Les signaux ratés

À nouveau, le drame familial dans toute son horreur et sa prévisibilité vient de se jouer sous nos yeux. Un homme connu pour une propension à la violence conjugale et interdit de tout contact avec son ex-épouse aurait assassiné cette semaine ses deux enfants, de 4 et 2 ans, et leur mère, avant de s’enlever la vie. Colère et impuissance colorent les réactions. Comment, à nouveau, n’a-t-on pas capté les signaux annonciateurs de cette fin meurtrière ?

Il y a sept semaines, un mauvais film similaire se jouait dans un quartier montréalais voisin. Un homme connu et suivi pour des problèmes de santé mentale, une rupture amoureuse mal encaissée, une intervention policière préalable au domicile.

Si au moins on pouvait se réfugier dans le confort de l’ignorance pour expliquer l’inexplicable. Mais non ! On savait, et deux fois plutôt qu’une. Les policiers étaient des habitués de ce domicile de l’est de Montréal ; l’homme avait même été accusé de voies de fait armées contre sa conjointe, et acquitté tout juste la semaine dernière, selon ce que rapportent certains médias. Au Québec, une femme meurt tous les mois aux mains d’un homme qu’elle a déjà appelé son amour. Au Canada, un féminicide survient tous les 2,5 jours. Très souvent, les agresseurs sont connus soit du système judiciaire, soit du système de santé. Comment corriger nos errances meurtrières ?

Il fut un temps, pas si lointain, où nommer la violence faite aux femmes dans le giron de la relation de couple provoquait l’indifférence. Aujourd’hui, il faut reconnaître que le cycle de la violence conjugale anime la conversation sociale, grâce aux luttes menées sur le terrain par les défenseurs et défenseuses de ces voix anonymes. En France, où les violences conjugales se sont invitées dans le débat public et politique cette année et où des médias comme Le Monde et l’Agence France-Presse ont décidé de sortir les féminicides de l’ombre, les pistes de solutions sont multiples et pourraient inspirer un plan d’action ici au Québec.

On parle évidemment de moyens additionnels, ce qu’ici, les ressources d’hébergement pour femmes violentées, qui sont au maximum de leur capacité, revendiquent depuis des lustres. Mais on parle aussi d’une communication plus fine entre services sociaux et policiers, et d’agents mieux outillés pour décoder l’escalade potentielle de la violence. Tout cela pour prévenir le pire.


 
6 commentaires
  • Hélène Lecours - Abonnée 13 décembre 2019 09 h 47

    Comment peut-on?

    Comment peut-on laisser courir sans surveillance un homme connu pour être armé et menaçant? C'est peut-être LA question !? Peut-être parce qu'il ne menace QUE sa femme et ses enfants ? Que les policiers ne soient pas formés aux situations de violence, conjugale ou autres, ni aux problèmes de santé mentale, me semble aberrant. Sont-ils, eux aussi, plutôt formés à remplir des formulaires et à fournir des statistiques ? Et-ou à tirer dans le tas ?

    • Gilles Théberge - Abonné 13 décembre 2019 10 h 37

      Parce qu'on est ... une bande de cons madame Lecours.

      On aime mieux déchirer notre chemise et crier « Plus jamais », plutôt que de prendre des vraies mesures de prévention...!

  • Serge Grenier - Inscrit 13 décembre 2019 12 h 33

    Ne pas mordre la main qui te nourrit

    Follow the money !

    Les juges, les avocats, la police, tout le système judiciaire gagne sa vie grâce aux agresseurs, pas grâce aux victimes. Toutes ces personnes n'ont aucun intérêt à retirer les criminels de la circulation. On ne résoudra pas le problème de la violence sans s'occuper d'abord de toutes les personnes qui ont intérêt à ce qu'elle continue.

  • Sylvie Demers - Abonnée 13 décembre 2019 12 h 53

    J’ai hâte....

    ...que l’on parle de problèmes de « maladies mentales » plutôt que de problèmes de santé mentale...il me semble que la santé mentale n’est pas un problème...!Peut-être que d’appeler les choses par leur nom serait un commencement à trouver des vraies solutions aux vrais problèmes...?!?

  • Pierre Brosseau - Abonné 13 décembre 2019 13 h 00

    CHANGER DE MÉTHODE

    Étant donné que les mêmes moyens donnent toujours les mêmes résultats, il faut changer de moyen si on veut changer de résultat. C'est assez évident, il semble.
    Tout d'abord, quand un individu est connu pour être violent envers sa conjointe, il ne faut plus se contenter de lui coller un "810", comme j'ai entendu à la radio, un "810" étant l'article de loi qui interdit à une telle personne d'approcher de sa conjointe ou ex-conjointe suite à des faits reconnus violents.
    Les faits avérés sont si importants que l'individu devrait être tenu de subir un examen psychiatrique. Je ne peux pas croire qu'un psychaitre ne saurait pas détecter l'état mental d'une personne qui, après plusieurs épisodes de vfiolence conjugale, est sur le point, une semaine plus tard, de tuer femme et enfants. Tuer ses enfants, rien que d'y penser, c'est effrayant. J'imagine qu'une personne qui y pense et a l'intention de le faire, doit présenter certains signes détectables de troubles assez sérieux pour le soumettre obligatoirement à une période de traitement en interne, c'est-à-dire privé de liberté pour une durée à déterminer selon la sévérité du diagnostic.
    Pendant cette période d'incarcération, la femme et les enfants pourraient déménager et, avec l'aide de l'État, pouvoir encourir les frais financiers lui permettant de le faire.
    De plus, l'individu malade devrait porter un bracelet électronique signalant sa présence.
    Il y a sûrement d'autres moyens à envisager, mais ceux-ci devraient être sérieusement pris en considération si on veut vraiment réduire les risque que de tels drames ne se reproduisent. Ce qui se fait dans d'autres pays pourrait également inspirer nos spécialistes et législateurs.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 14 décembre 2019 08 h 36

    Prévention ?...

    ...qui est contre ?
    Suis-je sensible à la prévention, à « ma » propre prévention ? Il m'arrive d'avoir la tête « dure ».
    Je pense qu'un seul mot se doit d'être utilisé en ouverture d'analyses en ce moment.
    Un mot de huit lettres que nous nous devons répéter jusqu'à satiété.
    «POURQUOI?»
    Oui, un mot à répéter tant et aussi longtemps que toutes les réponses n'auront pas été données et ce à partir du haut de la hiérarchie jusqu'à sa base ? « POURQUOI ? »
    Dans d'autres commentaires formulés cette semaine et avant, je mentionne « Couples toxiques » Pourquoi un couple toxique ?
    Pourquoi suis-je en couple ? Pourquoi sommes-nous en couple ?
    À mon humble avis, ces questions font aussi partie du pourquoi la violence sous toutes ses formes.
    Je m'arrête ici.
    Un silence s'invite. Je pense à cette maman, ses deux enfants et..oui aussi au mari et père.
    Gaston Bourdages,
    Saint-Mathieu-de-Rioux.