accroître les barrières à l’entrée et d’aggraver la crise du logement pour les nouveaux acheteurs qui auraient l’infortune d’être jeunes ou d’avoir des enfants. L’étape suivante dans ce nouveau phénomène de ségrégation immobilière, ce sera quoi ?

Dans le domaine du logement, la discrimination fondée sur l’âge est interdite par la Charte québécoise des droits et libertés. Cette affaire interpelle directement la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, mais ses interventions ne seront pas suffisantes pour mettre un terme à ces pratiques inacceptables. La Commission règle ses dossiers au cas par cas à partir des plaintes qu’elle reçoit.

Les maires des municipalités où sévissent ces promoteurs ont des pouvoirs d’intervention. Ils devraient refuser aux promoteurs qui pratiquent de la discrimination les permis et les autorisations sans lesquels ils ne pourront pas faire de mise en chantier. Les ministres de la Justice, Sonia LeBel, et des Affaires municipales, Andrée Laforest, devraient aussi défendre le droit à l’égalité et les valeurs d’inclusion dans l’accès au logement. Parce que ce n’est pas comme ça qu’on vit au Québec.

34 commentaires
  • Gaëtan Vallée - Abonné 13 janvier 2020 08 h 00

    La passion de la barrière

    Tout à fait d'accord avec vous. Nous n'en sommes pas encore aux quartiers murés (en Floride notamment), mais cela ne peut être exclu d'emblée. Hélas, on doit constater que le souci de se démarquer du voisin perçu comme inférieur ou nuisible est une passion qui accompagne la stratification sociale. Le droit à l'égalité est l'arme dont nous disposons pour combattre cette passion nnégative.

    G. Vallée

  • Pierre Rousseau - Abonné 13 janvier 2020 08 h 10

    Société distincte !

    Effectivement, le Québec est distinct par rapport au reste de l'Amérique du Nord où les « gated communities » et les résidences pour « seniors » existent pour les aînés. C'est drôle mais on ne parle pas du promoteur qui construit des résidences plus sophistiquées qui coûtent plus cher et où les jeunes familles sont automatiquement exclues si elle n'en ont pas les moyens. Pas un mot sur les promoteurs qui constuisent des résidences pour les golfeurs dans les terrains de golf et où les prix sont très élevés, excluant bien des familles. Non, on s'attaque plutôt aux vieux, c'est plus facile, surtout qu'ils et elles sont actuellement les horribles « baby boomers », tout en oubliant que tout le monde a de bonnes chances de vieillir un jour et que les prochains sur la liste sont les X, Y ou Z etc. On préfère voir les aînés parqués dans des mouroirs comme les CHSLD et pour ceux qui ne sont pas à l'article de la mort et ont encore une qualité de vie, interdit de vivre dans des résidences à leur goût car c'est comme ça qu'on vit au Québec.

    • Céline Delorme - Abonnée 13 janvier 2020 12 h 22

      Bien d'accord avec M Rousseau.
      Bien sûr les Villes doivent surveiller leur plan d'urbanisme pour que les jeunes famiilles bénéficient de logements adéquats, près des parcs, des écoles et des autres services. C'est un rôle du gouvernement, et non des promoteurs individuels.
      M Miles fait preuve d'âgisme aigu, à s'attaquer ainsi aux personnes agées qui désirent la tranquillité. À 70 ans et plus, M Miles aura peut-être lui-aussi de l'hypertension, une maladie de coeur, ou un cancer sous traitement en chimiothèrapie, qui lui causera de l'insomine. (je ne lui souhaite pas bien sûr.)
      Dans ce cas, la personne plus âgée n'a plus la patience de tolérer des petits enfants qui font trembler son plafond en sautant à qui mieux mieux au dessus de sa tête, ni d'endurer l'ado des voisins qui fait sauter ses hauts parleurs, et trembler les murs avec du Hip-Hop à plein volume.
      Il faut respecter les familles, mais pourquoi les gens âgés n'auraient-ils pas eux aussi droit au respect?

    • Jean Duchesneau - Abonné 13 janvier 2020 13 h 00

      Puisque le site du Devoir ne me permet pas de "liker", je vous indique que j'appuie totalement votre point de vue!

  • Michel Pasquier - Abonné 13 janvier 2020 08 h 42

    Nouvelle marotte ?

    Je laisse à d’autres le soin de discuter des enjeux de société liés à cette affaire mais en quoi risque- t- elle d’aggraver la crise du logement pour les nouveaux acheteurs qui auraient l’infortune d’être jeunes ou d’avoir des enfants, comme vous l’écrivez ?
    Des gens quittent leur maison individuelle pour habiter dans une tour, laquelle maison devient libre, et puis en quoi ces projets empêchent-ils la construction de tours près des écoles, près des facilités sportives ? Si ces projets ne voient pas le jour il y a d’autres raisons qu’il serait utile de développer dans ces pages plutôt que d’embrasser la marotte du moment.
    Dur, dur de vendre des journaux à l’ère du numérique.

  • Jean Duchesneau - Abonné 13 janvier 2020 09 h 04

    Chronique bobo!

    Il est de bon ton de frapper fort sur les boomers. Mais où habitent-ils les bobos de Montréal? Dans une tour à condo, ghetto de bobos riches? Dans un manoir ancestral du ghetto anglophone de Westmount ou de Town of Mont Royal? Dans une résidence cossue d'Outremont? À Montréal, le choix ne manque pas. Moi le boomer qui ai élevé mes quatre enfants dans mon bungalow (kétaine d'un point de vue bobo) d'une de ces villes de la couronne nord, à l'approche de 70 ans, mes os, mes tendons, ma vue, ont besoin d'un certain confort; vous connaîtrez cela chers bosbos. Quand j'ai vendu ma maison à l'été 2017, il n'y en avait pas de résidence adaptée à mes besoins dans ma ville, j'envisageais de quitter ma ville pour me rapprocher de Montréal où les tours à condos prolifèrent comme des champignons. Mais, j'ai vite réalisé que j'en avais pas les moyens. Depuis lors, il y a eu construction d'une telle habitation répondant à mes besoins dans ma ville. J'y habite et en suis très heureux et cela ne me dérangerait pas s'il y vivait des familles. Mais, à l'évidence, l'édicfice ne convient pas aux enfants. Et quoi Monsieur Miles, ce qui est bons pour Montréal ne l'est pas pour Mascouche, L'Assomption ou Joliette? Cette chronique remplie de préjugés relève d'une idéologie gauchiste des plus simplistes.

    • Jean Duchesneau - Abonné 13 janvier 2020 11 h 10

      De plus cettre chronique fait un procès d'intention malveillant. Affirmer que les "boomers" s'isolent pour s'exclure du restede la société, c'est essentialiser un groupe de la société en leur prêtant une mauvaise intention. La réalité c'est que suivant l'âge, les besoins évoluent, celà n'a rien à voir avec l'étiquette (âgiste) de "boomer" ou de génération x, y ou z. Ceci étant dit, il est vrai que l'urbanisme devrait être repensé afinque chaque génération et chaque "classe sociale" vivent suivant un mode de vie plus écologique. À mon avis, de tels changements peuvent être faits tout en rehaussant la qualité de vie de chacun des groupes de la sociétés selon leurs besoins propres; pas en les stigmatisant comme le fait ce chroniqueur!

    • Pierre Fortin - Abonné 13 janvier 2020 15 h 49

      Je partage sans réserve votre opinion Monsieur Duchesneau.

      Monsieur Myles peut critiquer à sa guise un promoteur cherchant une niche dans le marché immobilier pour y développer un nouveau projet et nous faire part de son indignation s'il y voit « une affaire de discrimination fondée sur l’âge ». Mais il dérape complètement en affirmant « C’est le comble de l’égoïsme pour une génération narcissique qui s’accroche à ses privilèges ».

      Soumettre abusivement ce qui soulève son indignation à une interprétation d'ordre psychologique et généraliser ses conclusions subjectives sur le dos d'une génération entière, qui plus est sans fournir de démonstration validant son propos, est proprement indigne du Devoir et à plus forte raison de son Directeur.

      Le Devoir manque malheureusement de plus en plus de rigueur. Quel dommage !

    • Jean Duchesneau - Abonné 13 janvier 2020 19 h 35

      "Le Devoir manque malheureusement de plus en plus de rigueur. Quel dommage !" Pierre Fortin

      Ne nous trompons pas, il ne s'agit pas d'un simple manque de rigueur de la part d'un simple chroniqueur, comme on en subit de plus en plus dans ce journal, mais bien de la position éditoriale du directeur de la boîte.

      Et l'on paie pour çà?

    • Pierre Fortin - Abonné 13 janvier 2020 20 h 55

      « Et l'on paie pour çà ? »

      Je paye et je lis le Devoir depuis Claude Ryan et je continue de le faire car je crois toujours qu'un journal, digne de ce nom et vraiment indépendant, est salutaire pour le Québec. De là à dire que l'équipe actuelle est à la hauteur de l'engagement de Henri Bourassa, c'est une autre histoire et je ne manque pas de le critiquer à ma façon — si seulement la Rédaction lisait les commentaires, elle aurait déjà une étude de marché gratuite ! On ne semble pas comprendre qu'il en coûte de cinq à six fois plus cher de trouver de nouveaux clients que de conserver ceux qu'on a déjà.

      La devise « Fais ce que dois » est de plus en plus évanescente et on semble avoir oublié ce qu'elle signifie depuis quelque temps, au moins depuis le départ de Bernard Descôteaux qui, et je le lui souhaite, peut profiter de sa retraite bien méritée sans se culpabiliser d'être d'une « génération narcissique qui s’accroche à ses privilèges ».

      Il y a beaucoup à dire sur l'orientation mercantile et éditoriale du Devoir; la réorientation de sa recherche de marché et d'une niche rentable semble avoir occulté progressivement sa mission. Il doit être soutenu, mais pas à n'importe quel prix. Les choix éditoriaux ne peuvent être assujettis à la facilité et à la seule cote de popularité.

      Un marché, ça se cultive. Encore faut-il savoir à qui on s'adresse.

  • Danielle Brossard - Abonnée 13 janvier 2020 09 h 25

    De tous les temps, les ghettos se sont avérés néfastes pour une société. Parquer des gens selon leur catégorie d'âge sur un lot de terre est un ghetto au même titre que de parquer des gens selon leur race comme nos réserves indiennes. À qui profite donc ces ghettos qui les excluent de l'ensemble de la population ? D'ailleurs, le plus grand mal dont souffre la très grande majorité des aînés est l'isolement social qui conduit inévitablement au repli sur soi, donc nullement à leur épanouissement.