De calibre mondial

Le gouvernement Legault a manifesté sa volonté de presser le pas en vue de la création d’aires protégées pour respecter l’engagement international du Québec de réserver 17 % de son territoire à cette fin d’ici décembre 2020. Qui plus est, il entend se donner les moyens d’atteindre des objectifs encore plus ambitieux à l’horizon de 2030.

Le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, a présenté, jeudi, le projet de loi 46 modifiant la Loi sur la conservation du patrimoine naturel. Pour la première fois, le ministre et le gouvernement caquiste ont reçu l’appui enthousiaste de divers groupes écologistes, notamment les organismes de protection de la biodiversité comme SNAP Québec (la Société pour la nature et les parcs).

Ralliant un mouvement qui réunit plus d’une centaine de pays, le gouvernement Couillard s’était donné comme objectif de protéger 12 % du territoire québécois pour 2015, puis 17 % en 2020.

Or, à l’heure actuelle, les aires protégées ne comptent que pour 10,3 % du territoire. Non seulement le processus de création des aires protégées est long, mais il a été entravé par la résistance de ministères qui pèsent plus lourd que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), soit le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), qui défend les intérêts de l’industrie forestière, et le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), qui veille aux intérêts d’Hydro-Québec et tient compte de ceux des pétrolières et des minières.

La liste des aires protégées pour atteindre l’objectif de 17 % en décembre 2020 est prête. Ne reste plus qu’à les créer formellement.

Le projet de loi 46 permet de créer des aires protégées beaucoup plus rapidement en retirant une étape du processus, soit la désignation d’un statut provisoire, et en éliminant l’obligation, dans chacun des cas, de tenir des audiences du BAPE (Bureau d’audience publique sur l’environnement) en bonne et due forme. Si le projet de création d’une aire protégée dans une région ne soulève aucune opposition de la part de la population ou d’intérêts économiques, le gouvernement pourra mettre en réserve le territoire visé et créer l’aire protégée. C’est le cas dans le Bas-Saint-Laurent : la désignation de sept sites est appuyée par les collectivités locales, notamment celui des monts Chic-Chocs.

Les aires protégées de façon « stricte », ce sont souvent des parcs régionaux ou nationaux, ou encore des réserves de biodiversité, qui ne sont pas habités et où toute activité industrielle est prohibée, y compris l’exploitation forestière même à petite échelle. De nouvelles aires pourraient devenir des attractions récréotouristiques de calibre mondial comme la rivière Magpie, qui n’a pas été harnachée et qui est restée pratiquement vierge. Sur la Côte-Nord également, un autre magnifique site, celui du lac Walker, pourrait devenir un parc national. Au Nunavik, le projet de parc national des Monts-Pyramides (Ulittaniujalik) fait partie de la liste.

Le projet de loi 46 prévoit également de créer des aires protégées dont les exigences, bien que toujours conformes aux critères internationaux, seront moindres quant à la présence d’activités humaines. Contrairement à ce que certains pourraient croire, les groupes écologistes voient d’un bon oeil ces « aires protégées d’utilisation durable » où la coupe de bois non industrielle ainsi que la chasse et la pêche seraient permises. Cette désignation faciliterait l’atteinte des objectifs de 2030 et permettait d’inclure des territoires légèrement « altérés » qui pourraient jouxter des aires strictement protégées. Un bel exemple, c’est l’île d’Anticosti où la combinaison des deux statuts assurerait la protection de la totalité de l’île, ce qui renforcerait sa candidature à titre de patrimoine mondial de l’UNESCO.

Une fois adopté, le projet de loi se traduira par des règlements qui, espérons-le, ne viendront pas dénaturer les intentions du ministre et subordonner la création des aires protégées aux diktats des ministères économiques.

Pour contrer cette menace, le gouvernement caquiste aurait avantage à se doter d’une politique sur la protection de la biodiversité, comme le suggère SNAP Québec. Le premier ministre, François Legault, devrait également s’engager formellement dans ce sens, ce qui donnerait plus de force et de cohérence à l’action gouvernementale. Bref, le Québec peut devenir un exemple à ce chapitre. Après tout, le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique, un organisme onusien, est établi à Montréal.

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4 commentaires
  • Serge Grenier - Abonné 16 novembre 2019 08 h 42

    Aucune excuse possible

    « ... il a été entravé par la résistance de ministères qui pèsent plus lourd que le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), soit le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), qui défend les intérêts de l’industrie forestière, et le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN), qui veille aux intérêts d’Hydro-Québec et tient compte de ceux des pétrolières et des minières. »

    Les personnes qui travaillent dans ces ministères et dans les industries correspondantes et qui OSENT entraver la protection de notre territoire n'ont aucune excuse recevable. Continuer de mettre en péril la survie de la planète et de l'humanité à long terme pour sauver quelques emplois à court terme est de plus en plus intenable. Aujourd'hui, tout est enregistré. Les gens du MFFP et du MERN devront bientôt répondre de leurs actes et ils ne pourront pas prétexter l'ignorance, ils avaient été amplement avertis et ont choisi d'ignorer les signaux d'alertes.

    Dans leur cas, on ne pourra pas dire : « Pardonnez-leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. » Ils savent très bien ce qu'ils font et ils seront tenus formellement responsables de tous les dégâts qu'ils ont causé dans le monde.

    Ok Boomers!

  • Pierre Bernier - Abonné 16 novembre 2019 09 h 40

    Excellente initiative.

    Avec cette mesure gouvernementale, sous réserve d'un règlement d'application cohérent, le Québec pourra assumer un leadership crédible en Amérique du Nord et à l'étranger.

  • Robert Beaulieu - Abonné 16 novembre 2019 10 h 25

    De l'espoir?

    Si cette initiative de protection de la nature du gouvernement actuel est faite de bonne foi (on nous à appris à se méfier), bravo. L'article soulève par contre un problème structurel existentiel que l'on doit adresser, à savoir, que le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) veille aux intérêts des compagnies forestières en priorité plutôt qu'au bien-être de la forêt et de la faune. Il est plus que temps de changer la situation décrite où le ministère de l'environnement et de la lutte aux changements climatiques (MELCC) a moins de poids que les deux autres cités.

  • Yvon Beaudoin - Abonné 16 novembre 2019 14 h 22

    Encore une fois

    Encore une fois, le gouvernement de la CAQ agit et ce même en environnement. Quel contraste avec les belles promesses creuses du gouvernement précédent...