La science infuse

Quand un journaliste a demandé, vendredi, au premier ministre François Legault quelle note il donnait à son gouvernement au terme de la session d’automne, ce dernier avait une réponse toute prête : « Jean-Talon ». La victoire dans cette forteresse libérale, où la candidate de la Coalition avenir Québec, Joëlle Boutin, a obtenu 43 % des voix, est venue dissiper toutes les appréhensions concernant les possibles contrecoups du fiasco du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) mené tambour battant par son jeune ministre à tout faire, Simon Jolin-Barrette, responsable, entre autres choses, de l’Immigration.

Cette bévue n’a eu aucun effet significatif sur l’appréciation du gouvernement caquiste, en dehors d’un léger recul dans un sondage, que vient en quelque sorte contredire un autre sondage présentant François Legault comme celui qui, parmi tous ses homologues des autres provinces, jouit du plus grand pourcentage d’appui de sa population, et de loin. Comme de l’eau sur le dos d’un canard.

Il faut dire que, devant les caquistes, figurent deux partis amochés et sans chef dont l’incertaine reconstruction attendra. Quant à Québec solidaire, les résultats décevants que le parti a obtenus dans Jean-Talon sont venus tempérer un enthousiasme bon enfant quelque peu prématuré.

Devant la faiblesse de ses adversaires, les seuls ennuis qu’éprouve le gouvernement Legault, il se les inflige. Appelons ça se tirer dans le pied ou s’autopeluredebananiser, comme le disait Parizeau.

Quand on fait des erreurs, on les corrige, s’est targué François Legault. Certes, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, a rapidement corrigé sa gaffe, assez incompréhensible, dirons-nous, d’avoir bonifié l’assurance parentale pour les parents biologiques en laissant de côté les parents adoptants. Il s’en est somme toute fort bien tiré. Mais ce fut beaucoup plus laborieux dans le cas des restrictions annoncées au PEQ, auxquelles un ministre rigide s’est accroché avant de retraiter et qui a conduit François Legault, avant qu’il ne renvoie son ministre à la planche à dessin, à dérailler en dénonçant l’avidité des recteurs d’université et l’appétit que manifeste le milieu des affaires pour le cheap labor.

Cet épisode, qui trahit l’amateurisme du gouvernement, a éclipsé ce qui devait être pour lui le point d’orgue de la session : la mise à jour économique et financière présentée par le ministre des Finances, Eric Girard. Le gouvernement caquiste devançait ses promesses électorales de « remettre de l’argent dans les poches des Québécois », grâce à la bonification complète de l’allocation famille et l’abolition de la contribution additionnelle pour les services de garde. On ne peut donc pas dire que le faux pas du PEQ fut sans conséquence.

Une des explications de ces déconvenues tient à la précipitation manifestée par le nouveau gouvernement. Aux côtés du premier ministre et du ministre Jolin-Barrette lors du bilan de session, la vice-première ministre et ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a reconnu que la première année au pouvoir lui avait enseigné qu’« on ne peut pas aller aussi vite qu’on voudrait ». Quant à Simon Jolin-Barrette, il a appris à la dure « l’importance de bien consulter ».

Un autre aspect où il y a place à l’amélioration, ce sont les travaux parlementaires. Il y deux semaines, le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a failli perdre le contrôle de la Chambre et il a fallu une rencontre avec les leaders parlementaires pour en venir à un modus vivendi dont on ne sait s’il persistera. Le gouvernement se plaint que l’étude des projets de loi ne progresse pas et que l’opposition officielle fait de l’obstruction systématique. Il est vrai que le nouveau leader parlementaire libéral, Marc Tanguay, qui a remplacé le conciliant Sébastien Proulx, peut se montrer acerbe et vindicatif.

Mais le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, ne donne pas sa place. Tant à Québec solidaire qu’au Parti québécois, on déplore son arrogance et sa rigidité. Or, le leader du gouvernement, qui règne en maître sur l’organisation des travaux parlementaires, doit aussi se montrer capable de compromis et faire donnant donnant plutôt que d’écraser l’adversaire.

François Legault estime qu’il dispose d’« une équipe de rêve ». Laissons-lui son appréciation. Mais, comme il rappelle lui-même, il n’y a que Marguerite Blais et lui qui possèdent une expérience ministérielle. Personne n’a la science infuse et il se peut que comme ministre ou leader parlementaire — c’est un métier en soi —, on ait encore des croûtes à manger. Dans cette optique, il ne serait pas surprenant que le gouvernement caquiste améliore son exécution lors de la prochaine session.

10 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 7 décembre 2019 01 h 53

    Le faux pas du PEQ

    «le faux pas du PEQ fut sans conséquence»

    C'est malheureux à dire, mais la popularité de ce gouvernement semble associé à ses attaques contre les immigrant.es (signes religieux, baisse de l'immigration, élimination des listes des immigrant.es en attente, réforme des taxis et règles du PEQ). Une erreur de plus de ce côté ne change donc pas l'appréciation générale de la population à son égard. Triste...

    • Gilles Théberge - Abonné 7 décembre 2019 13 h 48

      Vous êtes peu nombreux à être attristé monsieur Jodoin...

      En passant, vous mélangez tout. Immigration, signes religieux, réforme du taxis... ?

      Ça doit être comme ça à QS...!

    • Jean-Henry Noël - Inscrit 8 décembre 2019 09 h 57

      Il y a eu la Loi 21 challengée devant les l'Assemblée nationale, challenge éliminé avec bâillon, mais que le gouvernement Legault ne peut pas imposer aux tribunaux, remparts contre les dérives d'un législatif et exécutif déviants, car autoritaires.

      Il y a eu la fameuse Charte de valeurs futile.

      Il y a eu la nouvelle immigration vilipendée par vous, messieurs-dames des chroniques, et autres éditorialistes, mais aussi par les lecteurs.

      Mais qu'a réalisé en fait le gouvernement des Québécois avec cette formidable force de frappe d'une démocratie de la majorité ?

      « La tyrannie de la majorité est une conséquence indésirable de la démocratie par laquelle une majorité démocratique peut opprimer une minorité si la démocratie n'est pas accompagnée de la reconnaissance de certains droits pour protéger les minorités. Ces risques ont en particulier été évoqués par les penseurs libéraux». Wikipédia

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 7 décembre 2019 05 h 44

    Que d'indulgence...


    A croire que les seuls reproches dont soit susceptible le gouvernement tiennent aux moyens qu'il déploie pour atteindre ses fins. Il faut dire que quoi qu'ils disent ou fassent en Assemblée nationale ou ailleurs, les oppositions - n'est-ce pas? - ne se signalent que par leur faiblesse, quand ce n'est pas par cet « enthousiasme bon enfant » qui semble faire sourire notre bon éditorialiste avec une tendresse non feinte. Mais attention : il y a quand même pas mal de sucre dans la gelée de canneberges.

  • Michel Cromp - Abonné 7 décembre 2019 08 h 53

    Je cherche encore!

    "...et qui a conduit François Legault, avant qu’il ne renvoie son ministre à la planche à dessin, à dérailler en dénonçant l’avidité des recteurs d’université et l’appétit que manifeste le milieu des affaires pour le cheap labor..."

    Je cherche encore l'objet du déraillement. Mais il est vrai que toute vérité n'est pas toujours bonne à dire!

    • Pierre Grandchamp - Abonné 7 décembre 2019 17 h 56

      En fait, Legault a insulté les dirigeantys de céeps et universités.Il a fait preuve d'ignorance crasse.Dans les cégeps en régios et dans le réseau de l'UQ en régions, la pr.ésence d'étudiants étrangers peut faire la différence entre l'ouverture d'un programme ou non.

      Soin ministre a gaffé, à plusieurs reprises, et il l'a encouragé. Qu'on songe aux 18 000 dossiers qu'Il voulait rayer; il a été barré par la COur.

  • Marc Therrien - Abonné 7 décembre 2019 09 h 40

    Avec la CAQ...

    maintenant, on s'excuse pour le changement.

    Marc Therrien

  • Jean-Guy Aubé - Abonné 7 décembre 2019 14 h 08

    analyse des partis

    Il devient de plus en plus clair que la clientèle électorale des partis principaux au Québec est la suivante:
    Le PLQ est le parti des anglos ethniques de Montréal;
    Le PQ est les partis des québécois de souche enracinés dans leur région et attachés à la nation française du Québec;
    Québec Solidaire est le parti des marginaux et des originaux qui ne savent pas comment fonctionne la société;
    Et la CAQ est le parti de la classe moyenne aiséee propriétaires de VUS qui trouvent que le système fonctionne bien comme ça et qui ne veulent rien savoir de la lutte aux changements climatiques.

    Ceci étant bien sûr une synthèse qui appelle à plus de nuances.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 8 décembre 2019 05 h 42

      Vu de même, le choix qui s'impose, c'est... :)