Séduction multiculturaliste

Sous l’impulsion du premier ministre, Brian Pallister, le gouvernement du Manitoba s’est payé des encarts publicitaires dans des quotidiens invitant les Québécois qui s’indignent de la loi 21 sur la laïcité à déménager pour se joindre à la fonction publique manitobaine.

La publicité, intitulée « 21 raisons de se sentir chez soi au Manitoba », affirme que là-bas, « la diversité est respectée », sous-entendant que ce n’est pas le cas au Québec.

La première des 21 raisons que le gouvernement manitobain avance, c’est que : « Nous parlons français ». Ne doutons pas que les Franco-Manitobains font de louables et incessants efforts pour conserver leur langue. Le Manitoba n’est pas officiellement bilingue, mais il a été forcé par la Cour suprême en 1979 à respecter le droit d’utiliser le français devant les tribunaux et à l’Assemblée législative, qui, elle, doit adopter toutes ses lois dans les deux langues. Il ne faut toutefois pas se bercer d’illusions : il est impossible pour la grande majorité des Franco-Manitobains de travailler dans leur langue et c’est la croix et la bannière pour obtenir des services de santé en français.

Considérant l’histoire du Manitoba, il est étonnant que ce soit cette province, entre toutes, qui fasse la leçon au Québec quant au respect des minorités. Ce sont les Anglais du Manitoba, avec la complicité du gouvernement central, qui ont bafoué les droits des Métis — ils avaient le tort d’être à la fois autochtones, catholiques et français — et qui les ont dépossédés. Le fondateur du Manitoba, le métis Louis Riel, a été pendu haut et court. « C’est ici que la Nation métisse a vu le jour », lit-on dans la publicité. C’est ici qu’elle fut écrasée aussi.

Bilingue à l’origine, la province a été déclarée en 1890 officiellement anglophone par son Assemblée législative et en 1916, l’enseignement en français fut aboli. Il ne fut restauré qu’en 1970 et ce n’est que dans les années 1990 que les Franco-Manitobains ont obtenu le droit de gestion de leurs écoles, après une longue bataille juridique. Appelons ça de la suppression ethnique à défaut d’employer un terme encore plus fort.

Aujourd’hui, 3,6 % des Manitobains parlent français à la maison. Le français figure au troisième rang, derrière le tagalog.

Le Manitoba se vante aujourd’hui — c’est tiré de l’encart publicitaire — d’abriter une population « issue de plus de 250 groupes ethnoculturels représentant 150 pays et parlant 148 langues ». Comme si ces chiffres en soi avaient une quelconque valeur morale. Au fait, il ne manque au Manitoba que des immigrants en provenance de 43 autres pays pour que la province puisse affirmer représenter l’humanité tout entière.

Vu du Québec, cela s’apparente à une forme de délire multiculturaliste. Mais il témoigne de la force au Canada anglais de cette idéologie, inscrite dans la Constitution en 1982. Le multiculturalisme n’est pas une avenue viable pour le Québec, qui ne peut trouver de vertus, ni d’avenir, à cette grande dilution dans l’ensemble post-national canadien.

Brian Pallister a dit de la Loi sur la laïcité de l’État qu’elle était « un-Canadian ». Or l’adhésion à une autre forme de vivre-ensemble que le multiculturalisme à tout crin est tout aussi « un-Canadian ». Le premier ministre manitobain, qui semble vouloir faire fi de l’histoire, est mal placé pour nous faire le coup de la supériorité morale, une condescendance aux relents coloniaux malheureusement trop répandue chez nos voisins canadiens.

Dans une entrevue, l’auteur-compositeur-interprète Daniel Lavoie disait qu’il ne retournait pas au Manitoba, sa terre natale, parce qu’il y était considéré comme un étranger. C’est peut-être ça l’idée : tous étrangers, tous égaux.

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90 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 29 novembre 2019 01 h 40

    « [Au Manitoba] Le français figure au troisième rang, derrière le tagalog.» (Robert Dutrisac)



    Est bonne!

    Pour peu, «Bonheur d'occasion» aurait dépeint un quartier ouvrier de Manille…

    • Anne-Marie Allaire - Abonnée 29 novembre 2019 06 h 51

      Peut-etre pas un quartier de Manille mais a coup sur, Saint-Henri, quartier montréalais... Il semble que vous n'ayez pas lu ce magnifique livre monsieur Lacoste.

    • Nadia Alexan - Abonnée 29 novembre 2019 10 h 50

      Ce sont les Anglais qui ont inventé le racisme. Demandez à Gandhi ce qu'ils ont fait en Inde et dans les pays qu'ils ont colonisé, incluant le sort des Autochtones qui souffrent encore d'un manque d'eau potable et de logement adéquat au Canada. Effectivement, ils n'ont pas de leçons a donner aux Québécois.
      Le multiculturalisme ne fait pas l'inclusion des immigrants. Au contraire, cette doctrine est basée sur la division, la différence, le communautarisme et le sectarisme religieux. Chaque un pour soi dans l'individualisme crasse de la doctrine multiculturaliste et au diable la cohésion sociale et le partage des valeurs communes. Le premier ministre, Brian Palister, doit se garder une petite gêne considérant l'histoire déplorable dont le Manitoba a traité ses citoyens francophones et autochtones.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 29 novembre 2019 01 h 48

    « le Manitoba s’est payé des encarts publicitaires invitant les Québécois qui s’indignent de la loi 21 sur la laïcité…» (Robert Dutrisac)



    QS a un allié objectif ! Brian Pallister !

    QS, Manitoba ! Même combat !

    • Gabriel Rompré - Abonné 29 novembre 2019 09 h 27

      ?

  • Michel J. Grenier - Abonné 29 novembre 2019 04 h 12

    La véritable solution...

    Si vous voulez vous débarrasser une fois pour toutes du multiculturalisme " canadian " à la Trudeau, il y a une solution unique, originale, pratique et apolitique, le Projet Liberté-Nation.

    Réunions gratuites d'information, formation et discussions tous les mardis soirs, 20h00, à : https://zoom.us/j/851780835 .

    • Pierre Grandchamp - Abonné 29 novembre 2019 12 h 04

      Il faut déplorer l'attitude faiblarde du gouvernement caquiste et de la ministre des relations avec les autres provinces, devant le "Québec bashing" qui perdure.

      Bravo à Pascal Bérubé, de l'opposition, pour avoir répondu solidement à Jason Kenney de l'Alberta; puis, au p.m. Ballister.

      Déplorable que l'opportuniste Legault, ex-défenseur convaincu du budget de l'an 1 d'un Québec indépendant, se soit converti en petit gérant de province avec une approche uniquement comptable!

  • Gilles Delisle - Abonné 29 novembre 2019 05 h 14

    Grand Merci au PM du Manitoba!

    Le fait d'inviter tous les hors-la-loi du Québec est une bonne idée, notamment, ceux et celles qui ne veulent pas respecter la loi 21 du Québec, largement soutenue par le peuple du Québec. Cependant, on pourrait exiger que le Manitoba traite ces nouveaux arrivants, un peu ,mieux qu'il a traité les francos-manitobains depuis le 19e siècle.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 29 novembre 2019 10 h 08

      Si c'est aux sondages que vous faites allusion, lisez les résultats du dernier...

    • Denis Drapeau - Abonné 29 novembre 2019 17 h 18

      @Richard Maltais Desjardins, J'imagine que vous parlez du sondage qui démontre que QS perd des plumes.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 29 novembre 2019 18 h 58

      Le Manitoba qui a anglicisé de force des centaines de milliers de MÙétis francophones ...

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 novembre 2019 05 h 37

      Oui, monsieur Drapeau, de celui qui dit que l'appui de 70% de la population à L21 est plutôt en bas de 50.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 novembre 2019 07 h 27

      Bonjour M. Desjardins - je n'ai lu votre intervention dans une discussion récente avec M. Bariteau, qui parlait aussi, entre autres, d'appui à un parti populaire (ce qui est évidemment relié à ce sujet), mais seulement hors-limite. Comme celà est lié à la question de l'appui populaire, je me permets de préciser.

      Lorsque j'ai écrit: « que le gouvernement fédéral ne négocierait jamais d'entente sur la souveraineté du Québec sans qu'il n'y ait tout d'abord au moins une manifestation claire d'un accord d'au moins 50% de la population », dans le contexte, il s'agissait d'une lecture du réel estimé.

      Le mot "au moins" signifie le seuil minimal que le fédéral pourrait accepter, ce qui entend qu'il pourrait aussi en exiger un plus élevé, ce qui, j'en conviens, serait le plus probable. Mais qu'en bas de 50%+1, on n'y pense même pas - c'est ça que je voulais dire.

      Comme on ne connaît pas l'avenir, qui sait, peut-être un jour le NPD sera au pouvoir ou, en tout cas pourrait avoir la balance du pouvoir pendant un référendum positif et laisser sentir son poids. Or, ce parti accepte déjà le 50%+1, comme il l'a solennement exprimé dans la déclaration de Sherbrooke. Ou, même sans ça, que l'international mette une pression sur le fédéral. Ou, qu'après un temps, on ne voit pas trop comment on pourrait forcer le Québec à rester avec, disons, un 57% de oui.

      Je ne suis pas en train de dire que le gouvernement va reconnaître ce seuil de 50% +1, même si ce n'est pas impossible, on ne peut pas le savoir - je dis qu'en-dessous de celui-ci, dans le réel, il ne peut être question de négocier l'indépendance avec le gouvernement fédéral.

      Je comprends pourquoi vous m'avez interprété comome vous l'avez fait, d'où cette précision.

    • Raymond Labelle - Abonné 30 novembre 2019 07 h 54

      M. Desjardins, de quel sondage parlez-vous? J'ai vu le dernier Léger, ici: https://leger360.com/wp-content/uploads/2019/11/Politique-QC-publication-le-26-nov-2019.pdf - mené entre le 22 et le 25 novembre dernier, et publié le 26.

      On n'y parle des intentions de vote et reflète en effet une baisse des intentions de votes pour QS par rapport aux dernières élections (mais d'autres aussi peuvent le faire, donc M. Drapeau pourrait quand même référer à un autre sondage), mais on n'y parle pas de l'appui ou non à la L21. Il y a une question sur le degré de satisfaction du travail du gouvernement quant au dossier de la Loi 21, mais je n'en ai pas vu sur l'appui ou non à la Loi 21 (ce qui n'est pas la même chose).

      Il est possible d'être pour cette loi et d'être insatisfait du travail du gouv. dans ce dossier, ou être contre cette loi tout en étant satisfait du travail du gouvernement dans ce dossier (moins probablement dans ce dernier cas, j'en conviens). Quoiqu'il en soit, la question n'était pas "êtes-vous pour ou contre la L21? avec des options (un peu, beaucoup, à la folie - :0)).

      Quant à la satisfaction du travail du gouvernement dans ce dossier, le résultat est le suivant: 48% satisfait, 35% insatisfait, 15% ne sait pas.

      Si on répartit les "ne sait pas" dans la même proportion - ou encore, le pourcentage parmi les personnes qui se disent satisfaites ou insatisfaites, ça donne 58% satisfaites et 42% insatisfaites (arrondi).

      Mais peut-être parliez-vous d'un autre sondage - auquel, la mention de celui-ci pourrait peut-être quand même intéresser quelques lectrices ou lecteurs.

      Quoiqu'il en soit, beaucoup d'eau peut couler sous les ponts d'ici les prochaines élections.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 30 novembre 2019 09 h 31

      Monsieur Drapeau et moi parlons du même sondage que vous. La question sur le traitement de la question de la laïcité ne permet pas de tirer de conclusion univoque quant à l'appui de la population à L21, mais elle met un peu à mal la prétention à l'effet que les québécois la «chérissent» à 70%

    • Raymond Labelle - Abonné 30 novembre 2019 11 h 46

      Appuyer est une chose, "chérir" en est une autre - peu importe le pourcentage et le degré d'appui.

      Ne serait-ce que pour avoir l'air scientifique, les sondeurs éviteraient ce genre de terme.

      Imaginons ces questions:

      "Chérissez-vous la loi 21?") On encore, "Sur une échelle de 1 à 5, dans quelle mesure appuyez-vous la Loi 21, 5 signifiant que vous la chérissez"?

      Par contre, avec un pourcentage et un degré élevé d'appuis, quelqu'un (autre que le sondeur) pourrait utiliser "chérir" de façon poétique pour proposer une interprétation imagée du résultat. Mais il faudrait que ça soit bien élevé pour être crédible. Je ne ferai pas l'effort de déterminer le seuil, mais je dirais qu'on est en-dessous.

      Même si c'était 70% (par hypothèse) parmi les personnes ayant un avis (et donc 30% contre parmi celles-ci), ça fait assez de controverse pour ne pas dire que "les" Québécois la chérissent - et être pour ne nous donne pas le degré d'appui - est-ce un peu, beaucoup, à la folie chérissante?

      Cette hypothèse (70%) permettrait de prétendre avoir un appui majoritaire solide.

      Comme on le voit, si le dernier sondage ne permet pas d'en arriver à une conclusion univoque, il permet les spéculations multivoques. Dont, plus sérieusement, se questionner sur le degré réel d'appui à cette loi au Québec au moment du sondage, comme vous le faites. Ça pose vraiment la question. Mais ne permet pas de conclure.

  • Raynald Collard - Abonné 29 novembre 2019 05 h 45

    Tir groupé et collaboration QS

    « 21 raisons », de sortir de cette union de plus en plus nocive Canada-Québec. Le tir groupé est commencé et ne s'arrêtera que lorsque le Québec sera à genoux,

    Honte à ceux qui, comme QS, se rangent contre ce relent de colonianisme postnational.