Rattrapage environnemental

L’environnement, François Legault en avait à peine glissé un mot durant la campagne électorale. Mais 2020, ce sera pour le gouvernement caquiste comme un grand coming-out environnemental, le déballage de ses cibles graduelles en matière de réduction des gaz à effet de serre (GES), l’annonce de mesures concrètes dans le prochain budget et, à l’automne, le dévoilement d’un plan d’action détaillée sur cinq ans.

La semaine dernière, Le Devoir révélait que l’inventaire québécois des émissions de GES, tel que colligé par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), montrait que le Québec se dirigeait dans la mauvaise direction. Héritage du gouvernement libéral, pour une troisième année de suite en 2017 (les dernières données disponibles), les émissions ont connu une légère hausse. On peut bien se consoler en soulignant que cette minime augmentation est moindre que la croissance de la population et de l’économie, il n’en demeure pas moins que l’objectif (raté) de 2020 d’une réduction de 20 % par rapport à 1990 — les émissions n’ont été réduites que de 8,7 % — et l’objectif maintenu d’une baisse de 37,5 % d’ici 2030 s’éloignent inexorablement. Pour renverser la situation, un plan d’action, financé adéquatement, mis en oeuvre avec célérité et doté de mesures efficaces, s’impose.

Le gouvernement Legault planche sur des cibles qui toucheront spécifiquement les principales sources de GES imputables à l’activité humaine : le transport des personnes et des marchandises, le chauffage des bâtiments, les activités industrielles, l’agriculture et la gestion des déchets.

En matière de transport routier, on table sur le développement du transport collectif, notamment les projets de tramways à Québec, dans l’est de Montréal et sur la Rive-Sud de la métropole. On mise beaucoup sur l’électrification des véhicules — on prévoit que d’ici quelques années, le prix des autos électriques ne dépassera plus celui des voitures à essence. De même, à mesure que les flottes seront renouvelées, les autobus scolaires au diesel seront remplacés par des modèles électriques.

Pour le transport de marchandises, on entrevoit le développement de camions propulsés au biogaz et, à terme, à l’hydrogène.

Pour le chauffage des bâtiments commerciaux et institutionnels existants, le mazout fera place au gaz, préférablement le biogaz. Mais pour les nouveaux bâtiments, une combinaison de géothermie et d’électricité pourrait s’avérer concurrentielle.

Le gouvernement Legault lorgne également du côté des usines de biométhanisation pour valoriser les déchets organiques, des installations coûteuses mais qui permettent de réduire de façon importante les émissions de GES en provenance des sites d’enfouissement, tout en remplaçant le gaz naturel fossile.

Dans l’optique du gouvernement Legault, le Québec pourrait tirer un grand avantage économique en attirant des entreprises étrangères soucieuses de leur empreinte environnementale et en développant des créneaux liés aux énergies vertes. L’abandon du pétrole aurait aussi un effet dopant sur la balance commerciale du Québec, déficitaire à l’heure actuelle.

Il s’agit d’une occasion de positionner le Québec sur le plan mondial et de favoriser son enrichissement, un leitmotiv de François Legault. On doit comprendre que, pour lui, ce virage vert ne doit pas pénaliser l’économie québécoise. Les émissions de GES du Québec, c’est une goutte dans l’océan à l’échelle mondiale, raisonne-t-on. Il serait tout de même inconcevable que les Hydro-Québécois ne prêchent pas par l’exemple.

Le gouvernement Legault a un faible pour les mesures limitées qui donnent des résultats évidents. C’est ainsi qu’il a lancé un programme de récupération des électroménagers et donné le feu vert à la consigne pour les bouteilles de verre et de plastique.

Comme l’a aussi affirmé le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, au Devoir, il n’est pas question d’imposer des mesures restrictives aux automobilistes qui chérissent leur pick-up ou leur VUS. C’est un véritable « projet de société », selon le terme utilisé par le ministre, mais un projet de société où les citoyens n’auraient à fournir aucun effort.

C’est là que l’approche du gouvernement caquiste apparaît simpliste. Ce n’est pas faire preuve d’un optimisme démesuré que de croire que le remplacement des énergies fossiles se traduira par des occasions de développement économique. Mais des choix devront être faits et le gouvernement Legault devra cesser de poursuivre des objectifs contradictoires, mélangeant construction d’autoroutes et réduction des émissions de GES, ou encore, coupes à blanc et protection de la biodiversité.

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