Course au PLQ: de l’embarras de ne rien dire

La nature a horreur du vide. Et la politique aussi, peut-on ajouter. L’entrée en scène d’Alexandre Cusson, qui s’est porté candidat à la chefferie libérale, samedi, en a fait l’éloquente démonstration.

Le maire de Drummondville — il le demeurera jusqu’à la fin janvier, lui qui a démissionné de la présidence de l’Union des municipalités du Québec il y a deux semaines — est arrivé les mains vides au conseil général du Parti libéral du Québec, la tête vide, diront les mauvaises langues. Pas d’idées, même générales, pas de vision, pas de positionnement. Et les entrevues qu’il a données depuis ne nous ont guère renseignés : il est au centre, pour le développement économique, mais contre une intervention trop forte de l’État dans l’économie, et pour la justice sociale. L’austérité libérale ? Il ne veut pas donner son opinion de crainte de passer pour un « gérant d’estrade », en retard, de surcroît. « Je veux regarder en avant », a-t-il dit, ce qui le dispense manifestement de s’embarrasser du passé. Sur la laïcité de l’État, il est pour, mais pas vraiment : « S’attaquer aux libertés individuelles, ce n’est pas possible. »

Le problème, c’est qu’on ne sait pas pourquoi il veut devenir chef du Parti libéral, en dehors du fait qu’on a fait pression sur lui pour qu’il se lance. « On m’a beaucoup sollicité », a-t-il signalé.

En l’absence de message, c’est donc sa personne qui en constitue un. Le PLQ a rompu ses liens avec la majorité francophone et les régions ? Son prochain chef doit être « un Québécois de souche », une expression que le candidat a employée, et provenant des régions, se voit-on déduire. Le candidat se distingue parce qu’il est.

Les premiers pas d’Alexandre Cusson cadrent donc parfaitement avec le mouvement « Anybody but Anglade », qui veut que le PLQ ne puisse se permettre d’élire une cheffe montréalaise issue d’une communauté culturelle. Dans la foulée, Dominique Anglade a dû affirmer que les Québécois sont prêts à élire une première ministre noire. Évidemment, son adversaire a dit que ce n’était pas un enjeu pour lui. Nous sommes persuadés que, pour la très grande majorité de l’électorat, ce n’est pas une considération : une femme a déjà été élue première ministre du Québec et la couleur de la peau de la candidate n’est pas un handicap. Il est quand même étrange que ces questions soient soulevées dans un conseil général du PLQ. Espérons qu’un jour ou l’autre, Alexandre Cusson pourra meubler le vide qu’il cultive.

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24 commentaires
  • Jean Thibaudeau - Abonné 26 novembre 2019 04 h 04

    Qu'attendre d'autre?

    « S’attaquer aux libertés individuelles, ce n’est pas possible. »

    Voilà l'alpha et l'oméga des "valeurs" et du programme libéral. Surtout les libertés individuelles des plus favorisés, bien entendu.

  • Pierre Boucher - Inscrit 26 novembre 2019 04 h 26

    ... de ne rien dire.

    Le PLQ est devenu un vide... à remplir par autre chose que du libéral mollusque et cupide.

  • Jean Lacoursière - Abonné 26 novembre 2019 06 h 07

    « Il est quand même étrange que ces questions [sexe et couleur de peau] soient soulevées dans un conseil général du PLQ. » (R. Dutrisac)


    Étrange ? Oui et non.

    Voir la société et les gens à travers le prisme de la race est l'une des caractéristiques du multiculturalisme.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 novembre 2019 06 h 20

    Quand une outre n'est pas pleine de ce qu'on pense, c'est qu'elle est vide

    " Sur la laïcité de l’État, il est pour, mais pas vraiment : « S’attaquer aux libertés individuelles, ce n’est pas possible. » "

    Il n'y a donc qu'une manière d'être « vraiment » pour la laïcité et elle suppose qu'on prenne ses distances par rapport aux libertés individuelles telles qu'inscrites dans nos chartes. On n'apprend pas ce matin à quel dogme monsieur Dutrissac adhère. On ne s'étonne pas non plus qu'il le confesse avec une ingénuité de chroniqueur d'humeur en habit d'éditorialiste. Dommage pour lui qu'il ne jouisse pas ici de l'audience qu'il mériterait, au JdeM.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 26 novembre 2019 09 h 21

      Décidément, de plus en plus d'amertume et de moins en moins de gants blancs, M. Maltais-D.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 26 novembre 2019 10 h 55

      Heureux que cela soit si apparent, monsieur Lévesque.

  • David Cormier - Abonné 26 novembre 2019 06 h 26

    La carte "raciste-sexiste"

    Je suis prêt à la venue d'une femme noire au poste de première ministre. Ce pour quoi je ne suis pas du tout prêt, c'est à un retour du QLP au pouvoir. C'était bien sûr écrit d'avance qu'on allait sortir la carte "raciste-sexiste" à ceux qui ne veulent pas d'une Anglade première ministre.

    • Louise Collette - Abonnée 26 novembre 2019 08 h 37

      Tout à fait, la couleur de la peau m'importe peu, une femme de race noire ne pose pas problème, si elle a les compétences c'est très bien.
      Le retour des Libéraux me stresse cependant, je ne veux plus les voir ni en entendre parler !!!!!!!!!!!! Ils sont mauvais pour ma santé.