Popularité, quand tu nous tiens

Un peu plus d’un an après son élection, la popularité de François Legault et de son gouvernement ne se dément pas. Le premier ministre se targue d’avoir stimulé la fierté des Québécois, dont une majorité semble apprécier sa façon de gouverner, malgré les bavures, ainsi que sa volonté de défendre leurs aspirations nationales.

Selon un sondage Léger-Le Devoir publié la semaine dernière, plus de 60 % des répondants ont une bonne opinion de François Legault et il se retrouve aussi, à 37 points, au deuxième rang pour le « score d’appréciation », fait de la différence entre les pourcentages de bonne opinion et de mauvaise opinion, tout juste derrière l’ancienne vedette de la télévision Marguerite Blais, la ministre responsable des Aînés. N’en déplaise aux millénariaux et aux tenants du mouvement d’origine néo-zélandaise OK boomer, il semble que les « mononcles » et les « matantes » ont toujours la cote. Il y a évidemment de notables exceptions, dont Gaétan Barrette, qui jouit d’une grande notoriété, mais sur le score duquel il serait plus charitable de ne pas revenir.

Le bureau du premier ministre a aussi pris le pouls de la population, et les indicateurs sont au beau fixe. Le taux de satisfaction envers le gouvernement, à plus de 60 %, soit trois francophones sur quatre, est toujours aussi élevé, et les deux tiers des répondants croient que le Québec va dans la bonne direction.

Il faut dire que, depuis la victoire d’octobre 2018, le gouvernement Legault s’est attelé à remplir scrupuleusement les promesses électorales de la Coalition avenir Québec dans lesquelles ne figurent pas l’amincissement de l’État et les coupes dans les services publics qu’avait programmés le Parti libéral de Jean Charest et l’austérité, dont n’avait pas soufflé mot en campagne électorale son successeur, Philippe Couillard, mais qui fut sa marque de commerce. Il n’y a pas de mouvement « Je n’ai jamais voté pour ça » contre le gouvernement caquiste. On lui sait gré de ne pas préparer en catimini un assaut néolibéral sur l’État québécois.

Ainsi, le gouvernement caquiste fut sans grande surprise en 2019, mettant en oeuvre son programme électoral et devançant certaines de ses promesses d’ordre financier. Il n’y a que pour la réforme du mode de scrutin qu’il a décidé d’atermoyer, en la rendant conditionnelle à un référendum positif.

Être à l’écoute de la population est certes un des mots d’ordre du gouvernement. La réforme de l’immigration, qui passe par de meilleurs services de francisation, correspond à une préoccupation de l’électorat. Malgré la controverse qu’elle suscite, la Loi sur la laïcité se veut, elle aussi, une réponse au voeu de la majorité, ce que François Legault a répété sans expliquer plus avant pourquoi l’interdiction des signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité serait souhaitable. Ce ne sont toutefois pas les sujets de prédilection du chef caquiste, lui qui ramène souvent tous les enjeux à son obsession économique.

Certains taxeront de populiste ce respect de François Legault pour la volonté populaire, c’est-à-dire la volonté de la majorité, ainsi que le nationalisme décomplexé qu’il incarne. Or comme l’explique le politologue Frédéric Boily, dans son livre La Coalition avenir Québec. Une idéologie à la recherche du pouvoir (publié tout juste avant les dernières élections québécoises), la CAQ ne pratique ni l’une ni l’autre des formes de populisme qui ont cours. La première de ces formes, le populisme protestataire, s’en prend aux élites en place et cherche à détruire l’ordre établi par les progressistes, comme Trump l’incarne aux États-Unis. L’autre courant, c’est celui du populisme identitaire, ou « national-populisme » — Trump s’y abreuve également —, qui fustige non seulement les élites, mais aussi les « autres » en dénonçant l’immigration. Il n’y a aucun parti au Québec, y compris la CAQ, qui s’oppose à l’immigration ou qui prône le démantèlement des politiques sociales-démocrates québécoises.

Mais il y a une limite à gouverner en fonction de promesses électorales, conçues pour plaire et se faire élire. Et on ne peut pas toujours se fier à la boussole de l’opinion publique. Comme l’a énoncé Richelieu, la politique est l’art de rendre possible le nécessaire. Et ce qui est nécessaire n’est pas toujours populaire, ou même évoqué dans des enquêtes d’opinion.

Que ce soit à la santé, à la protection de la jeunesse, en éducation ou sur le plan économique, le gouvernement caquiste devra accomplir en 2020 des tâches dont les résultats ne seront pas aussi visibles, du moins à court terme, qu’une hausse de l’allocation famille ou l’abolition de la contribution additionnelle sur les tarifs des services de garde. Et c’est sans parler de la nécessaire et inlassable défense des intérêts du Québec au sein de la fédération.

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