Le Québec n’est pas une marque de yogourt

Le gouvernement caquiste a dévoilé une mise à jour de la politique internationale du Québec qui, sans surprise, fait une large place à l’économie. Mais ce qui semble tout à fait étonnant, c’est que cette politique compte beaucoup sur l’attraction des étudiants étrangers. Ce qu’on veut faire au ministère des Relations internationales et de la Francophonie (MRIF) est battu en brèche par ce que l’on a fait au ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) sous l’impulsion de Simon Jolin-Barrette.

L’opposition officielle a raison d’y voir une manifestation de l’incohérence du gouvernement Legault.

Dans le document intitulé Le Québec : Fier et en affaires partout dans le monde — Vision internationale du Québec, on reprend les mêmes arguments que ceux que les universités et les milieux d’affaires ont opposés au ministre Simon Jolin-Barrette quand il a voulu fermer le robinet du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), dont se prévalent nombre d’étudiants étrangers pour immigrer rapidement au Québec. « Les étudiants internationaux constituent des candidats de choix pour l’immigration : les étudiants francophones ou francisés et intégrés dans leur milieu d’études sont particulièrement bien placés pour poursuivre leur vie au Québec, s’ils le souhaitent. Ils ont tous les atouts pour répondre rapidement au besoin des entreprises, à partir de qualifications acquises en bonne partie au Québec », peut-on lire dans la nouvelle politique internationale. On ne saurait mieux dire.

La politique entend soutenir davantage l’engagement international des universités et des cégeps. Malgré le fait qu’en dix ans, le nombre d’étudiants étrangers a presque doublé dans les universités québécoises et qu’il a triplé au collégial, le Québec, selon les données de 2017, n’accueillait que 12 % des étudiants étrangers au Canada, contre 48 % en Ontario et 24 % en Colombie-Britannique. Le ministre n’a sans doute pas lu la politique avant de charcuter le PEQ, qui est un des facteurs d’attraction des étudiants étrangers.

En annonçant sa politique, la titulaire du MRIF, Nadine Girault, a annoncé la création d’un comité ministériel de l’action internationale, qui aurait été bien utile pour inspirer l’action du ministre Jolin-Barrette. De tels comités servent justement à appuyer les « efforts de planification et de coordination, ainsi [qu’à] améliorer l’efficacité et la cohérence de l’action gouvernementale », selon le ministère du Conseil exécutif.

Dans sa politique, la ministre insiste sur le fait que, dans un monde de plus en plus interconnecté et branché sur les médias sociaux, la « force d’attractivité et d’influence d’un État se rattache donc désormais fortement à son image, à sa notoriété et à sa réputation sur la scène internationale ». Le gouvernement Legault, en se faisant le promoteur d’une « marque Québec », verse trop dans le « commercial » quand il est question de relations internationales, poussant le bouchon à la limite du simplisme.

Avec sa nouvelle division internationale, Investissement Québec (IQ) en mènera large. Les chargés de poste dans les délégations, les bureaux et les antennes à l’étranger ont reçu des directives sur l’importance qu’accorde le gouvernement Legault aux relations économiques. Ce virage économique en inquiète certains.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement du Québec veut donner une couleur plus économique à ses relations internationales. Sous le gouvernement Marois, le ministère des Relations internationales, confié à Jean-François Lisée, avait absorbé le Commerce international. Robert Bourassa avait désigné Monsieur Provigo, l’homme d’affaires Paul Gobeil, ministre des Affaires internationales, le terme Affaires remplaçant celui de Relations, et Bernard Landry a cumulé les Relations internationales et le Commerce extérieur sous le gouvernement Lévesque.

À sa décharge, le gouvernement Legault semble vouloir marcher et mâcher de la gomme en même temps. « La nouvelle vision s’inscrit dans la continuité », a indiqué Nadine Girault. On répète que la diplomatie d’influence est cruciale pour le Québec — « partenaires d’abord, investisseurs ensuite », peut-on lire.

À l’heure où se mettent en oeuvre des traités de libre-échange entre le Canada et l’Europe, d’une part, et l’Asie, d’autre part, il est évident que le gouvernement québécois doit accorder beaucoup d’attention à ses relations économiques à l’étranger. Mais le Québec n’est pas une marque de yogourt, pour paraphraser Pierre Falardeau. Le rayonnement du Québec dans le monde n’est pas unidimensionnel et dépasse les missions de chambres de commerce. Il doit se manifester dans la sphère politique, en culture, en recherche, au sein de la Francophonie. En définitive, ça aussi, c’est bon pour le commerce.

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17 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 2 décembre 2019 06 h 54

    Incohérence!


    Incohérence et courte vue sont les marques de commerce du gouvernement caquiste. Plus une inculture certaine. Ainsi se passent les choses en caquistanie. Mais ce gouvernement a été élu.

    M.L.

    • Marc Pelletier - Abonné 2 décembre 2019 08 h 21

      D'accord M. Lebel, ce gouvernement, qui semble parfois voguer à la petite semaine, est difficile à suivre.

      Si cette forme de recul, en regard des étudiants étrangers, semble incohérent si on la compare à ce qui avait été tranché par le ministre de l'immigration, il faut espérer que le bon sens commence à prendre racine.

      Il faudra rester bien éveillés, au cours des trois prochaines années.

      D'ailleurs, j'ai bien hâte de voir ce qui se passera aujourd'ui, lors de la rencontre des premiers ministres, même si les sujets à l'ordre du jour ne prêtent pas à la contreverse.
      Toutefois, le refus récent de l'Ontario, pour l'achat de notre électricité, ne semble pas avoir bonifié l'humeur de notre premier ministre.

      À suivre !

    • Jean-François Trottier - Abonné 2 décembre 2019 08 h 42

      M. Lebel,

      Ça vaut mieux que la cohérence libérale, l'Omerta depuis 20 ans. Mais bon, on les a élus.

      Charest a vidé les coffres dès 2004 pour satisfaire à son idéologie de réduction de l'État. En 2009 il a emprunté en panique face à la crise "imprévue" (Nous étions nombreux à le hurler depuis 4 ans!).
      Se faisant, la meilleure méthode était de saupoudrer cet argent dans les régions via de petits entrepreneurs. Il a préféré ses "amis", laissant au futur la job de rembourser ses gaffes.

      À peine un mois après son entrée Couillard laissait Leitao mentir effrontément en parlant d'un trou de 1,5 milliards dans les finances, justifiant des coupes drastiques partout, trou qui comme par hasard s'est comblé avec un léger surplus en 2017 au bon moment pour les ti-bonbons. La preuve que les coupes auraient pu s'échelonner sur 8, sinon 10 ans, était faite. Il aurait voulu scraper ce qui restait du filet social qu'il n'aurait pas agi autrement.

      Charest est le pire PM de l'histoire, suivi de Taschereau puis Couillard juste avant Duplessis. Couillard a menti et a laissé faire un crétin de l'économie mais un génie de la finance, Leitao, faire à sa tête.

      J'ai travaillé une bonne partie de ma vie dans des PME Québécoises. Dans une PME suffisamment grosse pour avoir des départements, les chefs n'ont pas le temps de se consulter, débordés qu'ils sont. Ils ne le font qu'en cas de sensible dissonance entre les services ou, en général, aux trois mois.
      Résultat, des départements doivent soudain changer complètement d'orientation pour satisfaire au plan d'ensemble. Ces avancées-reculs font partie de la vie d'une PME qui bouge.
      Les PME ne sont pas suivies par des journalistes critiques et une opposition, s'pas. Heureusement, ceux-ci font leur job.

      Malheureusement ce gouvernement finira par être aussi parano et silencieux que les Libéraux.

      Paroles de sacristie, patenôtres en catimini. Comme vous aimez semble-t-il.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 08 h 50

      @ M.Lebel

      D'accord pour la "courte vue"! Mais parce la CAQ se limite à une vision comptable de la gestion publique; et, cela en acceptant la "courte vue" d'un simple état provincial.

      A propos, l'homme de droit, que vous seriez, a-t-il une proposition à suggérer à la CAQ pour dénouer l'impasse constitutionnelle dans le cadre fédéral? Vous nous obligeriez en nous la partageant.

    • Michel Lebel - Abonné 2 décembre 2019 09 h 49

      @ Jean-François Trottier,

      Faut-il rappeler que ce sont ces ''méchants'' libéraux qui permettent maintenant au gouvernement caquiste de dépenser à qui mieux mieux. Il faut savoir rendre à César ce qui lui est dû. Mais l'Idéologie empêche souvent hélas de reconnaître le vrai. Ainsi sont les humains.

      M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 2 décembre 2019 13 h 05

      Pierre Grandchamp,

      Bien vaste et difficile question que la réforme constitutionnellle? Pour y arriver, il faut des dirigeants qui ont une hauteur de vue, un sens de l'ouverture, du dialogue vrai et du compromis. Ces dirigeants existent-ils présentement? Je ne le crois pas. Entretemps... le gouvernement caquiste devrait élaborer une politque constitutionnelle avec des demandes précises, mais sans air d'ultimatum. Mais ce gouvernement en est-il capable? À le voir aller, j'ai des doutes. La politique demeurera toujours une affaire d'hommes et de femmes, avec leur force et faiblesse. Ainsi va la vie.

      M.L.
      Ancien professeur de droit constitutionnel

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 14 h 23

      @ M. Lebel

      Il est aussi possible de modifier "le torchon", excusez-la, de 1982 que pour le Père Noel de devenir président des USA. Pourquoi?

      1- Parce que un accord comme Meech où il y eut une entente entre simples premiers ministres est impossible; en effet, certaines provinces ont adopté une résolution s'obligeant à aller en référendum pour modifier "l'illégtime" constitution imposée de force, en 1982.

      2-Pcq réouvrir 1982 devrait impliquer les nations autochtones. Belle boîte de Pandore!

      Les dirigeants dont vous parlez devraient être dans le ROC. Or, vous connaissez l'histoire des francophones hors Québec!

      Moi, j'ai compris cela, le 23 juin 1990, au soir du rejet de Meech; quand le Canada anglais reniera sa parole et sa signature. Je n'embarque plus dans la toune du cocu content.

      Pas trop drôle: 1-les fédéralistes québécois sont coïncés. Alors, comme Legault le dit, occupons-nous des vrais problèmes 2-les indépendantistes soint, aussi, coïncés!

      Monsieur de Entrelacs, dans mon âme et conscience, je ne serai jamais plus un Canadien; à moins que vous et d'autres en arriviez à convaincre les Kenney, Ballister, Ford, Pierre Arcand et cie de réouvir 1982....pis qu'un projet soit acceptable et pour le Québec et pour le ROC!

      P.S. Selon vous, la Cour suprême va-t-elle rejeter Pl21?

  • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 07 h 45

    Le bluff de Legault en Immigration.

    A lire la chronique du professeur Garon : »Le bluff de Legault en immigration" :
    https://www.journaldemontreal.com/2019/11/25/le-bluff-de-legault-en-immigration

    Les reculs et les promesses électorales bafouées s’accumulent. L’entêté ministre Jolin-Barrette n’a fait qu’essayer de respecter la promesse électorale de diminuer les seuils d’immigration. Gaffe par-dessus gaffe !

    Comment réduire les seuils? Quand 1-Le Québec n’a pas tous les pouvoirs en immigration 2-Il y a pénurie de main d’œuvre.

    Le pire, c’est quand le ministre a soulevé l’Indignation en voulant s’attaquer au programme des étudiants étrangers, Legault a tenté de s’attaquer aux dirigeants des cégeps et universités en disant qu’Ils n’étaient qu’intéressés que par l’argent. Et le ridicule test de valeurs....uniquement pour les immigrants économiques, à des années-lumière des promesses électorales!

    Legault, le fédéraliste converti, devra vivre avec ses contradictions et ses promesses bafouées.

    Justement, en fin de semaine, un autre échec. Il avait promis une seconde Baie James pcq le Québec exporterait son électricité en Ontario, à New York et en Nouvelle Angleterre. Doug Ford a dit NON pour l’Ontario....

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 12 h 48

      Gaffe no 1 de M. Jolin-Barrette :éliminer 18 000 dossiers. Le p’tit avocat, qu’il était, n’avait pas prévu qu’il pouvait être débouté en Cour.Imaginez toutes les personnes qui pouvaient être angoissées!

      Gaffe no 2 :Biffer les étudiants étrangers, actuellement aux études chez nous, qui ne seraient pas dans des programmes où, ce ne serait pas le plein emploi selon une vieille liste .Levée de boucliers dans le monde des affaires et de l’éducation. Legault défend son gaffeux ministre.Pis, 24 heunes plus tard le ministre et son chef sont obligés de tout arrêter….devant les dégâts."Amateurisme navrant", écrira le chroniqueur Michel David.

      Gaffe no 3 : Le bonjour aie! Gaffe no 4 : le ridicule test de valeurs..pis uniquement pour les immigrants économiques.Si ce ministre avait été libéral ou péquiste, pire encore solioaire, ça ferait longtemps que son chef l’aurait dégradé.Moi, ce qui me préoccupe: c'est ce ministre qui porte le délicat dossier de la langue. Quelle crédibilité a-t-il?

      "À peine trois semaines après une tentative ratée de modifier un programme dédié aux étudiants étrangers,Quberé change son discours
      https://www.lapresse.ca/actualites/education/201911/29/01-5251753-quebec-change-de-discours-sur-les-etudiants-etrangers.php

    • Marc Pelletier - Abonné 2 décembre 2019 14 h 54

      M. Grandchamp, vous dites :" Comment réduire les seuils ? Quand 1- Le Québec n'a pas tous les pouvoirs en immigration ".

      Je ne vois pas ce que " n'a pas tous les pouvoirs en immigration " vient faire dans cette équation ! Les libéraux pas plus que la CAQ n'ont été freinés par le fédéral concernant l'immigration. Le discours : " En prendre moins mais en prendre soin " n'est rien de plus qu'un élan idéologique de la CAQ, dans un discours électoral . Maintenant que la pénurie de main d'oeuvre est reconnue par tous, la CAQ doit à nouveau reculer, en faisant venir plus d'étudiants issus de l'immigration.

      Je sais que certains partis politiques ont une peur bleu de perdre encore plus de votes lors d'une prochaine élection, mais heureusement le gros bon sens a réussi à faire surface .

      C'est bien pour dire !

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 16 h 08

      @M. Pelletier

      Les dossiers concernant les immigrants réfugiés et les immigrants arrivant dans le cadre de réunification de familles ne relèvent que du fédéral.

      Lezs immigrants écoinomiques relèvent du Québec:1-immigrant investisseur 2-Immgrant avec un permis de travail 3-immigrant étudiant

      Comment peux-tu promettre de réduire les dépenses dans la maison chez vous, si tu ne contrôles pas les dépenses de ta conjointe ? : )

  • Lise Bélanger - Abonnée 2 décembre 2019 08 h 50

    @ Pierre Grandchamp
    Jamais l'Ontario n'acceptera d'être dépendante du Québec dans quelque domaine que ce soit ou simplement de contribuer à l'économie québécoise. C'est clair! Et c'était clair hier.

    • Pierre Grandchamp - Abonné 2 décembre 2019 11 h 36

      @ Mme Bélanger

      Le problème, c'est que, encore là, Legault le fédéraliste a bluffé!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 2 décembre 2019 09 h 33

    L'hiver est à nos portes et la girouette caquiste est soumise à de sérieuses rafales!

    Outre les attaques menées par l'intérieur à renfort de publicité contre le Québec et la laïcité, par les PM de l'ouest, outre la juge en chef de la Cour d'Appel qui contrevient à son devoir de réserve et fait partie d'un groupe anti-laïcité, outre le PM de l'Ontario a dit NON à l'Électricité du Québec, que fait la CAQ et le PM François Legault : RIEN! La grenouille de l'EST ne peut se faire plus grosse que le boeuf de l'OUEST!
    C'est le blackout complet après un parcours plein d'embûches pourtant prévisibles dans un pays fédéral dont le pouvoir et lres tentacules tiennent les franco-québécois en otage! Et ce sont nous les Mauvais, Les Racistes! Ils l'ont cherché avec leurs comnneries sur l'Immigration, ce qui n'est pas rien sur le plan international! Les promesses tombant à l'eau, que reste-il du Français à Montréal, rien! C'est déprimant, j'arrête là!

  • Léonce Naud - Abonné 2 décembre 2019 10 h 28

    Comment le gouvernement illustre-t-il le Québec à l'étranger ?

    Le gouvernement du Québec dispose-t-il d'une carte géographique digne de ce nom illustrant l'ensemble du territoire québécois dans l'Est de l'Amérique ou déplie-t-on alors...une carte routière ?