Affaire ukrainienne: en toute partisanerie

D’auditions privées à auditions publiques, la procédure d’impeachment de Donald Trump pour abus de pouvoir à des fins personnelles est entrée dans une autre dimension, mercredi, à moins d’un an de la présidentielle de 2020. À la barre comme témoin clé en ce jour 1 : William Taylor, le chargé d’affaires américain en Ukraine, dont le long témoignage, objectif et pédagogique, aura clairement mieux servi la cause politique démocrate que celui, d’une faiblesse médiatique évidente, fait par le procureur spécial Robert Mueller, en juillet dernier, en rapport avec l’affaire russe.

On connaissait déjà la teneur des propos de M. Taylor, puisque son témoignage à huis clos a récemment été publié, tout comme celui de George Kent, haut responsable au département d’État qui témoignait en sa compagnie, mercredi, au Congrès. Mais que M. Taylor soit allé les présenter publiquement, avec force détails, a fait apparaître le président plus coupable que jamais d’avoir abusé de sa fonction.

« Je devenais de plus en plus inquiet », a déclaré ce diplomate de carrière, qui disait voir s’installer de jour en jour une diplomatie parallèle orchestrée par l’avocat personnel et roué de M. Trump, Rudy Giugliani, en collaboration, entre autres, avec l’ambassadeur américain à l’Union européenne, Gordon Sondland — un homme qui, incidemment, a obtenu son poste après avoir donné 1 million $US au comité chargé des cérémonies d’investiture de Donald Trump, en janvier 2017.

À retenir l’aide militaire américaine destinée à l’Ukraine et votée par le Congrès, M. Trump mettait sérieusement en péril la jeune et fragile démocratie ukrainienne face aux agressions russes, s’est particulièrement désolé M. Taylor, révélant que, dans une conversation avec M. Sondland, le président aurait dit que l’Ukraine « l’intéressait » moins que « les enquêtes sur Biden ».

Voilà qui est limpide. Voici par ailleurs, encore une fois, que le comportement du président américain sert très directement les intérêts de Vladimir Poutine.


 
 

Si tant est que la cause ne soit pas déjà entendue, les preuves s’accumulent voulant que M. Trump ait conditionné l’aide militaire américaine de 400 millions de dollars à l’engagement par le jeune président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’ouvrir des enquêtes anticorruption visant nommément Joe Biden — dont le fils a siégé de 2014 à 2019 au conseil d’administration d’une entreprise gazière du pays, Burisma — dans l’espoir de salir sa candidature à l’investiture démocrate.

Face à la preuve, les républicains ont opposé mercredi un langage parfaitement trumpien. D’entrée de jeu, le représentant Devin Nunes a dénoncé la « politique démocrate de terre brûlée contre Trump ». Le président, ont soutenu les républicains, avait des raisons tout à fait « légitimes » de retenir l’aide militaire, vu les problèmes de corruption dont souffre l’Ukraine. Quant à M. Taylor, font-ils valoir, il fait partie d’« une cabale de bureaucrates radicaux non élus », allusion à « l’État profond » contre lequel M. Trump n’a de cesse de rallier ses sympathisants.

Pour avoir oeuvré sous plusieurs présidences ces dernières décennies, on peut difficilement accuser MM. Taylor et Kent de partisanerie crasse. Ce qui est clair, en revanche, c’est que la diplomatie est en révolte contre le secrétaire d’État, Mike Pompeo, pour la façon dont il laisse le président utiliser la politique étrangère à des fins personnelles et électorales.

Il n’est évidemment pas dit que la stratégie républicaine du dénigrement ne fonctionnera pas. Les auditions publiques, qui se poursuivent vendredi avec le témoignage de l’ancienne ambassadrice américaine à Kiev, Marie Yovanovitch, sont essentiellement politiques en ce sens qu’elles s’adressent d’abord à l’électorat américain qui ira voter le 3 novembre prochain. Or, si les sondages indiquent aujourd’hui qu’une bonne moitié des Américains est maintenant favorable à une mise en accusation, il reste que l’électorat républicain de M. Trump lui reste malgré tout fidèle.

M. Biden, que rien n’accuse jusqu’à preuve du contraire, n’en est pas moins sur la défensive. N’y a-t-il jamais de fumée sans feu ? Il suffit de jeter un coup d’oeil aux hallucinants rassemblements de Trump, diffusés par Fox News, pour comprendre à quel point son populisme et sa démagogie continuent de porter contre les démocrates drapés dans leur défense de la vertu et de l’État de droit. La campagne électorale qui va s’accélérant sera tout le contraire d’un antidote à la guerre de tranchées partisane qui déchire la vie politique américaine.

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9 commentaires
  • René Bourgouin - Inscrit 14 novembre 2019 03 h 24

    Ultra biaisé juste d'un bord

    Toujours les mêmes analyses ultra biaisées juste d'un bord...

    Pas un mot évidemment sur le fait que Joe Biden, lui, s'est vanté explicitement et publiquement d'avoir fait congédier un procureur ukrainien sans quoi l'Ukraine n'aurait pas l'argent... Soit exactement ce qui est reproché à Trump!!

    https://m.youtube.com/watch?v=bbixdV2F6Ts

  • Serge Ménard - Abonné 14 novembre 2019 06 h 54

    En désespoir de cause !

    Les démocrates sont désespérés. Ils savent qu'il ne battront pas Trump au scrutin de 2020. Donc après le Russia Russia Russia, voici Ukraine Ukraine Ukraine ! Les témoins vedettes des démocrates se sont faits déboulonnés de leurs socles de vertus et sont tombés à plat sur le nez ! Ils n'aiment pas les politiques extérieures du Président Trump, alors démissionnez. C'est tout ! Durant les auditions on en était au quatrième degré de ouï-dire. Aucune preuve tangible n'a été tablées. C'est vraiment du n'importe quoi ces auditions. Les démocrates se dirigent vers une autre débâcle à la Mueller.

  • Françoise Labelle - Abonnée 14 novembre 2019 08 h 05

    Trump gêné par la corruption

    Qu'il y ait de la corruption en Ukraine (en Russie ou en Azerbaïdjan) n'a pourtant jamais préoccupé Trump. En 2006, il a d'ailleurs prospecté le paysage ukrainien corrompu pour y construire un golf et un hôtel de luxe. Junior est même revenu avec la même intention deux ans plus tard.
    Cf. «Before his claims of corruption, Trump tried to build a resort in Ukraine», Politico, 4 nov. 2019

    Et il comptait sur un gouvernement corrompu pour enquêter sur un citoyen américain? Incroyable. Avalez une autre couleuvre.
    Il n'hésite pourtant pas à vendre de l'armement au prince salafiste assassin pour ses basses œuvres au Yémen.
    La tour Trump abandonnée et incendiée en Azerbaïdjan a été contruite dans un pays où les élections d'un potentat corrompu sont une farce. Mais quand il s'agit d'une farce américaine, elle passe mieux qu'en Bolivie. Cf. «Azerbaïdjan : le président Aliev largement réélu», Le Figaro

  • Yves Corbeil - Inscrit 14 novembre 2019 08 h 05

    Vous avez votre façon de voir les choses

    J'ai passé la soirée face à la TV sur PBS et votre façon de conclure la soirée me laisse le même goût dans la bouche que tout ceux-là qui depuis trois ans s'acharne sur le personnage Trump. À la fin de la soirée les deux témoins clés ont fini par dire aux républicains qu'ils avaient l'impression que... parce que en diplomatie ce n'est pas la démarche habituelle quand on veut... Ces deux là ont été réduit au silence par les republicains selon moi.Il reste le whistleblower, mais lui on ne le verra pas, il faut le croire sur parole qu'il a été témoin de et que ce n'est pas une impression qu'il a eu.

    Ce qu'il se passe au EU depuis 2016, il n'y a pas grand monde qui le comprends, surtout pas le démocrates. Le peuple un des personnages publiques des plus narcissique, un gars qui a contourné toutes les règles pour s'enrichir sans franchir la ligne toutefois car il n'a pas fait de prison, le gars a probablement aucun respect pour personne mais aucune accusation qui a eu raison de lui. Le peuple s'avait à qui il avait affaire ce qui n'est pas le cas des autres candidats qu'ils soient démocrates ou républicains.

    Je vais peut-être me faire fourrer mais au moins je vais savoir par qui. Au final, après trois ans, ça va pas si mal pour le peuple avec le gros sans-dessein narcissique, raciste, xénophobe et tous les qualificatifs entendus à son sujet.

    Concentrez-vous pour la suite de l' IMPEACHMENT monsieur Taillefer et prédisez moi comment Trump aura réussi à volez un autre mandat qui va dépassez votre entendement et celui des démocrates. Trois ans a cherché des preuves et ils risquent d'en ajouter cinq autres sans comprendre ce qu'il se passe et surtout ce que pense le peuple au final.

  • Cyril Dionne - Abonné 14 novembre 2019 08 h 47

    La partisannerie à géométrie variable

    Bon. Encore une fois, pas un traite mot sur le limogeage du procureur général ukrainien, Viktor Shokin, suite à l’intervention de Joe Biden. Bien oui, celui-ci enquêtait sur les fraudes commises où présidait le fils de Biden qui s’est enrichit à siéger sur le CA de plusieurs compagnies étrangères sans avoir aucune expérience connexe dans les domaines spécialisés.

    Il faut le dire, l’Ukraine n’est démocratique que sur papier; dans les faits, c’est tout autre chose. Les supposées agressions russes en Crimée découlent du fait que les deux tiers de sa population sont Russes et veulent retourner au sein de la Russie. Les Ukrainiens en Crimée ne représentent que 17% de la population mais voudraient imposer leur dictats aux autres et d’où, la guerre civile.

    Oui, Donald Trump a probablement manipulé l’aide militaire américaine de 400 millions de dollars à l’engagement par le jeune président ukrainien, Volodymyr Zelensky, d’ouvrir des enquêtes anticorruption visant nommément Joe Biden. Et puis après? C’est ce qui se passe en Realpolitik.

    C’est vraiment une chasse aux sorcières puisque le dénouement est déjà connu et qu’il n’y aura aucune destitution. Cela, les démocrates le savent puisque le tout, est un exercice politique pour essayer d’aller chercher des votes pour 2020, surtout des indépendants. Mais mauvaises nouvelles pour ceux-ci, la majorité des indépendants trouve cet exercice crasse, politique et puérile et sont contre. Mais les gens veulent connaître les bas fonds de cette histoire tout comme pour les histoires à caractère politique et c’est pour cela qu’ils sont pour la continuation de cette enquête. C’est cela vivre en démocratie.

    Cela dit, les démocrates vont en payer le prix en 2020 lorsqu’ils réaliseront que la grande majorité des Américains se fichent bien des affaires étrangères. Ils savent moindrement bien qu’un retour des démocrates au pouvoir, toute cette bonne économie va s’effondrer avec leurs programmes socialistes à l’emporte pièce.