Cyberintimidation: suffit, la violence!

Dans le confort anonyme et douillet du monde virtuel, des agresseurs disséminent leurs salves de violence. Ils s’improvisent tortionnaires de l’âme et du corps des femmes. L’aisance et la rapidité avec lesquelles les harceleurs commettent leur brutalité, à l’aide d’un courriel, d’un commentaire ou d’un tweet, sont inversement proportionnelles à l’étendue des dommages causés aux destinataires de ces violences.

À l’Assemblée nationale, les gros mots sont interdits, mais exceptionnellement, ce mercredi, ils ont résonné de tout leur poids destructeur. La cyberintimidation n’est généralement pas diffusée largement, mais vise une personne. « Va chier, la brebis. » « Pauv’ conne. » « Inutilité vivante. » « Suicide-toi donc. » « Retourne d’où tu viens. » « Tu vas l’avoir ta leçon. » « Va te faire enculer. »

Ces humiliations, dénoncées avec grande émotion par la députée solidaire Christine Labrie, ont été reçues par des politiciennes. « C’est la réalité à laquelle on fait face ici, maintenant, au Québec », a exposé la députée de Sherbrooke, soutenue dans sa dénonciation par des collègues de tous les partis. À une semaine de souligner avec émotion les 30 ans qui nous séparent de la tuerie de Polytechnique — cet horrible féminicide-balafre de notre histoire —, il est nécessaire de rappeler que les violences faites aux femmes n’ont pas diminué. Elles prennent simplement de nouveaux visages et le fil coupant des réseaux sociaux s’est hélas ajouté à un lourd arsenal.

Dénigrées pour leur apparence, attaquées sur leur intelligence, les femmes — qu’elles soient connues ou non — sont le réceptacle de cette violence sourde, facile, couarde. Les poltrons manient les mots comme des armes. Leurs brutalités créent un climat d’insécurité et beaucoup de souffrance. La cyberviolence a mené des femmes au suicide.

Que faire pour contrer ce fléau ? Dénoncer d’abord, haut et fort, ainsi que ce fut fait cette semaine, et comme d’autres avant l’ont fait, qu’on pense par exemple au tapage associé à feue la Ligue du LOL, ce groupe Facebook privé voué en France à la distribution de vacheries et autres phrases assassines destinées aux femmes. Dénoncer pour exposer cette violence silencieuse qui, autrement, demeure aux yeux du monde, hormis les victimes, une affaire qui n’existe pas. Puis, s’il le faut, accuser, porter plainte. S’il y a des victimes, il y a des bourreaux, dont on doit stopper le cycle de violence.

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10 commentaires
  • Mathieu Lacoste - Inscrit 29 novembre 2019 01 h 14

    « Les femmes sont le réceptacle de la cyberintimidation» (Marie-Andrée Chouinard)

    « Les femmes sont le réceptacle de la cyberintimidation» (Marie-Andrée Chouinard)

    Bien voyons! Les hommes sont harcelés itou sur le cybermachin, ils s'y font eux aussi ridiculiser, traîner dans la boue et plumer comme des pigeons.

    Franchement! Les femmes n'ont pas le monopole de la souffrance sur la Toile!

    • Marc Therrien - Abonné 29 novembre 2019 07 h 27

      Baah! Après tout, la femme est un homme comme les autres. M'enfin!

      Marc Therrien

    • Pierre Labelle - Abonné 29 novembre 2019 11 h 32

      Pourquoi monsieur Lacoste sentez-vous le besoin de vous défendre en tant qu'homme! Qui parle de monopole de la souffrance à part vous? Nous approchons d'une date qui il y a 30 ans a marqué le Québec, où étiez-vous il y a 30 ans monsieur Lacoste pour aujourd'hui nous servir ce commentaire pour le moins innaproprié!

  • Alain Roy - Abonné 29 novembre 2019 07 h 53

    Dans le confort anonyme et douillet du monde virtuel

    Anonyme, là est le mot clé et une partie de la solution. Mettre un nom sur le messager, contrer l'anonymat, et mettre le projecteur de la justice civile ou criminelle, ou les deux, selon le cas, sur le bourreau, bref, ajouter la trouille sur son clavier.

  • Christian Dion - Abonné 29 novembre 2019 08 h 10

    Bizarement, je n'ai jamais entendu parler d'invectives ou commentaires à l'endroit des hommes aussi réducteurs, dénigrants, violents et menacants que ceux adressés aux femmes.
    Christian Dion.

  • Annie Marchand - Inscrite 29 novembre 2019 10 h 45

    Merci Mme Chouinard

    Hier, j'étais estomaquée de lire les commentaires sur les différents médias qui avaient diffusé l'entièreté de la déclaration dénonciatrice de Mme Labrie. Près de la moitié de ces commentaires visaient à discréditer Mme Labrie, voire à l'insulter. Si une grande partie de ces commentaires étaient tenus par des hommes, un certain nombre venaient de femmes. Comment expliquer un tel phénomène?

    Je suis inquiète en pensant que ces échantillons de commentaires pourraient être représentatifs de l'opinion général de la population québécoise. J'ose espérer que ce n'est pas le cas, qu'il y a sur ces forums des proportions plus grandes de personnes réactionnaires, intolérantes et insouciantes que ce que nous retrouvons dans notre société.

    N'en demeure que cela reflète une déshumanisation flottante et un ressac à craindre à l'égard des femmes, notamment envers celles qui prennent la parole publiquement pour dénoncer la violence qu'elles subissent, celles qui occupent des fonctions parlementaires et celles qui s'identifient ouvertement féministes.

    Je suis à ce point atterrée que je remets en question ma présence sur le fil des commentaires du Devoir, à savoir si de répondre à ces hommes pourrait éveiller davantage chez eux une rage sociale qui en bout de ligne tourne en boucle sans possibilité de saut qualitatif. Et si nous laissons ces hommes monologuer, que seront-ils prêts à faire pour que l'on parle d'eux?

    Il y a un très bon documentaire à voir sur Télé-Quebec qui aborde ces questions de la cyberintimidation et des médias sociaux devenus des déversoirs d'idées régressives.

    https://www.telequebec.tv/documentaire/troller-les-trolls/

    Celui-ci sur les mouvements masculinistes...

    https://www.telequebec.tv/documentaire/bitch-une-incursion-dans-la-manosphere/

    Et un très bon livre sur les nouvelles dynamiques régressives dans notre société marchande...

    https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_soci__t___autophage-9782707195395.html

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2019 11 h 18

    Réceptacle?

    On disait souvent que les femmes étaient le réceptacle de la vie, mais on ne peut pas vraiment être le réceptacle d'un discours; on en est plutôt le destinataire. Un réceptacle est quelque chose de physique.