Médecins spécialistes: la raison du plus fort lobby

En campagne électorale, François Legault a promis de rouvrir l’entente avec les médecins spécialistes, lâchement signée par le gouvernement Couillard en 2018 (en écartant des négociations le ministre de la Santé Gaétan Barrette), pour retrancher de leur rémunération, qui dépasse de 20 % celle de leurs confrères ontariens, un milliard de dollars par an.

Or, comme quiconque a pu le constater en parcourant l’entente dévoilée mercredi, ou plutôt cette espèce de résumé prédigéré de l’entente destiné à des journalistes dont on présume la paresse intellectuelle, et en lisant le vague communiqué de presse, avare de chiffres et de détails, qui l’accompagnait, le gouvernement Legault n’a pas rouvert l’entente de 2018, ni récupéré ce qui pourrait s’approcher d’un réel écart de rémunération.

Lors de la conférence de presse, le négociateur représentant la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Lucien Bouchard, a expliqué avec le pathos qu’on lui connaît combien les compromis étaient durs et les objectifs, immuables. L’ex-premier ministre semblait par moments jouer son propre rôle et, de surcroît, en être parfaitement conscient.

De fait, les médecins spécialistes ont consenti à une réduction théorique de 240 millions à terme provenant de la suppression de certains actes médicaux inutiles et de la diminution de certains tarifs devenus exagérés compte tenu des progrès techniques, notamment en ophtalmologie et en radiologie. Le reste des économies récurrentes vient essentiellement de sommes qui font partie de l’enveloppe de rémunération globale mais qui ne sont pas dépensées. Ces modestes économies resteront dans l’enveloppe et seront gérées non pas par le ministère de la Santé, mais par un nouvel Institut de la pertinence auquel les médecins siègent. Mince consolation : on peut s’attendre à une amélioration marginale de l’accès à certains soins et traitements spécialisés.

Aucune baisse générale de leurs tarifs n’attend les médecins. Les résultats de la fameuse étude, commandée à l’Institut canadien d’information de la santé, sur leur rémunération restent confidentiels. On se demande par quel artifice statistique le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, fera mentir les dernières données, qui constatent une surrémunération des médecins spécialistes québécois. Le pire, c’est que l’étude, faite sur mesure pour la FMSQ, si sophistiquée ou tordue doive-t-elle être, servira de plancher pour les prochaines négociations en 2023. Les médecins spécialistes ont bien compris où se situait leur intérêt : ils ont voté à 88 % pour l’entente.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

10 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 16 décembre 2019 06 h 00

    Legault est devenu un prestidigitateur qui fait des cadeaux de Noël avec ses rêves qu’il enrobe de paroles sans écho à la réalité.

    Il l’a fait avec la pseudo-entente avec les médecins spécialistes et vient de récidiver avec son appui pressant à l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) précipitamment signé par le Mexique qui y voit des gains et l’aval des négociateurs américains et canadiens qui y voient une protection à leur industrie métallurgique.

    Or, le PM Legault parle de gains pour les travailleurs québécois sans préciser à quoi ils correspondent, comme dans le cas des médecins.

    En fait la seule nouvelle intéressante est qu’il n’entend pas étirer sa présence à la tête du Québec. Il avait annoncé en 2011 qu’il se retirerait dix ans plus tard. Il devrait respecter sa parole.

    Au total, il n’a fait que prendre sa revanche après s’être retiré de la course à la direction du PQ en 2005 et avoir démissionné en 2009 pour, à peine un an plus tard, s’être associé à l’homme d’affaires Charles Sirois pour créer son parti parce qu’il refusait de parler d’indépendance, l’important pour lui était l’économie, la santé et l’éducation.

    En 2021, il aura fait ce qui l’anime : jouer dans le carré de sable québécois. Il n’est pas outillé pour s’investir dans le jardin québécois au moment où le carré de sable est sous attaque et le jardin encore plus avec le désordre climatique qui s’annonce.

    Il le sait et sait aussi qu’il ne pourra recourir à des prestidigitations pour créer de l’éphémère, y compris avec la loi 21 qui lui sert d’entrée sur scène avec des applaudissements que l’on donne au Québec à ceux et celles qui font un bon coup en s’affichant un batailleur.

    Je dis bien « en s’affichant ».

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 16 décembre 2019 10 h 37

      D'autre part, en s'affichant publiquement catholique lors de son voyage en Californie, il ne rend pas service à l'esprit de la loi 21.

      En négociant une entente bidon avec les spécialistes, il s'effouère devant devant le père de la lucidité conservatrice.

      En nous demandant de le réélire aux prochaines élections générales pour la moitié d'un mandat, il nous demande de jeter de l'argent par la fenêtre pour une élection partielle.

      Je nous souhaite de le renvoyer le plus tôt possible à son monde des petites affaires bebelles.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 décembre 2019 08 h 37

    De la paresse intellectuelle des journalistes

    Monsieur Durisac a raison. Contrairement à lui, les journalistes attendront la publication de l'entente, demain, pour porter un verdict appuyé sur une connaissance réelle des termes de celle-ci.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2019 08 h 51

    Quand ils ont accepté l'entente à 88 %, les spécialistes riaient fort

    Ils venaient de nous rouler encore une fois dans la farine.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 16 décembre 2019 11 h 04

      Je n'attendais pas vraiment votre commentaire pour me placer du mauvais côté de la barrière, une fois de plus. Mais une fois de plus, j'avoue m'y trouver plus à mon aise que du vôtre, monsieur. Une autre fois, vous aurez porté jugement sans savoir de quoi vous parlez. Ce n'est pas une accusation: monsieur Dutrisac lui-même confesse que c'est dans une assez grande ignorance qu'il prononce son propre verdict. À moins, donc, que vous n'ayez un accès privilégié à l'entente et que vous soyez en outre capable (comme peu le sont) de la jauger en considérant l'entente initiale, il faudra conclure qu'ici comme ailleurs, on palle pour paller, en famille.

    • Sylvio Le Blanc - Abonné 16 décembre 2019 14 h 26

      M. MRD, voilà que vous défendez les médecins. Vous avez l'esprit de contradiction mal placé.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 17 décembre 2019 05 h 59

      Je ne défends pas les médecins. Je n'en ai ni le désir ni les moyens. Vous estimez que c'est par « esprit de contradiction » que je note que l'éditorialiste condamne l'entente après avoir confessé qu'il n'en connaissait pas bien le contenu. En effet, on pourrait nommer cela de même, si ce forum était une de ces echo room où il est de mauvais goût de semer la discorde. Jusqu'à nouvel ordre, on peut encore appeler cela de l'esprit critique, par ici. Le jour où je sévirai au JdeM...

  • Michel Lebel - Abonné 16 décembre 2019 09 h 43

    Une entente toujours bien mystérieuse

    C'est quoi cette mystérieuse entente! Elle me semble être du bidon, de la poudre aux yeux! Et que fait un ancien premier ministre, Lucien Bouchard, dans le décor? Tout de même! Le devoir de réserve ne s'applique pas seulement aux juges de la Cour d'appel! Mais ainsi va la petite vie politique au Québec, sous régime caquiste.

    M.L.

  • Claude Gélinas - Abonné 16 décembre 2019 12 h 03

    De l'esbroufe que ce recul !

    Il fallait voir la mine triomphante de la Présidente de la Fédération des spécialistes pour comprendre qu'une fois encore les contribuables québécois se sont faits rouler dans la farine et ce avec la complicité du Président du Conseil du Trésor. Et dire que le PM Vent Debout en campagne électorale Vent répétait qu'aucun lobby n'influencerait les décideurs potlitiques et qu'il ferait le nécessaire pour récupérer 1 Milliard par année.

    Et pour joindre l'injure à l'insulte que dire de la création de ce nouvel Institut de la Pertinence composé de médecins spécialistes surveillant la pertinence des actes décidés par leurs confères qui sachant très bien que cet Institut est de la poudre aux yeux puisqu'ils ont accepté à 88 % la nouvelle entente.

    Et pendant ce temps le nombre de médecins millionnaires augmentent sans oublier les nombreux médecins obligés de remettre l'argent perçu sans raisons valable. Cette cupidité galopante ne peut que nuire à la réputation de nombreux spécialistes honteux de participer à cet enrichissement déraisonnable dans un Québec qui a tand donné aux médecins spécialistes est désormais obligés de refuser de consentir un traiement équibable aux infirmières, préposés ainsi qu'aux professeurs.